Les Français, ce curieux peuple aujourd’hui en colère et angoissé, demain sous le choc

Les Français, ce curieux peuple aujourd’hui en colère et angoissé, demain sous le choc


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Après 10 jours de confinement, les premiers changements profonds sont déjà visibles chez les Français. C'est un bien curieux peuple que celui-là, dans le même état que la victime d'une rixe qui se réveille doucement après un coup de batte de base-ball qui l'a assommée : ça fait mal à la tête, et le retour à la réalité est à la fois progressif et violent.

Les Français ne sont pas confinés depuis dix jours que déjà ils bouillonnent. C’est une grande erreur de la part des pouvoirs publics que d’avoir sous-estimé les désagréments qu’il y aurait à laisser un peuple de gloseurs cérébraux seul face à lui-même, confiné dans la solitude de ses petits intérieurs bourgeois. Car les Français n’ont plus qu’une occupation, désormais, à mesure que la vie des entreprises s’arrête et que la pression de l’extérieur, de la collectivité, du circuit productif, s’étiole : ils s’informent, et, selon leur bonne vieille manie, ils critiquent. Et les esprits s’échauffent.

Les Français découvrent qu’on leur a menti

En boucle, les informations arrivent sur ces personnels médicaux et soignants qui intubent à tour de bras, parfois sans masques de protection, ou alors avec des masques périmés, parfois avec les moyens du bord, des personnes infectées par le virus dont les symptômes se compliquent. Il suffit, semble-t-il, de quelques heures, pour finir au bord de la mort.

Un interne ami prend le temps de m’écrire quand il le peut. Il est anesthésiste dans l’un des hôpitaux les plus exposés de Paris. Il n’arrête pas. Des patients jeunes meurent. L’Assistance Publique ne teste pas tous ses soignants. Certains sont donc malades, mais on préfère ne pas le savoir. L’essentiel est que cela tienne le plus longtemps possible. On verra après pour les détails.

En réalité, cette gestion de crise est un naufrage bien plus profond que les Français seulement informés par les chaînes officielles ne le pensent. Alors que élus, des people, des gens de salon, ont accès à des tests, ceux qui en ont vraiment besoin n’y ont pas accès. Nous avons basculé dans un système soviétique qui ne dit pas son nom. Il y a la nomenklatura, et il y a les autres.

Depuis des années, les Français étaient bercés dans l’illusion qu’ils avaient la meilleure protection sociale du monde, le meilleur hôpital du monde, le meilleur État-Providence du monde. On leur disait que la santé, en France, était gratuite et accessible à tous. Et hop ! une crise, et ils découvrent combien ils sont loin derrière les autres, avec des mesures de précaution qui ne sont pas prises, et des circuits de décision ubuesques où des bureaucrates usent de leur petit pouvoir pour retarder les opérations de sauvetage.

La prise de conscience se fait, mais elle n’est pas achevée, et elle n’est pas mûre. Beaucoup pensent qu’un renfort de bureaucratie, de moyens, de budgets, aideraient. Mais la colère monte.

Déconnexion du gouvernement profond

Tout le monde sent bien que derrière la scène d’un pouvoir politique qui veut donner l’illusion de son omniprésence, des décisions sont prises dans l’ombre, à contre-courant des élus, par une caste discrète mais tenace, dont les intérêts ne sont pas ceux du grand public.

Par exemple, les masques des policiers ont été saisis autoritairement. Pourtant, les intéressés sont au contact des publics les plus turbulents, les moins respectueux du confinement, et probablement les plus infectés par la maladie. Quelle instance a bien pu prendre une décision aussi bizarre, qui suscite une grogne majeure parmi les forces de l’ordre ?

Le même phénomène se passe pour la chloroquine. L’establishment parisien est vent debout contre cette solution thérapeutique prônée par un spécialiste mondial installé à Marseille qui refuse le petit jeu des salons, de la caste. Alors on cherche à le faire taire, par tous les moyens, des innocents dussent-ils être privés de cette solution.

J’ai fait une vidéo rapide, lundi dernier, sur le sujet. Elle a atteint près de 500.000 vues. J’ai reçu des centaines de commentaires écoeurés, en colère. Mon camarade de promotion, Jean Mafart, qui a travaillé aux renseignements intérieurs, m’attaque publiquement, mais en tentant de garder l’anonymat, et montre combien les élites administratives sont restées accrochées à leurs privilèges, à leur perception binaire du monde, avec l’image d’un peuple d’abrutis qui devrait obéir, et une caste d’éclairés qui sait tout mieux que les autres et qui devrait avoir le droit de tout décider sans partage.

Ces gens-là sont dangereux et, avec leur psycho-rigidité, vont précipiter le pays dans une révolution sanglante.

Avant le pain noir, la fin du pain blanc

Pour l’instant, le pays est obnubilé par la recherche de ceux qui sont responsables de cette déroute. Cette quête dont on sent bien qu’elle pourrait virer à la chasse au bouc-émissaire, au pogrom s’il le fallait, occupe les esprits et les détourne des vrais dangers.

Progressivement, les Français comprennent que le confinement et la crise vont amener des pénuries alimentaires. Les livraisons sont chaotiques, désormais, et le pays menace d’être à un arrêt complet. Les petites gens qui ont reçu des grenades lacrymogènes lorsqu’ils défilaient avec des Gilets Jaunes ne veulent pas s’exposer à la maladie pour sauver ceux qui se félicitaient de les voir mitraillés l’an dernier. Juste retour de bâton. Et ils n’iront pas faire les moissons à la place des Noirs et des Arabes qui venaient l’été pour des salaires de misère, et qui n’ont plus le droit de venir.

Mais personne ne voit le pire arriver à ce stade. L’épidémie commence à peine à toucher les États-Unis. Depuis trois mois, le consommateur américain continue à faire tourner les affaires. Mais la tempête est en train de franchir l’Atlantique. Avec 3,3 millions de chômeurs nouveaux en une semaine, l’Amérique de Trump est au bord de l’effondrement. Lorsqu’il se sera produit, l’onde de choc détruira le capitalisme en quelques semaines. En quelques jours peut-être.

Nul ne sait sur quelle tragédie cette rupture de digue débouchera. Les États-Unis pourront-ils gérer cette catastrophe de façon fluide sur le plan intérieur ? Trump détournera-t-il l’attention et la colère de son peuple par une méchante aventure extérieure ?

La France elle-même n’est pas à l’abri de tentations. Le comportement égoïste de l’Allemagne ne devrait pas tarder à réveiller de vieux démons.

Dernières semaines de bonheur

Pour être franc, je ne suis pas mécontent de ce qui se passe. Je l’ai déjà écrit, je n’en pouvais plus de ce monde où le seul objectif permis était de travailler pour s’enrichir et attendre ses vieux jours en faisant trois fois le tour du monde. Cette embourgeoisement des esprits était étouffante.

Le temps qu’un autre monde arrive, je profite de la vie. Les jours s’écoulent dans une forme de suspens réparateur. Je n’ai qu’un regret : les cimetières sont fermés, et je ne peux rendre visite à Max. J’ai quand même la conviction que son suicide procédait aussi du pressentiment angoissé de cette fin du monde que nous vivons, et qu’il n’aurait sans doute pas supportée.

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