Les gens bien auraient voté Macron ? le narratif binaire de la caste continue

Selon les bons usages à la Mc Kinsey, il est urgent de fabriquer de toutes pièces un "narratif" politique arrangeant pour disqualifier les millions d'électeurs qui n'ont pas voté pour Emmanuel Macron. La caste ne manque pas de thuriféraires pour produire cette forgerie grâce à laquelle le gouvernement pourra continuer son oeuvre comme si de rien n'était. Le pitch proposé prend forme : les gens bien auraient voté Macron, et les pauvres imbéciles auraient voté Le Pen. Bref, d'un côté les crédibles, et de l'autre, les bêtes humaines. Le monde binaire selon la macronie continue.

Nous avons souligné hier la contre-performance d’Emmanuel Macron, habilement dissimulée par des medias aux ordres : en réalité, le Président a perdu 2 millions de voix au second tour par rapport à 2017, alors qu’il avait rassemblé un million de voix nouvelles au premier tour. Sa capacité à “rassembler” au-delà de son camp a donc significativement baissé, et le fait que seuls 38,5% des inscrits aient voté pour lui suffit à montrer qu’il dispose (encore plus qu’en 2017) d’une majorité trop faible pour imposer des réformes de structure sans trouble social.

Évidemment, cette lecture factuelle n’est pas très arrangeante pour la caste qui souhaite disposer de véritables marges de manoeuvre pour consolider son emprise sur la société (grâce à quelques réformes scélérates comme la “Grande Sécu” évoquée hier). 

Donc, elle fabrique un autre “narratif”. 

Macron, le candidat des gens bien

Il suffit d’écouter “l’analyse” binaire, manichéenne, simpliste, de l’un des chiens de garde de la Macronie, Frédéric Dabi, directeur de l’IFOP, pour comprendre l’orientation du narratif qui nous est proposé : en fait, tout ce que ce pays compte de gens bien, respectables, crédibles, a voté Macron. Dans l’électorat de Marine Le Pen, on retrouve les ignares, les incultes, les gagne-petits, les laissés-pour-compte de la mondialisation, les “rien”, disait Macron à une époque. 

Cette distinction binaire, qui illustre une fois de plus, par son simplisme fruste, l’imposture du macronisme qui se prétend l’incarnation des Lumières alors qu’il est juste un ersatz complaisant d’idéologie post-marxiste, laisse une place à un troisième groupe : les gens qu’il faut ramener dans le troupeau, les abstentionnistes. Ceux-là correspondent aux Gentils du Nouveau Testament : ils n’appartiennent pas à la secte, mais ils sont récupérables. 

Les électeurs de Marine Le Pen, eux, sont définitivement perdus pour la science.  

Le mépris social pour 5 ans

Cette vision de la fracture française n’a évidemment rien de surprenant. Elle procède de la réaction qui sévit dans la caste depuis le Brexit et l’élection de Trump : le monde selon le macronien moyen se décompose entre les gens intelligents qui aiment la mondialisation par principe (et qui sont forcément les membres de la caste), et une sous-catégorie d’humains qui la contestent. 

Par construction théorique, les gens bien aiment la mondialisation, puisque celle-ci (Macron l’a si souvent répété dans ses discours) est le fait des Lumières et de l’élite qui la porte. Dans cette logique booléenne déconcertante, ceux qui s’opposent à la mondialisation sont forcément des obscurantistes, avec le cortège de stéréotypes grotesques que ce mot charrie : des ignorants, des incultes, des cons, des blaireaux. Des bêtes humaines au fond. 

Réécoutez attentivement ce que dit Frédéric Dabi : il y a un antagonisme frontal et binaire entre les deux mondes. Conclusion : la victoire de Macron est la victoire des gens bien, qui doivent, par humanisme, par charité chrétienne, par devoir moral, imposer le progrès aux idiots du camp d’en-face. 

Vous vous demandiez à quoi sert un institut de sondage ? Vous avez la réponse…

Macron et Mélenchon, même mépris

Il existe un impensé essentiel dans ce manichéisme macronien. C’est la désignation racisée de l’obscurantiste. Pour la trouver, il faut faire une incursion chez Mélenchon, où les langues sont mieux déliées. 

Nous reproduisons ici l’analyse mélenchonienne type qui dit tout haut ce que les macronistes disent tout bas :

On comprend ici le grand axe commun qui court de Mélenchon à Macron : ce qui pose problème, dans la France contemporaine, c’est le petit blanc qui refuse la mondialisation, la diversité, la grande famille humaine débarrassée des frontières et des identités (enfin, surtout de la sienne, puisque personne n’envisage de supprimer les autres). 

C’est ce petit blanc raciste, homophobe, xénophobe, complotiste, nationaliste, populiste, souverainiste, qu’il faut éradiquer. 

L’annonce d’une nouvelle diabolisation

Pas la peine de faire un dessin, ici : le quinquennat qui s’ouvre donnera lieu à une nouvelle diabolisation des Français ordinaire qui seront à nouveau taxés de tous les maux. On avait déjà entendu Macron les déclarer “plus vraiment citoyens” lorsqu’ils refusaient la vaccination. 

Nous savons désormais comment l’axe mélenchono-macroniste de la mondialisation haineuse continuera à les traiter dans les années qui viennent : comme des moins que rien !

