Affaire Buzyn : la CJR donne-t-elle de premiers signes de partialité en faveur de Macron ?

Affaire Buzyn : la CJR donne-t-elle de premiers signes de partialité en faveur de Macron ?


Partager cet article

Le Monde révélait hier qu’Agnès Buzyn était convoquée ce matin pour une première mise en examen, pour mise en danger de la vie d’autrui, devant la Cour de Justice de la République. Effectivement, le 10 septembre au soir, Madame Buzyn est sortie de cette convocation non pas sous le statut de témoin assisté mais mise en examen. Cette première manifestation claire de la Cour de Justice dix-huit mois après le début de l’épidémie pose le problème vital de l’impartialité de la Cour, qui a reçu 14.700 plaintes liées au COVID et n’a pour l’instant procédé à aucune mise en examen…Madame Buzyn est-elle simplement un bouc émissaire commode qui évitera une mise en cause complète du système?

Agnès Buzyn a bien été mise en examen aujourd’hui, comme l’annoncçait le Monde ! Visiblement, la Cour de Justice de la République s’est intéressée à l’action concrète de la ministre au début de la crise du coronavirus et en a tiré la conviction que ladite ministre s’est rendue coupable d’une mise en danger de la vie d’autrui…

Les questions posées par l’affaire Buzyn

On s’interrogera évidemment ici sur la signification nécessairement politique de cet acte de procédure. Les contempteurs du gouvernement des juges se sont d’ailleurs précipité pour expliquer que le travail des juges n’était pas d’évaluer l’action du gouvernement.

On connaît la musique : alors même que l’état d’urgence a aboli tous les contre-pouvoirs efficaces, il faudrait que notre Constitution soit vidée de son sens en ne convoquant plus la Cour de Justice, seule instance habilitée à juger de la responsabilité des ministres. Au fond, si la justice pouvait ne même plus être une « autorité » (puisque la Constitution gaullienne la qualifie comme telle, et non comme pouvoir à part entière), et se contenter de ne punir que les citoyens ordinaires sans s’attaquer aux puissants, certains en seraient très contents… y compris parmi certaines figures de gauche dont la crise du COVID a dévoilé toutes les vérités profondes.

Reste que le temps nous dira si Agnès Buzyn est la première d’une longue série que la Cour de Justice de la République a l’intention de juger de façon aussi impartiale que possible, ou si la ministre est la simple bouc-émissaire d’un système qui va chercher à étouffer les affaires.

Les amours de François Molins avec Macron

Comme souvent en France, toute la difficulté de l’exercice ne tient pas seulement à l’impartialité de la justice, mais aussi à son apparence d’impartialité, une notion beaucoup plus importante chez les Anglo-Saxons que chez nous.

S’agissant de la Cour de Justice de la République, il faut souligner qu’elle accorde un rôle essentiel au procureur général de la Cour de Cassation, qui est l’équivalent de son « parquetier ». Or ce procureur n’est autre que François Molins, l’ancien procureur général de Paris, bien connu des Français depuis les attentats de 2015.

Si les Français ont appris à vivre, à une époque, avec les comptes-rendus précis de François Molins, ils savent que le même procureur ne s’est jamais situé très loin d’Emmanuel Macron. Comme la presse l’a révélé à plusieurs reprises, le même procureur a notamment été approché à plusieurs reprises pour devenir ministre, de l’Intérieur ou de la Justice.

Cette circonstance ne signifie pas que François Molins soit aux ordres du pouvoir. Cela signifie seulement que les apparences de l’impartialité ne sont guère respectées à la Cour de Justice, comme elles ne le sont ni au Conseil Constitutionnel, ni au Conseil d’Etat

L’immense besoin de justice des Français

Une fois de plus (et sauf à accepter la proposition Macron selon laquelle l’avis des Français ne compte plus et n’a aucune importance), l’impartialité de l’Etat risque donc de s’exposer aux critiques de plus en plus acerbes des opposants à la Macronie, qui s’exaspèrent de voir les contre-pouvoirs disparaître les uns après les autres. Cette situation constitue de notre point de vue un risque politique grandissant, dans la mesure où la soif de justice est immense dans le pays.

