[PAYANT] – Et le combat cessa faute d’opposants politiques à Macron….

30.05.1968, manifestation de soutien au général de Gaulle.

Cette semaine dans Les Droites de Husson n°45 (1) Les sondages de second tour. (2) La Bérézina des Républicains. (3) Le paradoxe Zemmour (4) Emmanuel Macron n'aura pas eu d'opposant politique systématique

Points sur les sondages de second tour

Du 17 avril à aujourd’hui, notre ami Jean-Poll, agrégateur de sondages, enregistre une érosion des intentions de vote pour Marine Le Pen (la candidate perd un point et le président sortant en gagne autant) pour un rapport de forces qui s’établit à 55,5/45,5 à deux jours du premier tour. 

Pour bien saisir la situation à la veille du second tour, il faut, je crois, comprendre que le second tour Macron/Marine Le Pen ne devait pas avoir lieu. Il a lieu par défaut. 

Rien n’est plus significatif que le débat présidentiel, qui s’est déroulé mercredi 20 avril au soir.  A la différence de 2017, Marine Le Pen n’a pas perdu le débat. Elle ne l’a pas gagné non plus. Alors qu’il y avait tant à critiquer dans le bilan d’Emmanuel Macron, la candidate du Rassemblement National a choisi une attitude purement défensive, un jeu “à l’italienne” dirait-on au football. Elle a repoussé comme elle pouvait les assauts de la première heure puis elle a progressivement commencer à jouer dans la moitié de terrain adverse. Et même, dans la dernière demi-heure, elle était souvent dans la surface de réparation de l’adversaire. Mais sans marquer de but! Quand Macron a mis en cause le prêt contracté par le Front National auprès d’une banque russe,il fallait contre-attaquer sur les relations d’Emmanuel Macron avec McKinsey. Il aurait été facile, aussi, de mettre en cause l’incapacité du gouvernement à faire passer une réforme des retraites. La mise en cause de la politique gouvernementale lors de la crise COVID était assez facile à déployer. 

Mais, sur tous ces points, la candidate disputant son poste à Emmanuel Macron a été en demi-teinte; elle a déçu ceux qui étaient susceptibles d’être mobilisés par le “Tout Sauf Macron”. 

Et nous touchons là au point essentiel de cette campagne présidentielle. Pourquoi Marine Le Pen est-elle arrivée au second tour? Par défaut! Parce qu’elle est restée elle-même depuis cinq ans, mais rien de plus. Entendons-nous, ce n’est pas rien. Elle est pour la troisième fois candidate à l’élection présidentielle. Et pour la deuxième fois au second tour. Cependant, lors du débat de mercredi soir, elle a mené une guerre de position quand il aurait fallu une guerre de mouvement. La candidate était une porte-parole des classes populaires et des classes moyennes en difficulté face à l’arrogance du président en place, qui, dans la hiérarchie internationale des puissants, n’est guère plus qu’un des concierges du Grand Hôtel de Davos mais qui, en France, traite avec morgue les “gens qui ne sont rien”, les “illettrés” et les “Gaulois réfractaires.

Marine Le Pen n’est pas sans mérites. Mais elle n’a pas plus que les autres résolu le dilemme de cette élection présidentielle. Pourquoi est-ce qu’aucun adversaire suffisamment dangereux pour Emmanuel Macron ne s’est levé?   

Bérézina chez Les Républicains

Les Républicains ont manqué la dernière occasion qui s’offrait à eux de reconquérir la présidence de la République. 

Nos lecteurs s’en souviennent: nous avions montré le potentiel indéniable d’une candidature Barnier. Ancien commissaire européen et négociateur du Brexit, l’homme pouvait damer le pion au président sortant. Il avait en plus la légitimité de l’ancien “jeune gaulliste”.  Michel Barnier a fait une campagne sérieuse pour le Congrès de LR début décembre. Il avait le premier lancé la proposition d’un “bouclier constitutionnel” sur l’immigration. 

