Manifeste des Stratèges : ce que nous pensons des propositions des Républicains

Manifeste des Stratèges : ce que nous pensons des propositions des Républicains


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La rédaction du Courrier des Stratèges a examiné avec le plus vif intérêt les propositions des Républicains. Un scoop : pas de renouveau neuronal printanier à attendre de ce parti qui semble sortir d’hibernation avec un électro-encéphalogramme plat dopé au Lexomil.

Un filet d’eau tiède pour enivrer les foules ?

Edouard Husson

En 2017, Les Républicains avaient un candidat, François Fillon, qui prenait des risques et avait proposé des mesures concrètes de réduction de la dépense publique.

Il entendait réaliser 100 Md€ d’économies sur la dépense publique en 5 ans. Celles-ci reposeraient pour 30 Md€ sur l’État (revues de dépenses systématiques), 20 Md€ sur les collectivités locales (contraintes pour leurs dépenses et leurs embauches, fusion de différents niveaux d’administration) et 50 Md€ sur la sphère sociale (retraites, assurance maladie et chômage).

Evidemment, parce qu’il faisait des propositions, il se prit immédiatement des coups. Les gardiens de l’illusoire « modèle français » (qui est essentiellement un droit pour l’instant illimité d’emprunter à l’abri des taux d’intérêt européens très bas, garantis par la confiance qu’inspire l’Allemagne) se mirent, y compris dans son propre parti, à attaquer telle ou telle mesure (âge de la retraite à 65 ans, réduction des dépenses de santé etc..). Au lieu de prendre du recul et de s’adresser à son public, la France des entrepreneurs, François Fillon esquiva, eut l’air de cafouiller, avant d’être happé par les accusations sur son train de vie dispendieux.

Privés du pouvoir en 2017, Les Républicains ressemblent à ces « émigrés » revenant après la Révolution française, dont Chateaubriand nous dit qu’ils n’avaient « rien oublié ni rien appris ». Contrairement à ce que croient les responsables de LR, ils ont une route à creuser entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. La France est désormais endettée à 115% de son PIB ; elle a d’un côté laissé exploser les dépenses liées à la fonction publique territoriale et de l’autre négligé le régalien (police, justice, défense) dont elle aurait besoin ; qu’il s’agisse de la recherche ou de notre présence outre-mer, deux secteurs clé pour la puissance au XXIème siècle, notre pays néglige l’investissement (le budget des organismes de recherche est à 85% de la masse salariale ; l’outre-mer est prétexte à subvention, pas à innovation industrielle).

L’heure est venue de faire des choix car l’endettement indolore à taux bas voire négatifs ne durera pas éternellement. Il faut une nouvelle Révision Générale des Politiques Publiques ou RGPP (après tout, ce n’était pas si mal cette initiative de Nicolas Sarkozy, et cela a permis de contenir l’expansion de l’administration centrale) ; il faut tirer les conclusions de fiascos comme les Agence Régionales de Santé, ARS, qui absorbent dans la bureaucratie les dépenses hospitalières au lieu de créer les infrastructures dont nous avons besoin. Mais Les Républicains préfèrent l’eau tiède d’un programme sans contours.

Pour abolir les privilèges, il faut soi-même y renoncer

Didier Picot

Le parti politique Les Républicains présente timidement l’idée qu’il faudrait mettre fin à l’emploi à vie des fonctionnaires.

La garantie de l’emploi des fonctionnaires est en effet incompréhensible et inacceptable. Elle introduit dans la société française une inégalité choquante entre les fonctionnaires et le reste des Français face au chômage : d’un côté une caste de 20% des Français dont le taux de chômage est de zéro, de l’autre la population française dévastée et pressurisée par un taux de chômage mathématiquement supérieur de 25% aux statistiques biaisées de l’INSEE et qui seule subit l’impact du chômage technique lié au COVID.

Or, l’emploi à vie n’est pas la plus honteuse des dispositions de ce qui constitue le cancer inavoué de la vie politique française : le statut des fonctionnaires. Écrit en 1946 par la CGT et le Parti Communiste de Maurice Thorez, ce statut a été consolidé en 1983 par le ministre communiste de François Mitterrand, Anicet Le Pors. Quand on connaît le savoir-faire communiste en matière de manipulation des organisations et du pouvoir politique, on mesure que tout ceci n’est pas un hasard.

Car ce statut prévoit deux autres privilèges exorbitants, uniques au monde, qui ont permis à la caste des fonctionnaires de prendre un pouvoir total et sans partage sur l’appareil d’État et la vie politique française : le droit de grève et le droit de se présenter en politique, tout en maintenant leurs privilèges de fonctionnaires. Grâce à ce double mécanisme qui leur donne un avantage électoral majeur, les fonctionnaires détiennent et exercent les pouvoirs exécutifs, législatifs, administratifs, judiciaires et contrôlent les contre-pouvoirs que sont les partis politiques, les syndicats et la presse comme je l’ai exposé dans Vendons les Parisiens !

