Convention citoyenne pour le climat ou réaction bourgeoise en bonne et due forme ?


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La convention citoyenne pour le climat est présentée urbi et orbi comme une oeuvre parfaitement démocratique, qui exprimerait la volonté générale après un tirage au sort à l’aveugle de 150 citoyens qui ont librement conçu une série de propositions regroupées dans un pensum de 460 pages. En réalité, l’opération est bien montée : phagocytée par les lobbies en tous genres, elle cherche surtout à légitimer des propositions socialement très réactionnaires… sous couvert de greenwashing.

La convention citoyenne pour le climat est une superbe mise en scène destinée à légitimer la réaction bourgeoise mise à l’arrêt par la révolte des Gilets Jaunes. Et l’intervention, assez tenue à distance d’ailleurs, de Priscilla Ludoski dans cette opération, constitue l’un des plus beaux alibis utilisés par la bourgeoisie écologiste pour maquiller le sens de cette opération admirablement menée.

La farce de la convention citoyenne pour le climat

Officiellement, 150 quidam tirés au sort se sont réunis en conclave pendant plusieurs mois pour élaborer un cahier de 460 pages comportant des propositions comme une modification de l’article D 251-1 du code de l’énergie, mais avec le même degré de précision sur l’ensemble du champ légistique. Une telle technicité est évidemment impossible à imaginer sans une intervention préparée, organisée, élaborée minutieusement par une technostructure parfaitement au fait des problématiques.

Ce seul détail technique montre bien en quoi la convention citoyenne constitue une manipulation de grande ampleur. Sous les apparences d’une consultation aléatoire et impartiale, le pouvoir exécutif a habillé un train de mesures législatives qui échapperont à la discussion parlementaire, et qui visent à reformater largement la vie quotidienne des Français.

Dans cette affaire, l’utilisation du prétexte écologique est fort habile, puisqu’elle permet de pratiquer du greenwashing sur des dispositions qui visent fondamentalement à briser la mobilité entre espaces sociaux sur le territoire et à placer l’ensemble du débat public sous l’invocation d’une religion sacrée : celle de la nature qui doit désormais être supérieure aux libertés publiques et à l’ordre social. Dans tout ce dossier, au nom d’un ordre naturel que personne n’a défini, le visage de la société française devrait changer en profondeur et correspondre enfin à l’idéologie bourgeoise de gauche dominante dans la France de 2020.

La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle agit pour la préservation de la biodiversité et de l'environnement et elle lutte contre le dérèglement climatique. À ce titre, les libertés économiques ont pour bornes les conditions nécessaires à la préservation de la biodiversité et de l'écosystème naturel, et les politiques publiques doivent être compatibles avec la nécessité de préserver notre environnement naturel.   

Proposition 9A

Un débat orienté en sous-main…

À tous les étages, en effet, les débats de la convention citoyenne ont été, en sous-main, structurés par des experts issus de cette bourgeoisie de gauche, adepte du capitalisme de connivence, où quelques intellectuels se mettent au service du CAC 40 et de polytechniciens éblouis par le brio intellectuel. On n’analysera pas autrement le rôle d’une Laurence Tubiana, dont nous montrons comment elle concentre à elle seule les attentions de nombreux intérêts industriels.

Mais elle n’était pas la seule dans cette affaire. Le débat était suffisamment verrouillé pour qu’aucune mesure ne gêne vraiment le « grand capital » de ce pays. Rappelons que, en France, l’industrie manufacturière est l’une des principales productrices de CO2, bien avant l’agriculture. Et, miraculeusement, la convention s’est montrée bavarde sur l’agriculture, sur le transport routier, sur le logement, mais très peu loquace sur la pollution industrielle.

