ven. Juil 10th, 2020

Picot : Mai 1940, Mai 2020, une même sidération ?

Il est un épisode de l’histoire de France que nous connaissons très mal, voire que nous ignorons délibérément tellement il est traumatique et même tabou : l’effondrement militaire de la France en quelques semaines en Mai 1940 et les décisions prises en Juillet.

par Didier Picot

Élu local, chef d'entreprise

Pour rappeler ce qui s’est passé les 9 et 10 Juillet 1940, je m’appuierai sur l’ouvrage de référence de la période, « La France de Vichy », publié en 1973 et actualisé en 1997 par Robert Paxton, un historien américain arrivé en France en 1960 à 28 ans pour y rédiger sa thèse. « Sur un sujet qui remue encore  trop profondément les Français, il est bon qu’un miroir leur soit tendu par un auteur étranger » explique Stanley Hoffmann dans sa préface.

Printemps 1940, la France sidérée

A peine trois semaines après le début de l’attaque allemande du 10 Mai 1940, il est clair que la bataille de France est perdue. Dans la nuit du 16 au 17 Juin à Bordeaux, le Président de la République Albert Lebrun accepte la démission du Président du Conseil Paul Reynaud et nomme à sa place l’animateur des membres du gouvernement favorables à l’armistice, le maréchal Philippe Pétain. La France avait le choix entre capituler ou poursuivre la lutte depuis l’Algérie, à l’époque partie intégrante du territoire français. Elle sera le seul pays envahi par l’Allemagne dont le gouvernement n’a pas quitté le territoire occupé pour poursuivre la lutte.

Il est évidemment facile de condamner nos dirigeants de l’époque depuis le confort douillé de nos vies pacifiques. L’inimaginable effondrement du pays en quelques semaines a plongé la nation dans une sidération collective : « une crise soudaine des forces vitales se traduisant par un état de mort apparente (souvent à la suite d’un très grand choc émotif) ».

C’est dans ce contexte de sidération que, le 9 Juillet 1940, les députés et sénateurs se réunissent à Vichy, « épuisés physiquement et émotionnellement. (…) Pierre Laval, (vice-président du Conseil) n’a pas besoin de faire violence à l’Assemblée pour qu’elle décide, le 9 Juillet, par 624 voix contre 4 que « les lois constitutionnelles doivent être révisées. » explique Robert Paxton. Le lendemain 10 Juillet, par 569 voix contre 80, les députés et sénateurs mettent fin à la III° république, s’assoient sur la tradition démocratique et  donnent naissance à un nouveau régime autoritaire.

Juillet 1940, la France entreprend la « Révolution nationale »

« Il ne faut pas se méprendre sur la gravité de l’œuvre accomplie le 10 Juillet. Si l’armistice avait été une révolution diplomatique, rien n’obligeait la France à en faire une constitutionnelle. Un régime d’armistice administrant le pays juste pour assurer le fonctionnement des services indispensables, comme ce fut le cas en Belgique et en Hollande, était une solution tout aussi valable. La loi présentée par le gouvernement le 10 Juillet (…) confère au maréchal Pétain les pleins pouvoirs, et non pas seulement ceux qui permirent à bon nombre de présidents du conseil de légiférer par décrets lois en période de crise, elle l’autorise explicitement à rédiger une nouvelle constitution. (…) La France est le seul pays occupé à ne pas se contenter de s’administrer, elle fait une révolution intérieure de ses institutions et de ses valeurs morales » explique Robert Paxton.

Encore une fois, il est impossible d’imaginer l’état d’esprit de nos parlementaires confrontés à un tel désastre. De fait, ils étaient à la merci de factions qui profitèrent de la faiblesse générale pour imposer leur lecture de la crise, leur agenda et prendre le pouvoir. « Pour ces critiques de la société moderne, 1940 est un jugement de l’histoire porté non pas seulement sur la III° république, qui ne mérite même pas le mépris, mais sur la conception globale d’un monde libéral, capitaliste et individualiste » écrit Robert Paxton.

Et de fait, la France s’est lancée en 1940 dans la mise en place d’un ordre économique et social nouveau qui va modifier profondément la façon dont les Français étaient gouvernés, instruits, employés. 

