Les comptes de l’Assemblée nationale déficitaires pour la 4ème année consécutive

Les comptes de l’Assemblée nationale déficitaires pour la 4ème année consécutive


Partager cet article

Les déficits s’accumulent à l’Assemblée Nationale et cela semble devenir la règle depuis 2017. La commission chargée de vérifier les comptes de l’Assemblée nationale déplore, dans son dernier rapport annuel présenté début juin, que les résultats budgétaires enregistrés en 2020 soient à nouveau déficitaires.

Le budget de l’institution s’est élevé à 540 millions d’euros pour un déficit de 22 millions €, l’année dernière. La faute à des dépenses de fonctionnement en hausse (+ 16 millions € entre 2016 et2020) et au gel de la subvention de l’Etat (dotation de 518 millions € par an depuis 2012).

Lorsque vous posez la question à un élu, il a tôt fait de vous répondre que la démocratie n’a pas de prix. Certes, mais si elle n’a pas de prix, elle a un coût et le citoyen, qui la finance par ses impôts, est en droit de s’interroger quant à la gestion comptable de celle-ci !

1.Un déficit devenu structurel

Avec un déficit prévu à 43 millions € en 2021, le palais Bourbon risque même de s’approcher cette année de son record de 2017. “Il est habituel que les dépenses progressent fortement l’année de l’élection à cause des frais liés à l’arrivée des nouveaux élus, remarque Marie-Christine Dalloz, députée LR et présidente de la commission de vérification. Mais l’apparition d’un déficit structurel tout au long d’une législature est inédite et a de quoi inquiéter. ”

Le rapport pointe un “manque de maîtrise des dépenses“ et l’absence de “pistes d’économies durables” de la part des trois députés questeurs en charge de l’élaboration du budget : Florian Bachelier (LREM), Laurianne Rossi (LREM) et Eric Ciotti (LR).

2. Des dépenses en constantes progression

Alors qu’elles s’élevaient à 506 millions d’euros en 2016, les dépenses de fonctionnement ont avoisiné les 522 millions en 2020 et auraient même dépassé les 527 millions sans les gains liés à la crise sanitaire (moindres déplacements des députés, séances restreintes, etc.).

1°) Depuis 2017, les moyens alloués aux députés ont plutôt augmenté : hausse de 10% de l’enveloppe pour salarier leurs assistants, passage de 900 à 1 200 euros du plafond de remboursement d’un loyer pour un pied-à-terre à Paris, augmentation de 15% des crédits pour la téléphonie, les taxis ou le courrier.

2°) L’auteur du rapport cite des charges de personnel qui “concentrent” 33% du montant de la dotation annuelle de l’Etat (173 millions €). Si les effectifs de fonctionnaires de l’Assemblée ont diminué depuis 2017 (de 1.089 à 945 en 2020), l’effectif des agents contractuels est passé de 155 à 268. L’auteur souligne des rémunérations “globalement élevées”. On appréciera la litote du rapporteur puisque le salaire brut moyen des agents de l’Assemblée a atteint 7.743 € par mois en 2020 (8.523 € brut par mois pour les 945 agents titulaires et 4.526 € brut mensuel pour les contractuels, en moyenne). En comparaison, les agents titulaires et contractuels de la fonction publique les mieux payés (dernier décile) percevaient une rémunération moyenne de 4.500 euros brut par mois, selon l’édition 2020 du rapport annuel sur l’état de la fonction publique.

3. L’acquisition de l’hôtel de Broglie… un chantier qui n’en finit pas

Si on peut reprocher à l’actuelle mandature la non maîtrise des dépenses de fonctionnement, c’est à la précédente que l’on doit l’acquisition, fin 2016, pour 63 millions d’euros de l’Hôtel de Broglie, à deux pas de l’Assemblée nationale, devait offrir 70 nouveaux bureaux avec chambres et salles de réunion aux députés, dans un vaste espace de 6 000 mètres carrés. Problème, la découverte d’amiante, de plomb, et la crise sanitaire ont ralenti les travaux et substantiellement augmenté leur coût. Estimée à 20 millions d’euros au départ, puis à 22 millions fin 2019, la facture devrait finalement atteindre 23,3 millions d’euros…

