Post-covid : Contrôler–Surveiller–Punir

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Un article de Michel Rosenzweig

La fête n'est pas un concept politique, encore moins un combat politique, à la limite un simulacre d'idéologie vaguement hédoniste sans aucun fondement, tout au plus l'expression collective brute d'un ensemble de pulsions primaires, dont l'expression nécessaire et trop longtemps réprimée finit par déborder à la faveur d'un tout petit relâchement sanitaire soigneusement calibré par le pouvoir. Soit.

Que le pouvoir s’empare déjà de ces accès de fièvre et de liesse juvénile dans le but de mieux contrôler, surveiller, punir et réprimer les événements festifs prévus, prévisibles, à venir, nul ne s’en étonnera.

Que ce même pouvoir et ses supplétifs patentés en matière sanitaire qui pilotent ce régime alégal aux limites de l’illégalité d’une norme anthroposociale instaurée à coup d’arrêtés royaux et ministériels en profitera peut-être pour réinstaurer un futur tour de vis hygiéniste, si d’aventure la « nouvelle vague 2021 » post coïtale se produisait, cela n’étonnera que les benêts et les naïfs qui contestent ce régime sanitaire bien installé et ne réjouira que les adeptes thanatophobiques de l’enfermisme à tout crin.

 

Comme je l’ai déjà écrit précédemment, en covidie, les non dupes errent, les adeptes du père Lacan capteront l’allusion, jamais cette formule n’aura été si bien adaptée à une situation comme celle que nous vivons depuis un an.

 

Toutefois, il me semble que le concept d' »idiot utile » doit ici être convoqué pour compléter le tableau du paysage sociologique sanitaire et ainsi mettre à jour sa représentation.

Petit rappel historique : l’expression « idiot utile » est utilisée pour décrire une personne qui se laisse manipuler par un mouvement politique, un groupe terroriste ou un gouvernement hostile, ou par quiconque agissant en faveur de certains intérêts (généralement contraires aux siens) sans même s’en rendre compte.

 

L’expression a fait florès. On l’attribue à Lénine, mais elle est probablement apocryphe. Elle désigne tous ceux qui, éblouis par la « grande lueur de l’Est », servirent, en le payant parfois cher, les intérêts d’un régime très vite devenu criminel. L’Idiot utile pense servir une cause juste. Mais, par manque de jugement ou d’information, il sert en fait, involontairement, une cause qu’il ignore, et qui peut contredire ses convictions profondes en allant même à l’encontre des intérêts qu’il pense poursuivre. Il est naïf, n’ayant pas su percevoir la réalité de cette cause, ou trop pressé, n’ayant pas encore les éléments qui lui permettraient de bien analyser les conséquences de la voie qu’il soutient.

 

Or, je le crains et je le constate de plus en plus, la masse des idiots utiles du régime sanitaire, en France comme en Belgique, augmente de jour en jour.

Il y a ceux qui sont les adhérents de la première heure, ceux qui persistent dans leur adhésion en dépit d’innombrables textes, documents audiovisuels, études scientifiques, ces derniers restant coincés dans l’hypnose du formatage politicomédiatique, participant activement ou passivement, consciemment ou/et inconsciemment à la fabrique de l’opinion et à celle du consentement.

Ensuite il y a les autres, ceux qui se prennent très souvent pour des éveillés (dont certains en sont réellement), des combattants (sincères ou pas), des révoltés (mais contre quoi?), des utopistes et des pacifistes, des adeptes de la société diversitaire et enfin des révolutionnaires convaincus que nous sommes à la veille du grand soir, que la convergence des luttes se met en place et que la révolution est inéluctable (François Boulo). Pourquoi pas ? Wait and see.

 

1789 et 1917 ne sont jamais très loin dans l’imaginaire collectif.

 

Et puis il y a les adeptes de la fête et de l’exultation de la liberté retrouvée qui prend des accents et des allures du 8 mai 1945 dans une esthétique trompeuse et décalée, confondant joyeusement les deux périodes dans un anachronisme historique dont les racines plongent dans une profonde méconnaissance de l’histoire.

