lun. Juil 6th, 2020

Jean-Claude Volot : tous les salariés ne peuvent pas devenir actionnaires de leur entreprise

L’interview décapante de Jean-Claude Volot cette semaine est consacrée à l’actionnariat salarié, et à tous ces mécanismes qui visent à permettre aux salariés de participer à la vie de l’entreprise comme s’ils étaient associés à l’employeur. Ce dispositif qui tend à se généraliser sous la forme d’obligations punitives soulève une question de fond : tous les salariés sont-ils prêts à devenir des associés ou des actionnaires de leur entreprise ? 

Jean-Claude Volot

PDG de Dedienne Aerospace, ancien conseiller spécial du président du MEDEF

Il était tentant d’interroger Jean-Claude Volot sur l’actionnariat salarié et sur ses formes « dégradées » à la mode, comme l’intéressement automatique ou la participation, promues par divers économistes et portées par une proposition de loi déposée par deux députées LREM : Olivia Grégoire et Cendra Motin. Sur le fond, tous les salariés sont-ils prêts à devenir actionnaires de leur entreprise ? Jean-Claude Volot répond de façon cash. 

Volot prône une prise de risque pour les actionnaires salariés

La question essentielle que posent les dispositifs de « participation » et autre association du travail au capital dans l’entreprise, tient à la prise de risque des intéressés. Son admet l’hypothèse (indispensable à la prospérité d’une économie) que la plus-value rémunère le risque encouru par le capital pour mener à bien son activité, alors on comprend que la distribution de la plus-value aux salariés n’a guère de sens si elle ne s’accompagne pas d’une mise en risque. 

De ce point de vue, le recours massif aux LBO constitue probablement la meilleure parade contre des distributions de parts à des salariés peu disposés à prendre des risques personnels à l’occasion de l’accession au capital de l’entreprise. La participation doit relever d’un dispositif volontaire, sauf à porter sur des montants marginaux ou anecdotiques. 

Dans tous les cas, ces opérations doivent être menées sur la base du volontariat, et non de l’obligation. Sauf à penser que le capital spolie les salariés d’un dû, ce qui est le propre de l’idéologie marxiste. Autant être clair sur ce point. 

Desserrer l’étau réglementaire

Alors qu’Olivia Grégoire propose un calcul automatique de la participation par les services fiscaux (ce qui sous-entend que la participation deviendrait un élément de la rémunération parmi d’autres), Jean-Claude Volot pointe du doigt les tracasseries dont les employeurs qui s’essaient à l’exercice du LBO font l’objet. Bercy et ses sbires adorent en effet soupçonner les employeurs de pratiquer de la rémunération dissimulée en distribuant des actions aux salariés…

Certains inspecteurs des impôts se montrent régulièrement tatillons sur les distributions, notamment lorsque l’employeur apporte sa garantie aux emprunts consentis par les salariés pour acheter des parts. Avant de rendre la participation ou l’intéressement obligatoires dans toutes les entreprises, il faudrait peut-être faciliter les plans volontaires des entreprises qui se heurtent à la rigidité de l’administration. 

2 thoughts on “Jean-Claude Volot : tous les salariés ne peuvent pas devenir actionnaires de leur entreprise

  1. Bonjour,

    Plusieurs critiques par rapport à cette intervention.

    1. « Si on admet l’hypothèse indispensable à la prospérité d’une économie que la plus-value rémunère le risque encouru par le capital pour mener à bien son activité » – souvenez-vous des banques too big to fail, des différentes interventions de l’état pour sauver les industriels Français, du quantitative easing. Le risque n’est jamais vraiment assumé, l’hypothèse que c’est indispensable est fausse.

    2. « … alors on comprend que la distribution de la plus-value aux salariés n’a guère de sens si elle ne s’accompagne pas d’une mise en risque. »
    Ca tombe bien, le salarié est déjà mis en risque. En cas de défaillance, ce n’est pas l’actionnaire capitaliste qui est viré, c’est le salarié, avec un lien démontré en terme de dégradation de sa santé, de sa vie familiale et sociale, et de ses perspectives à l’avenir. Que du bonheur, qui n’est jamais rémunéré car le salarié n’est rémunéré que pour son travail.

    3. »… sauf à penser que le capital spolie les salariés d’un dû, ce qui est propre de l’idéologie marxiste ». C’est aussi une critique du capital faite par Marx, indépendamment de son idéologie. Nous pouvons voir ici un exemple de modèle mental : « si je dis Marx, je discrédite ». Eh bien vous auriez bien tort de penser que celui qui a prédit les crises du capitalisme telles que nous les avons vécues n’a rien d’intéressant à dire à ce sujet.

    1. Sur le point 1, Amr je pense que tu généralises le cas des très grandes entreprises françaises notamment celles du CAC40 à l’ensemble des entreprises. Je ne pense pas que Jean-Claude Volot intègre dans son raisonnement cette catégorie d’entreprises très particulière. Jamais l’état n’interviendra directement pour sauver telle ou telle ETI, PME et encore moins TPE (sauf celles de ses copains de promo à l’ENA bien sûr).
      Sur le point 2, pour moi c’est hors sujet. Evidemment qu’un licenciement quel qu’il soit est douloureux. Cependant un salarié dispose de beaucoup d’amortisseurs sociaux dont ne bénéficie pas un entrepreneur non salarié. Si son entreprise fait faillite et qu’il n’a pas pris d’assurance personnelle (et souvent il n’a pas les moyens au début de son aventure entrepreneuriale de prendre ce genre d’assurances qui sont très onéreuses), il peut tout perdre et vraiment tout puisqu’il arrive souvent qu’il ait du utilisé son patrimoine personnel en garantie des banques. Quant aux petits actionnaires, qui peuvent être des salariés de l’entreprise dont ils sont actionnaires ou des salariés d’autres entreprises, ils perdent tout l’argent qu’ils ont mis mais uniquement l’argent qu’ils ont mis. Et là aucune différence entre salariés ou non salariés.

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