« Jamais il n’y eut autant de Français prêts à accepter la discipline et l’autorité. (…) Par besoin d’une vie normale prenant les formes les plus élémentaires – besoin de retrouver son foyer et son emploi – bien des Français se sont engagés sur la voie d’une complicité quotidienne qui les conduit peu à peu jusqu’à prêter un concours actif à des mesures que personne n’aurait imaginées en 1940 » explique Robert Paxton.

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Mai 2020 : il est urgent d’attendre

Des dramatiques évènements de Juillet 1940, je propose de retenir que, pour un individu comme pour une société, il est urgent de ne prendre aucune décision lourde en pleine période traumatique.

Même si la situation de Mai 2020 est infiniment moins grave qu’il y a 80 ans, la France, soumise à 8 semaines de confinement et à un arrêt menaçant de son économie, est aujourd’hui dans un état de sidération et de grande fragilité émotionnelle.

Dans cette période si particulière, il est urgent d’attendre et de ne prendre aucune décision lourde au delà de la gestion de la crise sanitaire et économique. Plus que jamais, il est indispensable d’ignorer ces nombreux prophètes qui tentent de nous imposer leur lecture de la crise, de recycler leurs idéologies mortifères et de nous enfermer dans un régime autoritaire. Et de lire « la France de Vichy » !

Contrairement à lieu commun imbécile, les Français sont disciplinés et responsables. Ils ont fait preuve en 2020 d’un civisme qui force l’admiration.  Le moment venu, toute réflexion à long terme devra s’appuyer sur les fondamentaux : la liberté économique, la liberté de choix de l’individu, son corollaire la responsabilité individuelle, le respect de la vie privée et bien sûr la démocratie fondée sur la séparation des pouvoirs.

12 thoughts on “Picot : Mai 1940, Mai 2020, une même sidération ?

  1. gueuler depuis Londres était tellement facile pour ce branleur qui a été le seul général français à ne s’être jamais battu !!!! il a ensuite voulu donner la France aux communistes qui l’ont finalement refusé. Ce général assassin n’a fait que tuer la France. Quelque furent les erreurs du Maréchal Pétain celui-ci a fait face à Hitler ! Par ailleurs, je ne comprends pas que l’on revienne sur une période que nous n’avons pas à juger.

    1. Pétain n’a pas « fait face » à Hitler, il a collaboré avec lui, et ce de manière active. Le régime de Pétain n’a pas fait « bouclier » contrairement à ce que d’aucuns disent, il est allé au-devant des attentes des nazis, et a mis en oeuvre un programme politique et idéologique autoritaire, fascisant, et clairement antisémite. Lisez la France de Vichy, lisez l’histoire à ce sujet.

    2. Toulouse , tu ne connais pas ton sujet et de plus tu es irrespectueux, avant de porter un jugement sur un personnage quel qu’il soit, on fait des recherches ,on se renseigne et on étaye ses propos.

    1. Il n’a pas « fuit », il s’est expatrié pour ne pas se soumettre à l’occupant nazi et ses collaborateurs. On peut se montrer critique de De Gaulle sur bien des choses, mais sûrement pas d’avoir été lâche. Quant à la destruction de la démocratie parlementaire, si vous parlez de la démocratie des 3e et 4e républiques, alors c’est une fâcheuse plaisanterie que vous faites là.

    2. Mes parents ont vécu cette période sombre de l’Histoire, et non,De Gaulle n’a pas fuit ! il s’est expatrié pour organiser la Résistance et est revenu se battre aux côtés de ses troupes. Relisez votre manuel d’Histoire de France. Le Maréchal Pétain a vendu la France aux Allemands, a élevé dans son sein des hommes comme Klaus Barbie, ça vous parle ça ??? Le boucher de Lyon qui a torturé des milliers de gens sous le régime de Vichy. Intitulé Régime de Vichy, car le susdit Maréchal Pétain est parti s’installer dans le Sud de la France, permettant ainsi aux Allemands d’entrer dans Paris. Il a activement collaboré avec les nazis.. vous êtes sûre de connaître votre sujet ??? La Résistance Française s’est organisée et a aidé le Général de Gaulle à libérer la France, ce qui vous permet aujourd’hui d’être libre et de ne pas vivre sous un Régime National – Socialiste ..

  2. je suis d’accord, il est urgent de ne pas agir dans la précipitation,
    par contre, si l’on essaie de passer au dessus du vacarme des « yaka-fonkon » – on est terrifié par le silence des idées.