4. Les réserves financières… un puit avec un fond

En attendant, les députés puisent plusieurs dizaines de millions d’euros chaque année dans ses réserves pour boucler son budget. Ce n’est pas un fonctionnement pérenne“ déclare Laurianne Rossi. Auprès de Capital la présidente de la commission souhaiterait voir l’Assemblée maîtriser son budget sans avoir à puiser dans ses réserves. “Depuis le début du quinquennat, les disponibilités ont fondu de 140 millions à un peu plus de 100 millions d’euros (…)“ déclare-t-elle.

Depuis 2012, par mesure d’exemplarité, l’enveloppe de dotation de l’Etat est en effet “gelée“ à 518 millions d’euros et n’a même pas suivi la hausse des prix, ce qui représentait un manque à gagner de 40 millions annuels l’an passé. Et bien que Florent Bachelier s’enorgueillit de ne pas réclamer un euro de plus aux contribuables, Laurianne Rossi déclare  qu’il “ faudra augmenter à terme la dotation versée par l’Etat.“

Comment faire confiance à des élus en charge de voter le budget de l’Etat et d’en contrôler les dépenses, lorsqu’ils sont incapables de gérer à l’équilibre les comptes de leur propre institution ? Des élus qui, dans le privé, auraient depuis longtemps été débarqués.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Quelles sont les influences mondialistes sur la loi française sur l'euthanasie ?

Quelles sont les influences mondialistes sur la loi française sur l'euthanasie ?

Certains de nos lecteurs nous ont demandé quelles étaient les influences mondialistes qui avaient joué sur le dépôt d'une proposition de loi sur l'euthanasie en France. Je réponds aujourd'hui à cette question... L'évolution du cadre législatif français relatif à la fin de vie, marquée par l'examen parlementaire houleux de janvier et février 2026, constitue un cas d'étude tout à fait intéressant sur l'interaction entre les souverainetés nationales et les courants normatifs transnationaux. La que


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

La France ou l'ombre d’une Nation : requiem pour la souveraineté

La France ou l'ombre d’une Nation : requiem pour la souveraineté

Après le sommet (informel, mais réel et profond) d'Alden-Biesen, constatons les dégâts du macronisme. Bientôt la France n'existera plus en tant que Nation, dans l'indifférence générale. Il y a quelque chose de profondément crépusculaire à observer une nation se défaire de ses propres mains. Ce que les rapports administratifs nomment froidement « transfert de compétences » ou « intégration fédérale » est, en réalité, le lent effilochement d’une étoffe tissée par mille ans de volonté. C’est le pa


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Qu'est-ce que le groupe pro-israélien MEGA dont Epstein fut si proche ?

Qu'est-ce que le groupe pro-israélien MEGA dont Epstein fut si proche ?

Lors de l'audition de Pam Bondi au Congrès, des députés ont reproché à celle-ci de protéger Leslie Wexner, fondateur de Victoria Secret, mais aussi du groupe pro-israélien MEGA... dont Epstein devint le fondé de pouvoir. Les circonstances de cette affaire méritent d'être expliquées aux Français. Le paysage de l'influence géopolitique et de la philanthropie transnationale à la fin du XXe siècle a été marqué par l'émergence de cercles de pouvoir informels dont l'impact dépasse souvent celui des


Rédaction

Rédaction

UE : Macron valide un saut fédéral immédiat avec 5 autres pays, par Elise Rochefort

UE : Macron valide un saut fédéral immédiat avec 5 autres pays, par Elise Rochefort

Le séminaire informel tenu au château d'Alden-Biesen en février 2026 marque un tournant historique : il a officiellement ouvert la porte à une « Europe à deux vitesses ». Devant l'urgence de la compétition mondiale et l'inertie de la prise de décision à Vingt-Sept, ce sommet a cristallisé une nouvelle doctrine où l'unité ne doit plus être synonyme d'immobilité, mais de fédéralisme pour ceux qui le souhaitent... dont la France. Cette chronique analyse cette transformation à travers deux questi


Rédaction

Rédaction