Manifestation propalestinienne : pourquoi il ne fallait pas l’interdire ?

Manifestation propalestinienne : pourquoi il ne fallait pas l’interdire ?


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La manifestation parisienne de soutien à Gaza, qui s’est tenue hier, avait pourtant été interdite par la Préfecture de police. Les autorités françaises craignaient en effet, des dérapages et des "troubles à l'ordre public". Gérald Darmanin, le ministre de l’intérieur, avait demandé d’assurer la “protection des lieux de culte, écoles, centres cultures et commerces de la communauté juive“. Les organisateurs de la manifestation propalestinienne avaient maintenu leur appel à la mobilisation en dépit de l'interdiction confirmée par le tribunal administratif, refusant de "taire (leur) solidarité avec les Palestiniens". L'évènement intervient en marge des bombardements qui ont lieu actuellement à Gaza, nourris par les affrontements entre les islamistes du Hamas et l'Armée israélienne (Tsahal). Il existe de nombreuses raisons pour interdire ces manifestations ou de les autoriser avec parcimonie.

1.Une décision motivée par les risques de “troubles à l’ordre public“.

Didier Lallement a publié un arrêté interdisant cette manifestation, jeudi soir, en raison des risques de « troubles à l’ordre public », accédant ainsi à la demande du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin. Le soir même, le recours déposé en référé-liberté par les avocats de l’Association des Palestiniens en Ile-de-France, a également été refusé. Le tribunal administratif a estimé que le contexte « tant international qu’intérieur » ne permettait pas « d’estimer que les risques de troubles graves » ne « seraient pas aussi importants voire supérieurs à ceux avérés en 2014 », selon la décision. La cour a enfin jugé que les forces de l’ordre, déjà « fortement mobilisées » dans le cadre de Vigipirate seraient par ailleurs appelées ce week-end à veiller au respect des mesures sanitaires.

2.Une violation de l’Etat régalien

« Parce que nous refusons de taire notre solidarité avec les Palestiniens, et que l’on ne nous empêchera pas de manifester, nous serons présents (au métro) Barbès demain à 15h« , a affirmé vendredi soir l’Association des Palestiniens en Ile-de-France, dans un communiqué. « Depuis 2014, il y a eu plein de manifestations de défense de la cause palestinienne qui se sont déroulées sans aucun problème », a également souligné Me Sefen Guez Guez, l’un des avocats de l’Association des Palestiniens en Ile-de-France. Les sbires de la France insoumise et de l’islamosphère hurlent à la violation des libertés (expression et manifestation) et des principes démocratiques. Mais cette indignation est à géométrie variable. Où étaient ces belles âmes lors de l’interdiction de Génération Identitaire ?

3.Une autre décision était-elle possible ?

Pourtant, la liberté d’expression doit être mise au-dessus de tout. On doit pouvoir défendre toutes les opinions. Un libéral doit l’accepter plus que tout. Et la police doit être en mesure de protéger tous les citoyens. Deux arguments auraient du jouer pour l’autorisation. D’une part, l’État régalien n’effraie plus personne à part les braves gens qui filoutent le couvre-feu. Le pouvoir aurait pu définir un cadre précis de la manifestation et disposer les forces de l’ordre en fonction du parcours. Ainsi, l’exécutif aurait-il évité une énième violation de son autorité. D’autre part, il ne s’agissait pas d’un rassemblement spontanée. Les organisateurs étaient clairement identifiés, les responsabilité définie.

La France n’est pas Israël et les banlieues ne sont pas Gaza. Une fois encore, le gouvernement a obtenu l’inverse de ce qu’il recherchait. « Il est hors de question d’importer sur notre sol » le conflit israélo-palestinien, a estimé sur BFMTV le numéro deux de LR, Guillaume Peltier. Mais il n’est pas possible de conclure comme Sébastien Chenu sur CNews qu’ »il vaut mieux qu’il n’y ait pas de manifestations », notamment pour éviter des « provocations antisémites ». L’antisémitisme est un délit qui doit être sévèrement sanctionné. Les carences de l’Etat régalien ne peut servir à justifier au renoncement de la liberté d’expression.


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