Hélas ! Les Républicains ont accepté cette chose absurde que ce ce ne soit pas le même collège électoral qui décide, à trois mois d’écart, de la forme que prendrait le Congrès et de l’identité du candidat. Entre octobre et décembre  on a pu s’inscrire pour participer au vote du Congrès alors qu’on n’avait pads participé au premier vote, celui décidant de la forme des “primaires”. Le nombre d’adhérents du parti a été doublé. Ce qui était un collège fait pour Michel Barnier ou Eric Ciotti – les deux meilleurs candidats –  est devenu le lieu d’une surenchère aux inscriptions d’électeurs. Valérie Pécresse a tiré son épingle du jeu de manière peu régulière, comme cela a été raconté par Médiapart (inscriptions d’électeurs étrangers en Ile-de-France) et Libération (qui a rendu populaire le chien Douglas), qui ont pointé l’inscription de faux électeurs pour voter au Congrès. 

Bien évidemment, on aurait attendu des adversaires malheureux de la candidate désignée qu’ils protestent, se battent, réclament la vérité sur les scrutin – à commencer par Michel Barnier. Mais dans l’équipe de ce dernier, on avait eu fondamentalement une attitude du genre “de minimis non curat praetor” – le chef ne s’occupe pas des détails. C’est bien dommage dans la mesure où le président sortant était déboulonnable par un candidat de centre-droit… à condition que ce ne fût pas Valérie Pécresse, la moins qualifiée des prétendants pour une élection présidentielle. 

Evidemment, on voit bien le paradoxe: celui d’un centre qui ne cesse de rétrécir à chaque élection présidentielle. C’était donc une guerre terrible que le candidat de centre-droit devait lancer contre Emmanuel Macron. Mais peut-on attendre de centristes qu’ils livrent une bataille implacable – à moins d’avoir la volonté de puissance d’un Emmanuel Macron ?  

Le paradoxe Zemmour

A vrai dire, dès la nomination de Valérie Pécresse, on pouvait voir monter les chances d’un dissident de la droite, un déçu du RPR: Eric Zemmour. 

L’homme avait tout pour réussir. Il connaissait de l’intérieur le vieux logiciel du RPR et de l’UDF – il le rappela d’ailleurs magnifiquement dans son discours de Villepinte. Il pouvait se targuer de n’avoir jamais respecté, comme journaliste, le cordon sanitaire établi par François Mitterrand et Jacques Chirac entre la droite modérée et la droite plus radicale. Mais au lieu de s’en servir comme d’un simple drapeau, le candidat Zemmour a fait des thèmes traditionnels du Front National (de Jean-Marie Le Pen l’essentiel de son argumentation. Le candidat a certes abordé d’autre thèmes – pensons au magnifique discours de Cannes, plaidoyer digne de Benjamin Disraeli pour un conservatisme social –  mais l’insistance mise sur la question de la civilisation française, aussi légitime fût elle, a fini par éclipser les autres. 

Ajoutons que le candidat Zemmour a fait une campagne finalement très…parisienne. Des émissions télévisées durant la semaine et un déplacement en province en fin de semaine. A ce rythme là, le candidat n’était pas en mesure de mordre suffisamment sur un électorat moins urbain, plus populaire, celui précisément que Marine Le Pen sait attirer. 

Aujourd’hui, dans l’équipe de campagne d’Eric Zemmour ou dans le noyau militant, on pense que la guerre d’Ukraine a interrompu une trajectoire ascendante. De fait, avant le 24 février 2022, le candidat avait rejoint Marine Le Pen dans les sondages, autour de 15%. La guerre d’Ukraine a certainement constitué un choc pour le candidat, dans la mesure où il a fait deux mauvais choix: refuser d’accueillir les réfugiés ukrainiens qui suscitaient de la pitié et de la sympathie dans toute la France; renier son attitude “gaullienne” vis-à-vis de la Russie. Le candidat Zemmour, qui avait toujours su identifier la puissance du leadership d’un Vladimir Poutine, s’est mis soudain à le renier. Mais les classes populaires n’aiment pas ceux qui changent d’avis sous la pression des médias. Marine Le Pen a réagi à cet égard avec plus de sang froid. 

Dans tous les cas, la guerre d’Ukraine a servi de révélateur, en aucun cas de déclencheur. La campagne Zemmour était condamnée à décrocher à partir du moment où le candidat n’allait pas disputer pied à pied l’électorat populaire à Marine; il avait dès lors peu de chances de se maintenir à égalité avec elle. Dans cette lettre, nous avions annoncé que la somme Zemmour + Marine Le Pen ferait dans tous les cas 30%. L’inattendu pour Eric Zemmour c’est le rapport de forces 23/7.   

Quelque chose aurait pu, cependant, lui profiter: si le candidat Zemmour s’était posé en adversaire systématique d’Emmanuel Macron!  Et s’il l’avait fait alors que ni Marine Le Pen ni Valérie Pécresse ne l’avaient vraiment essayé. 

