La réforme de l’assurance chômage pour faire plaisir à Bruxelles : l’aveu de Bruno Le Maire

La réforme de l’assurance chômage pour faire plaisir à Bruxelles : l’aveu de Bruno Le Maire


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La réforme de l’assurance chômage (et accessoirement celle des retraites) est-elle imposée ou non par la Commission Européenne, en échange des 40 milliards que la France devrait recevoir de l’Union ? Au terme de circonvolutions complexes, Bruno Le Maire vient de l’expliquer sans ambage aux députés de la Commission des Finances. Et sur la réforme des retraites, il laisse planer un faux doute. En réalité, la France ne s’impose plus d’efforts en matière de finances publiques que si et seulement si la Commission Européenne le lui impose.

Bruno Le Maire a enfin avoué clairement que la réforme de l’assurance chômage, imposée par décret par le gouvernement pour diminuer les dépenses de l’UNEDIC et son déficit, était une contrepartie de l’aide de 40 milliards que l’Union Européenne doit verser à la France. Certes, il a suivi de nombreuses circonvolutions pour « emballer » cet aveu. Mais le raisonnement est clair et net. Il reste une ambiguïté sur la réforme des retraites, qui n’est pas encore levée.

La France réforme l’assurance chômage pour satisfaire la Commission Européenne

Devant la commission des Finances de l’Assemblée Nationale, Bruno Le Maire s’est en effet expliqué sur le « plan national de relance et de résilience », le PNRR, que la France a présenté à Bruxelles pour obtenir les fameux 40 milliards promis il y a un près d’un an au terme d’un conseil européen mouvementé. Et le moins que l’on puisse dire est que les explications données, une fois mises entre parenthèses les périphrases de déni, disent les choses cash. On relèvera en particulier ces propos :

La réforme de l’assurance chômage, je le rappelle, elle a été étudiée et adoptée avant l’adoption de ce plan de relance européen mais elle fait partie des éléments que nous avons inscrits dans les réformes que nous mettons en place dans le cadre de ce plan de relance européen.

La meilleure gouvernance des finances publiques et la revue de l’efficacité de la dépense publique
figurent aussi au rang de ces propositions que nous allons mettre en œuvre dans les années qui
viennent. Je crois m’être suffisamment exprimé depuis plus de quatre ans sur ce sujet-là pour que nous ne puissions pas tirer de lien entre le plan de relance européen et ces réformes-là.

La réforme des retraites, je tiens à le préciser, ne figure pas au sens technique du terme dans ces
rendez-vous de réformes que nous avons indiqués à nos partenaires européens. Il n’empêche que je continue de croire pour ma part qu’une réforme des retraites est nécessaire pour assurer l’équilibre du système de retraites par répartition et surtout assurer la prospérité des générations qui viennent dans les années à venir.

Il faut aussi bien maîtriser le langage courtisan pour comprendre les astuces de ce sabir. On le voit, Bruno Le Maire passe beaucoup de temps à expliquer que, bien entendu, ce n’est pas parce que la France inscrit ces réformes dans un document plaidant les 40 milliards de subvention, que ces réformes sont des contreparties à ces subventions. Ne vous fiez pas aux apparences mes amis !

L’art que la caste déploie pour nourrir l’illusion qu’elle est libre et sans contrainte européenne tout en écrivant le contraire à ses partenaires est hallucinant…

Il n’en reste pas moins que, pour obtenir les 40 milliards de l’Union, le gouvernement annonce une réforme de l’assurance chômage (qui diminue les déficits, donc les indemnisations) et une « revue de l’efficacité de la dépense publique », dont on découvre l’intention. Les observateurs les mieux éveillés constateront que Bruno Le Maire commence par taper tout de suite sur les chômeurs, et remet à plus tard la diminution du train de vie des fonctionnaires.

Parce que les chômeurs votent moins pour Macron que les fonctionnaires ?

Ambiguïté sur la réforme des retraites

Concernant la réforme des retraites, Bruno Le Maire a eu cette formule étrange, qui en dit long sur l’embarras du pouvoir : cette réforme ne figure pas « au sens technique du terme » dans les rendez-vous de réforme que la France s’engage à avoir. Mais elle y figure dans un sens « non-technique ». Allez comprendre !

Là encore, alors que Macron jurait ses grands dieux que la réforme systémique qu’il préparait ne devait pas servir à diminuer les dépenses, on découvre aujourd’hui que c’est quand même son objectif… présenté comme tel à Bruxelles.

Et un mensonge de plus, qui devrait compliquer singulièrement la réélection de Macron en 2022. Car on voit mal comment, sur ce dossier explosif, le président pourrait présenter à l’automne un projet de réformes des retraites réduit à une simple réduction des dépenses. Ce mensonge-là risque de couronner très défavorablement une longue série de mensonges précédents, jusqu’à une hollandisation complète du candidat Macron.


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