 

J’ai toujours soutenu les rassemblements en extérieur, ceux du Bois de la Cambre à Bruxelles, lieu déjà devenu légendaire et emblématique par son acronyme « BDC », ainsi que les autres, inspirés par les mêmes revendications et les mêmes aspirations légitimes, à Lyon ou en Bretagne, à Paris, car je suis convaincu que le risque de contagion en extérieur et de constitution de foyers de contamination est extrêmement infime et donc négligeable et que ces mesures d’enfermements liberticides n’ont aucun fondement scientifique.

 

Cependant, lorsqu’une petite poignée d’individus persistent à semer le chaos sans aucune autre motivation que celle de libérer leur colère et leurs pulsions agressives et violentes, ne voulant qu’en découdre avec la police, je ne peux pas les suivre, encore moins les soutenir. Hors légitime défense, ces excès sont non seulement stupides, mais totalement contreproductifs.

 

Je ne suis pas pour autant opposé par principe à l’usage d’une certaine violence légitime, lorsque celle-ci est nécessaire, indispensable (comme en Colombie) organisée, structurée, étayée, construite revendiquée politiquement comme telle et surtout assumée dans ses conséquences. Après tout, la plupart des renversements et des remplacements de pouvoir fort se sont produits par la violence, personne ne pourra le contester historiquement. Mais nous ne sommes pas en Colombie et il n’y a aucune comparaison à faire. Autre contexte, autre culture, autres moeurs.

 

En revanche, l’utilisation irréfléchie et pulsionnelle de la violence ne sert que le pouvoir en place et celui-ci s’en délecte, car il utilise sciemment les masses d’idiots utiles pour conserver sa position dominante, l’améliorer et la prolonger le plus longtemps possible tout en saisissant l’occasion pour discréditer et disqualifier toute opposition au régime sanitaire.

En outre, l’agrégation et l’infiltration de toute une série d’individus provenant de différents horizons et n’ayant strictement aucune culture sociopolitique (parfois même zéro culture), certains véhiculant même des idées franchement infréquentables (racisme, négationnisme, je peux en témoigner), nuisent aux groupes structurés crédibles et ruinent leurs revendications légitimes.

 

Revendiquer le retour à la liberté au nom d’une certaine idée de la liberté et du retour à l’Etat de droit, oui, se défouler sans aucune revendication, non. « La cause du peuple » mérite beaucoup mieux.

 

J’ai été personnellement choqué de voir certaines scènes à Flagey et ailleurs, autant par ce déploiement disproportionné des FDO que par ces petits groupes leur jetant des projectiles. Croire et affirmer que ces jeunes-là n’étaient que des fêtards est une lourde erreur. Et même si certains étaient des fêtards attardés et imbibés, la fête n’est pas et ne sera jamais un concept politique ni un combat sociopolitique, ni une excuse, l’envie de faire la fête bruyamment à 02h du matin en se moquant du voisinage ne mérite aucun respect ni aucune tolérance.

 

La posture victimaire qui n’est destinée qu’à aller chercher le bâton pour se faire taper dessus pour pouvoir se plaindre ensuite et pointer le méchant policier et le mauvais gouvernement n’a jamais été une stratégie payante. Nihilisme culturel et politique.

 

Les idiots utiles, toutes catégories confondues, les adeptes de la victimophilie, les décérébrés, les opportunistes et les activistes politiques qui avancent leurs pions, font tous le jeu du pouvoir en ruinant la crédibilité et la légitimité de tous ceux qui refusent de participer aux débordements de ce carnaval festif sans conscience et qui continuent à se démener pour faire avancer leur juste cause: celle du retour au plein exercice de l’Etat de droit et à la restauration des libertés fondamentales confisquées par la tyrannie et la terreur hygiéniste et policière de ce régime sanitaire.

 

*Ce texte de Michel Rosenzweig est paru sur Facebook avec pour titre “Homo Festivus versus Zoon Politikon“.


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