Les dossiers d'Aventin

Retrouvez les dossiers de référence de Laurent Aventin sur le COVID et la vaccination, pour enfin être informé clairement et avec rigueur sur la situation
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14 commentaires
  1. J’ai dû me tromper quelque part :
    1) ayant deux diplômes d’ingénieurs (Bac + 7),
    2) presque 64 ans,
    3) pas “raciste” a priori,
    mais ayant voté MLP sans aucun état d’âme pour essayer de virer ce psychopathe narcissique !
    En 2017, j’avais déjà refusé de voter pour lui, mais je m’étais abstenu après avoir longuement hésité, dans le doute.
    Ah, si, j’ai les 3 bons critères “mâle” “blanc” “patriote” pour être catalogué comme con à éliminer.
    En plus, pas une seule piquouse de leur saloperie de faux “vaccin”.
    Pire, j’ai eu le Covid, que j’ai soigné tout seul avec des vitamines et divers médicaments anciens peu coûteux en vente (encore) libre.
    Et je n’ai même pas fait le moindre test, ayant été contaminé par ma belle-famille multi-vaccinée qui, eux, s’étaient précipités pour faire des tests… pour avoir la prolongation de leur sacro-saint “pass” !
    Bref j’ai presque tout faux selon la “norme” !
    Mais cela me convient très bien, j’ai l’esprit serein.

  2. Rien de plus commun que le bons sens partagé. C’est pourquoi les manichéens ont inventé le sens propre et le sens sale. C’est une façon de se donner bonne conscience en toute circonstance et d’avoir de bonnes raisons pour condamner les autres mal pensant ou agissant : c’est la logique de l’inquisition ecclésistique, ou communiste, ou globaliste, ou fasciste. C’est l’art de la casuistique, de l’embrouillamini, puis du chaos. Fort naturellement ces manichéens sont rapidement balayés par l’histoire, après avoir massacré des millions de justes comme boucs émissaires.

  3. Excellent papier d’Éric Verhaeghe. Tout est si bien dit à partir de 2 lapsus du camp du bien qui dévoilent parfaitement l’ennemi dans toute sa suffisance. Eh bien moi je suis résolument contre maqueron &son mélenche, avec les ignorants et les sans grade. Les récits (ou narratifs, anglicisme) présentent cet intérêt de synthétiser une pensée et ses objectifs de guerre que des heures et des heures d’analyse savante dissimulent. Suffit d’écouter Émmanuel Todd cité par Édouard Husson dans un autre papier du site.

  4. Quand on constate la crédulité bornée des gens “bien” pendant la crise Covid, on se dit que le bon sens des gens simples enracinés sans le réel est bien plus porteur d’avenir. Les idéologues finissent toujours par heurter le mur da la réalité.

  5. Une bonne nouvelle tout de même, est que les “gens biens” ne représentent que 38% de l’électorat. Macron va donc se mettre à dos tout le reste, je lui souhaite bonne chance.

  6. Il fallait bien s’y attendre.

    Quand on est élu avec péniblement 37% des citoyens – les plus incultes à mon avis – il faut bien se donner le grand air qu’on n’a pas.

    Macron est sans doute un bon élève mais être bon élève ne veut pas dire intelligent.

    Il me rappelle la chanson :

    « A l’école quand j’étais p’tit

    « j’étais constamment puni

    « un beau jour je me suis dit

    « ça n’va plus ainsi,

    « il faut que ça finisse,

    « j’épouse l’institutrice

    « et quand nous s’rons mariés

    « je serai toujours le premier… »

    La chanson dit que papa et maman n’ont pas voulu, apparemment pour Macron ils ont été plus indulgents.

    Peut-être pensaient-ils que ce serait le bon moyen de mener cet enfant gâté à quelque chose, ils n’ont pas eu tort mais je ne les remercie pas pour autant.

    Quant aux gens bien… je dirais qu’ils sont sans doute et surtout, pour beaucoup d’entre eux, gens DE biens…
    Désolé, je n’ai pas encore décoléré… 😊

  7. Si je comprend bien, ce serait la classe possédante qui aurait voté micron. Bien, c’est bien. Le futur est très simple, d’ici 3 ans maximum. Souvenez vous-en, car ça s’en vient : la France en faillite (et probablement aussi en guerre contre la Russie), donc spoliation des français (grâce à une nouvelle loi votée il y a peu), ceux qui “possèdent” des biens… Ceux donc ayant voté micron, ne pourront blâmer personne d’autre qu’eux mêmes, les imbéciles.

  8. D’un autre côté M. Verhaeghe, pourquoi ces gens se priveraient-ils de refuser d’essayer de nous comprendre et au fond de nous mépriser, puisqu’ils l’ont fait ces 5 (voire ces 10) dernières années, et que les Français en redemandent ?
    Le traître Sarkozy parlait – mensongèrement d’ailleurs – de “droite décomplexée”, la caste au pouvoir aujourd’hui, composée des traîtres à la Nation (LR) et des traîtres au peuple (PS) verse dans le complexe de supériorité décomplexé, c’est une suite logique.
    Le problème de fond, c’est encore et toujours la crédulité et la bêtise, sur fond d’ignorance et de lâcheté égoïste, d’une partie des Français, qui élisent les fossoyeurs du pays. Zut, aurais-je moi aussi versé dans le mépris de classe ?… il me semble ici que les faits, la réalité, tranchent en notre faveur. Les imbéciles ne sont pas ceux que les médias de l’oligarchie affublent de ce qualificatif. Comme disent les enfants, c’est ç’ui qui dit qui est !

  9. En somme, la même lecture qu’en 2005.
    Souvenez-vous. Conjurés par les mêmes qu’aujourd’hui “de ne pas faire ça, (…) de dire non au non, de ne pas vous conduire comme des pauvres, comme des moutons noirs, des ploucs d’en bas, des cons d’en face, des xénophobes d’à côté” (P. Muray, “Bien sûr que non” in “L’Imbécile”, juin 2005).
    Sauf qu’aujourd’hui c’est un oui à 38% qui l’a emporté.

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