Emmanuel Macron n'aura pas eu d'opposant politique systématique

Qui, dans la classe politique, a exploité convenablement l’affaire Benalla? 

Qui a su mettre des mots politiques sur le conflit des Gilets Jaunes, transformer le soulèvement en énergie d’opposition ? 

Qui a pointé l’incompétence du président et de son gouvernement dans l’affaire de la réforme des retraites? 

Qui a su épingler la désastreuse politique de maîtrise du COVID-19? Surtout, qui a pris en main l’opposition au passe sanitaire?

Je me souviens avoir échangé une journée durant, par messages WhatsApp interposés, avec le pas encore candidat Zemmour, en juillet 2021, pour le convaincre de prendre fait et cause pour les opposants au pass sanitaire. Mais il n’y avait rien à faire: le journaliste, écrivain en train de se métamorphoser en homme politique, m’expliquait que cela le détournerait du combat fondamental, celui pour la civilisation française. Comme si la liberté n’était pas centrale dans l’identité française. Zemmour a bien fini par prendre des positions claires sur le PASS. Mais c’était trop tard pour fixer les électeurs. 

Du coup, au bout du compte, celle qui l’a emporté c’est Marine Le Pen car on trouve toujours un peu d’opposition aux décisions du gouvernement Macron dans les prises de positions de la candidate. Elle fait partie des rares personnalités politiques qui ont soutenu les Gilets Jaunes.   Elle a combattu la réforme des retraites – bizarrement, il est vrai, en proposant de réduire l’âge de départ à la retraite. Marine Le Pen a fait partie des députés les plus assidus à lutter contre les restrictions COVID, pour les libertés. 

Globalement, avec une forme d’inertie, la présidente du Rassemblement National a joué un rôle d’opposante. Mais elle est restée prudente voire timorée dans ses critiques – exactement comme lors du débat de 2022. 

Valérie Pécresse a manqué l’occasion de se poser comme l’adversaire d’Emmanuel Macron au centre. Eric Zemmour n’a pas su le faire à droite. Il est donc resté, par une sorte d’inertie, Marine Le Pen comme opposante majeure. 

Même si ce n’est pas ce que nous souhaitons, Emmanuel Macron pourrait bien se dire, dimanche soir 24 avril, que la bataille a cessé faute d’opposants….. 

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9 commentaires
  1. Ce ne sont pas les sondages qui font le résultat, ce sont ceux qui ne les écoutent pas et font ce qu’ils doivent faire . Une course n’est gagnée ou perdue qu’après le poteau d’arrivée . Je ne votais plus mais cette fois virer le salopard du 55 est vital et le tout sauf macron aussi . S’il repasse demain certains auront du sang sur les mains pour avoir baissé les bras, peu importe qui est en face, même une chèvre fera moins de saloperies que lui .

    1. La réalité c’est que tous ceux qui auront voté le roitelet de merde seront complices de crime… au sens propre du terme, pas au figuré. Ce seront, stricto-sensu, des collabos. Ils ont eu tout le temps d’observer et de s’informer, pas d’excuse. Et ils n’en auront pas au jugement dernier qui arrive à grande vitesse.

  2. La diabolisation de Marine, que je trouve courageuse, mais aussi compétente, est une saloperie de ceux qui nous trahissent et nous ruinent!! lui reprocher de demander un prêt à une banque russe ,alors que ceux qui lui font “barrages” trainent des casseroles et devraient être en taule, appartenant à ce système corrompu qui s’écroulera!je serais Poutine je n’alimenterais plus en gaz ceux qui fournissent en armes les nazis ukrainiens et le foutriquet Zélenskys alter égo de micron et corrompu comme lui ainsi que biden qui est une menace pour nous et pour le monde ,aussi autre saloperie en fin de débat à la suppression par Marine du voile sur l’espace public,macronéron s’est exclamé comme au théâtre ce soir”vous voulez la guerre civile?”la menace comme politique de celui qui traitent les français de n’être rien !!!

  3. Tout le monde y va de sa minuscule petite explication de détail. Je ne suis pas un expert mais je crois bien que ce qui a manqué s’appelle l’union, la force de l’union. Union du camp national contre union des socialo mondialistes. Pas d’union pas de chocolat. Aussi simple que ça. Le reste est de l’épicerie non?

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