Alors, mettre fin à l’emploi à vie des fonctionnaires ? Oui bien sûr, il n’est que temps. Si les troupes d’élite du 1° RPIMA de Bayonne sont employées en CDD alors qu’elles exercent au péril de leur vie le pouvoir régalien par excellence, la défense nationale, comment justifier que les fonctionnaires des services administratifs de la Ville de Cahors bénéficient de l’emploi à vie ?

Mais pour qu’ils soient crédibles, les Républicains devraient commencer par eux-mêmes renoncer à leur statut de fonctionnaire. Ensuite, ils devront proposer une refonte totale du statut et un plan de mise en œuvre pragmatique : abolition immédiate du statut de fonctionnaire pour les hauts fonctionnaires, maintien du statut pour les moins gradés jusqu’à leur retraite, plus aucune embauche sous le statut actuel, primes ciblées pour encourager les départs, etc.

Ce qui nécessite au préalable d’affronter le constat que l’Etat en France n’est pas la solution mais le problème, la source fétide du profond malaise qui traverse le pays. Y sont-ils prêts ?

LR ne franchit toujours pas le Rubicon

Eric Verhaeghe

LR a esquissé un sujet intéressant : la fin de la garantie de l’emploi pour les fonctionnaires. On attend de voir si cette vraie question débouchera sur une énième mesurette avec des possibilités de rupture conventionnelle payée par le contribuable, ou si elle permettra la cure d’amaigrissement qu’une bureaucratie proliférante rend indispensable pour le relèvement du pays. Et tel que le document de LR l’annonce, on peut craindre le pire : celui de l’étouffement de la mesure à force d’avoir peur de son ombre.

Nous le savons tous, le problème fondamental de notre pays est qu’il est bloqué par une aristocratie administrative arrogante mais incompétente, prétentieuse mais incapable d’assumer la moindre responsabilité effective. On donne des leçons, et on dilapide l’argent public sans qu’aucune sanction ne soit jamais prise. L’affaire Salomon le montre une fois de plus.

La première mesure à prendre pour débloquer ce pays et pour lui remettre ses pendules à l’heure est de priver les hauts fonctionnaires de leur emploi à vie. Ces donneurs de leçons doivent pouvoir être licenciés en cas de fautes avérées, notamment en cas d’incapacité à atteindre les objectifs de dépenses qui leur sont fixés par le Parlement.

On craint fort qu’une fois de plus, les Républicains qui ont rédigé les propositions de réforme de l’Etat (Eric Woerth, ENA, Jean-François Copé, ENA), ne l’entendent pas de cette oreille. Auraient-ils à l’esprit que la remise en cause du statut du fonctionnaire ne doive surtout pas s’appliquer aux corps dont ils sont issus ?

Dans tous les cas, n’oublions jamais qu’un escalier se balaie par le haut. Réformer le statut des petits fonctionnaires ne résoudra aucun problème. C’est le renouvellement des élites administratives qui constitue la solution.

Ceux qui créent les problèmes sont-ils aptes à les résoudre ?

Simone Wapler

Heureuse surprise, on croit rêver en lisant le diagnostic et les propositions du plus gros parti dit de droite, Les Républicains. Ça commence magnifiquement :

« L’État est trop lourd là où il devrait être souple et trop faible là où il devrait être fort. »

Christian Jacob

D’où il s’ensuit des préconisations de baisse des prélèvements, de débureaucratisation, de report de l’âge de la retraite à 65 ans, de disparition du statut de fonctionnaire à vie, de revue des dépenses publiques.

Mais rien de chiffré, ne rêvons pas. Et surtout pas d’articulation logique solide. Par exemple, un fonctionnaire retraité ou en activité, c’est à peu près le même prix, il me semble… Et si on décide que l’âge légal de la retraite est porté à 65 ans pour tout le monde, l’effectif de la fonction publique ne diminuera pas des départs en retraite…

Tout ceci manque d’un grand souffle et de cohérence. Où l’État doit-il être fort ? Que sont vraiment ses missions ? Comme je l’explique dans Non, l’État ne nous protège plus, une police au service du pouvoir n’est pas une police au service des citoyens. Je rappelle que récemment nos « forces de l’ordre » pour reprendre le terme niais de la bien-pensance ont pour mission de traquer les déplacements de ceux qui, pour travailler, passent d’un département rouge à un département orange. A-t-on connaissance d’un vigneron cluster à lui seul passant de Pouilly (58 rouge) à Sancerre (18 pas encore rouge) pour faire son métier en plein air ?

Finalement qu’attendre de ce parti ? Il faudrait être bien naïf pour croire que ceux qui ont créé les problèmes seront aptes à les résoudre. D’ailleurs, nos cadors invertébrés le reconnaissent eux-mêmes !

Eric Woerth : « ce qui serait très nouveau, ce serait de le faire »

Jean-François Coppé : « Ça correspond à ce qu’on aurait dû faire chaque fois qu’on était au pouvoir »

Oui. Voilà. Pourquoi feraient-ils subitement en 2022 ce qu’ils n’ont jamais fait auparavant ? Le premier problème, c’est eux. Quand ceux qui créent les problèmes savent les résoudre, c’est que ce sont des racketteurs mais pas des gens honnêtes.


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