Merkel de plus en plus pessimiste sur un accord européen pour subventionner la France

Merkel de plus en plus pessimiste sur un accord européen pour subventionner la France


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Merkel croit-elle encore à un possible accord européen qui accorderait des subventions au « Club Med », dont la France ? Si, pour l’instant, rien ne rompt le silence allemand, le chancelière a commencé à envoyer des signaux négatifs sur son espérance de voir un accord rapidement conclu dans le sens dont Emmanuel Macron rêve…

Angela Merkel avait annoncé son intention de se débarrasser des questions financières européennes avant sa prise de présidence de l’Union, le 1er juillet. Mais le conseil européen virtuel tenu vendredi dernier n’a pas permis de dégager de consensus. Macron est en Hollande aujourd’hui pour négocier un revirement de position avec Mark Rutte, le Premier Ministre batave. Mais la situation se présente de façon bien moins favorable que l’enthousiasme de la presse française ne le fait croire.

Merkel espère un accord en juillet, rien de plus…

Contrairement aux annonces et déclarations d’Angela Merkel, qui pariait sur une issue rapide aux discussions européennes sur la question des finances, les disputes devraient continuer à empoisonner les débats communautaires après le 1er juillet. Pour la chancelière, cela signifie qu’elle devra subir des interférences avec son projet de relance européenne, concoctés avec Emmanuel Macron.

En l’état, l’Allemagne aborde l’exercice avec une prudence qui devrait inquiéter l’opinion française, et avec de puissantes réserves. Ainsi, Merkel a déclaré qu’aucune avance ne pouvait être faite aux États-Membres avant l’adoption définitive du plan. Nous sommes donc bien loin des béatitudes françaises où chacun a déjà dépensé dix fois l’argent de la peau de l’ours avant de l’avoir tué.

On ajoutera que Merkel s’est également opposée à l’idée que les sommes soient attribuées sous forme de subvention. Elle ne s’oppose donc pas à une dette européenne, mais elle s’oppose à la conception française de son utilisation.

«Je suis absolument déterminé à entamer immédiatement des négociations avec les États membres. Nous prévoyons un sommet physique à Bruxelles à la mi-juillet »   

Charles Michel, président du conseil européen

Von der Leyen compte les points

Un autre indice devrait susciter la méfiance chez les commentateurs français aux yeux énamourés pour l’Europe. La présidente de la Commission elle-même, à la sortie du conseil de vendredi dernier, a pris acte des dissensions qui rendent un accord difficile. Dans la pratique, il n’y a pas d’unité sur cette fameuse question de la subvention ou du prêt, et tout indique que les 4 radins (Danemark, Hollande, Suède, Autriche) ne sont pas disposés à baisser la garde sur le sujet, malgré le voyage de déminage d’Amélie de Montchalin, dont nous avions indiqué qu’il se présentait très mal.

Notre intuition n’était pas mauvaise : Macron doit finalement faire lui-même le voyage dans l’autre pays du fromage pour négocier un accord.

Les radins font de la résistanceIl faut dire que, contrairement aux espoirs fous répétés naïvement en France, les 4 radins n’ont pas eu le bon goût de se ranger sans coup férir à la raison du plus fort. Ils ont même l’outrecuidance d’expliquer que le prêt est plus vertueux, pour l’intérêt du citoyen, que la subvention.C’est le sens d’un courrier qu’ils ont publié dans le Financial Times avant le sommet de vendredi dernier. De leur point de vue, le recours à la subvention encourage les comportements peu vertueux et gaspille l’argent public. Le soutien aux économies du sud passe par des dépenses responsables sous forme de prêts ! « Comment pourrait-il être responsable de dépenser 500 milliards d’euros qui ont été empruntés et d’envoyer la facture à l’avenir ? »L’ambiance est posée !

Du point de vue allemand, il est important que l'aide du fonds de développement ne soit versée que pour une courte période. 'La période jusqu'en 2024 est très longue', a expliqué Mme Merkel. De plus, le remboursement des emprunts devait commencer avant 2027. Pour l'Allemagne en tant que payeur net, une remise est également importante lors du calcul des versements annuels à Bruxelles.   

Reuters

La Hollande va-t-elle échanger son ralliement contre KLM ?

Dans le cas des Pays-Bas, toutefois, rien n’exclut un arrangement de derrière les fagots qu’Emmanuel Macron pourrait aller chercher ce soir même chez Mark Rutte.

Il se trouve que si les Hollandais ne veulent pas financer sans contrôle les pays du Club Med, ils ne veulent pas non plus financer les 4 milliards de KLM sans savoir quelle utilisation en sera faite. Or les représentants bataves sont minoritaires au Conseil d’Administration du groupe.

Emmanuel Macron pourrait donc être tenté de brader les joyaux de la couronne, c’est-à-dire d’accorder la parité entre la France et la Hollande dans la gouvernance d’Air France – KLM, en échange d’un ralliement de Mark Rutte au principe de la subvention. Cette concession coûterait très cher. Mais le Président est dans une telle fuite en avant que…

Attention au prix à payer en cas de déception

Pour l’instant, l’élite bobo est absolument convaincue que l’Europe est un projet de bisounours où tout le monde s’aime énormément, au point que l’on peut sans dommage y refuser des travailleurs polonais au chômage sans encourir des mesures de rétorsion. Mais les semaines qui viennent pourraient amener bien des désillusions. Pour l’instant, aucun des 4 radins n’a envoyé le moindre signal d’infléchissement sur la conditionnalité de l’intervention européenne : des prêts, ciblés sur des activités directement impactées par le coronavirus et proportionnés aux besoins. On est loin des rêves français.

Si ce scénario était retenu (et il a tout lieu de l’être, au moins à forte dose dans la mouture finale), la France devra entamer un rapide virage à 180° sur ses finances publiques : car l’argent promis ne viendra pas. C’est tout juste si nous obtiendrons 30 milliards de prêts remboursables. Comme l’a indiqué Angela Merkel, le plan ne doit pas durer plus de deux ans, et les remboursements doivent commencer avant 2027.

On est très loin des fantasmes français. Macron devra donc trouver d’autres solutions que celle-là pour financer l’énorme dette qu’il concocte. Du genre : baisser les dépenses publiques (mais on a compris qu’il ne savait pas faire cela) ou augmenter les impôts. D’où son idée de bloquer la circulation des capitaux hors de France dès 2020. L’enfer fiscal se rapproche.


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