L’effet du hasard sans doute. À moins qu’on adapte l’hypothèse formulée ici d’une orientation délibérée de la convention vers la remise en forme de la vie quotidienne, que les Gilets Jaunes et les Gaulois réfractaires sont parvenus à bloquer en 2018. La convention a permis de structurer un train de mesures politiquement minoritaires et combattues de façon lancinante par la France périphérique, qui en sera la principale victime.

Les leit-motivs bourgeois sont revenus au galop

On ne sera donc pas étonné de voir revenir quelques grands leit-motiv propres à la bourgeoisie de nos métropoles. Les observateurs ont beaucoup ironisé sur la ville idéale selon les bobos qui ont cortiqué ce rapport, avec une lutte sans surprise contre tout un tas d’éléments de la vie quotidienne : la publicité, les emballages, les éclairages nocturnes, et autres marottes. Il faut lire les 460 pages du rapport pour comprendre comment aucun secteur de notre vie quotidienne, aucun moment, aucun lieu n’échappera plus à une réglementation écologique contraignante.

L’emblème de ce triomphe garanti pour l’homme nouveau tient à l’accès des villes aux voitures. Officiellement, le mot d’ordre est d’interdire le centre-ville aux véhicules les plus polluants. Mais il est prévu qu’à partir de 2030, une nouvelle réglementation exclura

a minima

les véhicules produisant 110 grammes de CO2/km, ce qui exclut les voitures de type Renault Mégane. On senti bien que la tentation est d’interdire les moteurs atmosphériques en centre-ville, en multipliant les parking-relais. Donc, les banlieusards dans les villes, oui, à condition qu’ils suivent un parcours du combattant pour y venir.

Bien entendu, les mêmes qui souhaitent limiter la mobilité par la voiture vers les centres-villes dénoncent l’apartheid des quartiers et la prolifération des zones commerciales aux entrées des villes. On mesure ici la capacité de notre bourgeoisie de gauche à afficher des objectifs qui lui donnent bonne conscience, qui la blanchissent, quand le verdissement est utilisé pour revenir à un ordre social bien compris.

Des observations du même ordre pourraient être faites sur les questions d’alimentation et quelques autres encore.

Remise en cause de la liberté d’entreprendre

Mais le plus inquiétant sans doute tient à l’ambition de changer la constitution pour y subordonner les libertés, et singulièrement la liberté d’entreprendre, à la défense de la nature. Il paraît que, désormais, on ne pourra plus créer d’entreprise ni avoir une activité professionnelle qui remettrait en cause la biodiversité, l’écosystème naturel ou l’environnement naturel. Voilà tout un champ de définitions jurisprudentielles qui s’ouvre devant nous ! Il existerait donc un ordre sacré de la nature que nous ne pourrions plus modifier.

Jusqu’où sa préservation ira-t-elle? Assécher les marais en Afrique pour combattre le paludisme fera-t-il partie des politiques publiques incompatibles avec notre environnement ? Considèrera-t-on bientôt que défricher des sols pour les cultiver est une menace pour l’environnement ? Avorter est-il contraire à la nature ?

On le voit, l’idéologie qui se met en place est loin d’avoir livré tous ses secrets, d’avoir dévoilé tout son sens. Et on peut se demander quelle visée exacte ses promoteurs actuels poursuivent.

La diversité partout sauf dans la convention

Au passage, la convention citoyenne a beaucoup parlé et fait l’éloge de la diversité, mais elle l’a très peu pratiqué. L’ensemble des discussions a été structuré, capté, matronné, cornaqué, parrainé, par un petit milieu qui forme la bureaucratie du climat. Adeptes de la deuxième gauche, ces gens qui vivent dans un entre-soi savamment préservé et se font la courte échelle professionnelle ont méticuleusement évité de donner la parole à toute pensée divergente.

En ce sens, ils incarnent parfaitement la bourgeoisie métropolitaine qui brigue une dangereuse omnipotence en France : ils adorent parler de la diversité, mais ils détestent la pratiquer. Pour cette seule raison, ils méritent d’être combattus sans relâche.


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