  3. “Il est urgent d’attendre”, c’est une maxime appliquée en présence d’une crise violente dont on ne connaît pas encore les effets, pour « accompagner » la sidération. Pour autant, « ne pas prendre de décision est la pire des décisions » ; « sit on your hands » pour ne pas faire de bêtise disent les Anglais, mais ne pas prendre rapidement des mesures conservatoires quand on est en responsabilité est inconcevable, c’est déjà une faute.
    Gardez vous de juger qui le Général ou le Maréchal alors que nous sommes déjà en déroute avec un simple virus…

  4. Puis exprimer mon désarroi à la lecture des commentaires concernant aussi bien de Gaulle que Petain ?
    Et si Didier Picot nous incite à lire Paxton, je renchéris en vous invitant à la lecture passionnante de la grande histoire des français sous l’occupation par Henri Amouroux : 11 tomes documentés et sensibles qui met en scène tous les protagonistes de cette terrible époque, leurs faiblesses et leurs grandeurs.
    Bien entendu, de Gaulle ne mérite pas les qualificatifs dont il est affublé et, naturellement, le procès de Petain n’a pas grandi la justice.
    Si le parallèle entre Mai 40 et Mai 2020 est intéressant, les perspectives en 2020 sont heureusement moins sombres et tragiques, à condition naturellement que l’ignorance et la sottise n’arment pas la contestation et ne suscitent la violence : les dommages que nous allons subir réclament sagesse, courage et solidarité.

  5. Contrairement à la légende l’armée française s’est très bien battu. Je suggère à l’auteur de ce papier de réviser son discours par exemple en lisant les bouquins de Dominique Lormier et il devrait également lire le livre l’extase totale qui montre que les nazis étaient drogués jusqu’au yeux pour mieux combattre. J’en ai assez d’entendre cette ritournelle puante comme quoi l’armée n’as pas fait son boulot. Cela serait intéressant que celui qui a « commis » ce papier découvre pourquoi Paxton a écrit un bouquin dit de référence qui est une véritable merde bien sûr encensé par tous les gauchos de l’époque.

  6. Je suggèrerai à Robert Paxton et aux commentateurs de se pencher sur les dates de promulgations des textes qui figurent dans les Codes de lois de notre pays. Ils constateront rapidement qu’une partie significative du Droit applicable actuellement en France, en particulier dans le domaine du Droit du Travail, mais pas uniquement, est issu de lois promulguées ou modifiées sous Vichy, et qui n’ont subi que très peu de modification depuis. Paxton, étant historien et non pas juriste, l’ignore naturellement. Sur la conception d’un « monde » « libéral », « capitaliste » et « individualiste », les propos de Paxton, aujourd’hui datés, ne manquent pas de sel, en particulier à l’aune des politiques suivies ou soutenues par son propre pays depuis 20 ans.

    Enfin, pour répondre à l’un des commentateurs, sur la nature collaborationniste de Vichy, je pose la question suivante : pourquoi, avec un tel allié, si engagé lui-même dans un « programme politique et idéologique autoritaire, fascisant, et clairement antisémite » avoir crû nécessaire pour le 3ème Reich d’envahir la zone libre en Novembre 1942 ? Pourquoi ne pas avoir fait confiance à ce régime « frère » et, tout au plus, être venu avec ses propres troupes compléter les forces de l’armée d’armistice sur les cotes du Sud de la France ? Rappelons que pour l’Italie, véritable alliée du 3ème Reich dans ce conflit, il fallu la « trahison » du Grand Conseil Fasciste pour en arriver à de pareilles extrémités.

    La comparaison institutionnelle avec la Belgique (dont le roi reste « prisonnier » des allemands) et les Pays-Bas est certes intéressante, mais elle fait l’économie, (est-ce un hasard chez Paxton ?) de la collaboration active de l’administration des ces mêmes pays avec le 3ème Reich. Collaboration d’autant plus empressée que ces deux pays connaissent également de forts mouvements collaborationnistes qui assisteront l’occupant, tant dans ses opérations de répression intérieures que dans ces interventions militaires extérieures.

    Voilà qui permet, et aurait permis à R.Paxton, de relativiser très largement sa grille de lecture spécifique de la la « France de Vichy ». Mais peut-être n’était-ce pas là justement son but ?

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