Le fait que la Cour de Justice ait reçu plus de 14.000 plaintes sur la gestion de la crise COVID est un bon indicateur de la situation. Le prétoire est, dans l’esprit de beaucoup de Français, le lieu par excellence où le désaccord avec la Macronie doit se régler.

Nous avons eu l’occasion de la dire : l’inconvénient de cette voie, est qu’elle repose tout entière sur des juges qui ne sont pas neutres. Au fond, les Français délèguent aujourd’hui à des magistrats dont la promotion dépend du pouvoir la fonction de réguler les abus de ce même pouvoir. Voilà qui ne peut qu’être déceptif.

Une meilleure solution consiste, selon nous, à mener la bataille politique dans le champ politique, et non judiciaire. Mais il est vrai que la déraison macronienne obligera assez rapidement à recourir à des méthodes de rupture, comme la désobéissance civile, pour établir un rapport de force significatif.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Ukraine : Macron européanise les pertes et américanise les bénéfices, par Thibault de Varenne

Ukraine : Macron européanise les pertes et américanise les bénéfices, par Thibault de Varenne

Sous les ors de la salle des fêtes de l'Élysée, ce 6 janvier 2026, la diplomatie française a célébré ce qu'elle appelle un « tournant historique ». La création de la « Coalition des volontaires », actée par la Déclaration de Paris, est présentée comme le triomphe de l'autonomie stratégique européenne et le sauvetage de l'Ukraine face à l'agression russe. Pourtant, à y regarder de plus près, derrière les sourires de façade d'Emmanuel Macron, de Keir Starmer et les acquiescements distants des envo


Rédaction

Rédaction

TikTok, une machine à cash de la désinformation ?
Photo by Tech Insider / Unsplash

TikTok, une machine à cash de la désinformation ?

Sur TikTok, les fausses annonces, les faits divers inventés, les voix off et vidéos générées par IA (deepfakes) ... attirent des millions de vues. À la clé : un business très rentable et sans scrupules et surtout un chaos informationnel. Créer plusieurs faux comptes, diffuser des fausses infos ou des faits divers bidons, c’est devenu une activité très en vogue sur TikTok et elle est très rémunératrice. Des millions de vues et plusieurs réactions signifient rémunération garantie. Selon des témoi


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Groenland : qui seront les premiers avachis français à se coucher devant Trump? par Veerle Daens

Groenland : qui seront les premiers avachis français à se coucher devant Trump? par Veerle Daens

L’encre des éditoriaux larmoyants sur le "kidnapping" de Nicolás Maduro était à peine sèche que le cow-boy orange de la Maison Blanche posait déjà son revolver sur la tempe de l’Europe. Après le Venezuela pour le pétrole, voici le Groenland pour les terres rares et la gloire. La méthode est la même : brutale, transactionnelle, et totalement dénuée de ces fioritures diplomatiques que nos énarques parisiens chérissent tant. Alors que Washington envisage sérieusement l'option militaire pour s'appr


CDS

CDS

2026 : comment survivre à l’année de toutes les fractures ?

2026 : comment survivre à l’année de toutes les fractures ?

On nous avait promis le calme après la tempête de 2025, nous berçant d’« incertitude », ce mot que les analystes de salon ont servi à toutes les sauces pour masquer leur impuissance. Pourtant, en ce début d'année 2026, le décor est planté : nous ne sommes pas dans une phase de stabilisation, mais bien dans l'œil du cyclone. Entre un Donald Trump qui joue avec les marchés comme avec un jeu de dés et une Union européenne qui s'enfonce dans sa propre bureaucratie, il est temps de regarder la réalit


FLORENT MACHABERT

FLORENT MACHABERT