Scandale : Le Maire directement responsable de la liquidation de MBF Aluminium ?

Scandale : Le Maire directement responsable de la liquidation de MBF Aluminium ?


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MBF Aluminium, le plus gros employeur privé de Saint-Claude, petite ville bien connue mais oubliée du Jura, sera mise en liquidation, après que le tribunal de commerce de Dijon a repoussé l’offre de reprise d’un financier lyonnais. Près de 300 emplois sont voués à la casse, malgré d’importants investissements ces dernières années pour moderniser les techniques de fonderie nécessaires aux moteurs automobiles hybrides. L’État est très largement responsable de ce gâchis, puisque c’est sur une décision de Bercy que l’entreprise s’est trouvée en cessation de paiements… et a dû fermer ses portes. Voilà qui ne correspond pas exactement aux grands discours la main sur le coeur de Bruno Le Maire et d’Emmanuel Macron sur la réindustrialisation du pays. Voici pourquoi on peut même parler de gros mensonges.

La fermeture de la fonderie MBF Aluminium à Saint-Claude, dans le Jura, est emblématique des mensonges officiels sur la prétendue réindustrialisation du pays, mensonges régulièrement répétés par Bruno Le Maire et ses acolytes, et qui se réduisent à des postures de communication absolument creuses.

Pour bien comprendre ce dossier, voici quelques éléments de contexte qui permettent de comprendre les mensonges de l’Etat, à commencer par ceux de Bruno Le Maire, dans les affaires de réindustrialisation. Même si le ministre jure ses grands dieux qu’il veut relocaliser, il oeuvre en sous-main pour détruire le tissu industriel français.

MBF aluminium, une fonderie du Jura

Pour les lecteurs éloignés de l’industrie, il n’est pas inutile de savoir que la France possède encore environ 13.000 emplois dans la fonderie automobile. Ce secteur produit des pièces de moteur de haute précision pour les fabricants installés sur notre sol.

MBF n’était pas, et de loin, l’entreprise la plus obsolète dans ce domaine. L’entreprise du Jura travaille pour deux clients donneurs d’ordre : Peugeot et Renault. En 2019, elle a investi 24 millions € pour se mettre au niveau des besoins. Cet investissement devait s’étaler sur 5 ans. En octobre 2020, MBF avait dépensé 14 millions €. En l’espèce, MBF venait de décrocher un nouveau contrat de 26 millions € avec ses clients, ce qui souligne l’effort consenti par le propriétaire de l’entreprise, le fonds britannique (détenu par un Italien) CMV.

Au contraire des rumeurs propagées par certains commentateurs anti-capitalistes, l’entreprise n’a donc pas été dépouillée par son propriétaire. Au contraire, celui-ci a injecté les capitaux nécessaires pour négocier le passage aux moteurs hybrides. Il était prévu de créer 50 postes en 2020 pour faire face à la nouvelle commande.

Le confinement torpille les commandes de Renault

Petit problème industriel : le confinement survient quelques semaines après l’investissement, et les donneurs d’ordre français diminuent fortement leurs commandes. C’est notamment le cas de Renault qui a redoutablement taillé dans les promesses.

Si l’on peut comprendre que la profonde crise du marché automobile qui est survenue au printemps 2020 a créé de très fortes perturbations sur le producteur français, il n’en reste pas moins que l’affaire ne pouvait tomber à un pire moment pour cette entreprise industrielle. Comment assumer un investissement lourd quand vos clients ferment brutalement le robinet des commandes qui vous ont amené à investir ?

Bruno Le Maire donne le coup de grâce

Face à l’endettement exponentiel de l’entreprise dû à cet effet de ciseau entre un investissement lourd et une baisse inopinée des commandes, la trésorerie de l’entreprise se trouve en situation difficile. Elle sollicite un moratoire sur ses dettes.

C’est là que Bruno Le Maire donne le coup de grâce : les créanciers refusent de tendre à la main à l’entreprise. Et, comme par hasard, sur 8 millions de dettes, MBF en doit l’essentiel (6,8 millions €) au fisc. Bruno Le Maire n’a manifestement pas jugé utile d’ordonner à ses services de surseoir au remboursement. Son « abstention » met l’entreprise en cessation de paiements.

Pourquoi Le Maire ne veut plus de fonderie en France

Il faudrait une bonne commission parlementaire pour comprendre les raisons qui poussent un ministre de l’Ėconomie à torpiller en beauté une entreprise industrielle de son pays. Mais un élément de réponse peut d’ores et déjà être apporté par des faits simples et précis.

Ainsi, au printemps 2020, PFA (la plate-forme automobile, qui est une sorte d’observatoire de l’automobile) a commandé un rapport au cabinet international Roland Berger sur l’avenir des fonderies automobiles françaises. S’agissait-il d’habiller une décision prise en amont ?

Toujours est-il que les mauvaises langues (mais bien informées) n’ont guère vu les auditeurs de Roland Berger sur le terrain pour réaliser leur mission. Mais les impétrants ont quand même rendu un rapport en juin 2020, plaidant pour la suppression de la moitié des emplois dans les fonderies, avec la création de deux géants français ayant la taille critique.

Autrement dit, pour Bercy, il faut écrémer et restructurer au forceps. Il est amusant de voir que ces vieilles recettes du monde d’avant, qui ont de nombreuses fois montré leur inefficacité, sont restées des éléments de doctrine à Bercy dans le monde d’après. Cette permanence explique probablement pourquoi, dans son aveuglement et son incompétence habituelle, la bureaucratie bercyenne emmenée par Bruno Le Maire (qui n’a, de ce point de vue, aucun mal à se faire reconnaître par ses troupes), a décidé de sacrifier une entreprise qui investissait en réclamant son dû fiscal au pire moment.

Pendant ce temps, Le Maire parle de relocalisations

Fin août 2020, Bruno Le Maire avait pourtant annoncé des mesures en faveur des relocalisations.

« Nous allons mettre, de ce point de vue là, un milliard d’euros dans le plan de relance pour financer des appels à projet pour les entreprises qui voudraient relocaliser », a déclaré le ministre, chargé de la relance, lors d’une visite aux douaniers à Hendaye (Pyrénées-Atlantiques)

Mais il avait aussitôt ajouté :

« Relocaliser, c’est produire en France des produits qui sont indispensables à notre indépendance, je pense par exemple à des médicaments, des principes actifs de médicaments ou alors développer de nouvelles chaînes de valeur sur lesquelles nous avons toutes les compétences et tous les savoir-faire pour réussir »

Fort du très contestable rapport (non publié) Roland Berger, et contesté par des organismes sérieux comme Syndex, Bruno Le Maire a donc dû considérer que la fonderie de moteurs n’était pas indispensable à notre indépendance. Il doit penser que les automobiles françaises seront plus indépendantes avec des blocs moteurs fabriqués au Portugal ou en Roumanie.

Toujours est-il que, sur le chapitre des relocalisations, Bruno Le Maire a bel et bien menti, puisqu’il a appuyé sur la gâchette des délocalisations à Saint-Claude.

On dit « Merci qui ? Merci Bruno et Agnès ! »

Conformément à une habitude bien ancrée dans la caste étatique, Bercy a donc exigé de récupérer 6,7 millions € de dettes qui ont tué une entreprise, en avançant 50 millions € pour la reconversion des salariés.  C’est que, préserver l’emploi d’ouvriers de l’industrie, ce n’est pas très start-up nation. Agnès Pannier-Runacher leur a expliqué : on va les « accompagner » en les formant à des métiers bidons.

On dit « Merci qui ? »


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