Vaccination obligatoire des soignants : Confusion sur les chiffres…

Vaccination obligatoire des soignants : Confusion sur les chiffres…


Partager cet article

Par Tarik – Alors que la presse se fait de plus en plus l’écho des conséquences de la pénurie de personnels de santé, un certain flou persiste quant au pourcentage de soignants non vaccinés avec en toile de fond l'impact de l'obligation vaccinale sur le système de santé et la question de l'applicabilité de la loi.

Avis du conseil scientifique covid 19 du 5 octobre 2021 de Laurent Sailly

1.Confusion sur le nombre de professionnels de santé et donc sur le pourcentage de soignants non vaccinés

Récemment, le Parisien a rapporté le chiffre de 129.000 professionnels de santé non vaccinés, chiffre qui lui a été communiqué par la Direction Générale de la Santé1. Or, il y aurait, d’après le Parisien 2,2 millions professionnels de santé. Ce dernier chiffre vient quant à lui d’un document de la MACSF2, datant de 2017 et disponible en lien dans l’article du Parisien. Il y aurait donc, d’après l’article, 5,8% (129.000/2.200.000) de personnels de santé non vaccinés.

Il est étonnant que Le Parisien ait utilisé les chiffres de la MACSF plutôt que les chiffres gouvernementaux et ce, alors même que ces chiffres existent. En effet, dans un document datant de 20183, la direction générale de l’offre de soins (DGOS), structure dépendant du ministère de la santé, rapportait 223.571 médecins, 41.788 chirurgiens-dentistes, 74.489 pharmaciens, 22.312 sages femmes, soit 362.160 représentants des professions médicales. Ce chiffre correspond en gros à celui de la MACSF (qui rapportait 371.029 représentants des professions médicales). En ce qui concerne les professions paramédicales, la DGOS rapportait les chiffres de 660.611 infirmiers, 86.459 kinésithérapeutes, 34.498 manipulateurs radio, 10.417 ergothérapeutes, 11.074 psychomotriciens, 24.466 orthophonistes, 4.409 orthoptistes, 3.264 audioprothésistes, 390.000 aides-soignants pour un total de 1.225.198 professionnels paramédicaux. Au total, entre les professionnels médicaux et les professionnels paramédicaux, on aurait donc, d’après ce document de la DGOS datant de 2018, 1.587.358 professionnels de santé, loin des 2,2 millions rapportés par la MACSF.

Comment expliquer cette différence entre les chiffres de la MACSF et ceux de la DGOS? Une explication pourrait être que la MACSF prend en compte les chiffres de l’intérim au contraire de la DGOS. Quoiqu’il en soit, il est sans aucun doute plus rigoureux, afin d’éviter les biais, d’utiliser les chiffres d’un seul et même organisme. Comme la MACSF n’a pas les moyens de connaître le nombre de professionnels de santé non vaccinés, il semble plus juste de rapporter ce chiffre au nombre de professionnels de santé rapporté par la DGOS. Ainsi, si on procède de cette façon, il y aurait donc 8,1% soignants non vaccinés (129.000 non vaccinés sur 1,5 millions de personnels de santé). Ce pourcentage, plus élevé que les 5,8% suggérés par l’article du Parisien, semble d’ailleurs assez cohérents avec le nombre de 9 professionnels de santé vaccinés sur 10 rapporté par Gabriel Attal le 15 septembre.

2.L’intérim médical et l’obligation vaccinale

Ce flou concernant les professionnels non vaccinés soulève la question des CDD et de l’intérim. L’agence groupe Lip estime sur son site le nombre de professionnels de santé exerçant en intérim à 1.000.0004, un chiffre qui pourrait d’ailleurs expliquer en partie la différence d’effectif rapporté par la MACSF et la DGOS. Or, il est très probable que le nombre de soignants non vaccinés exerçant en intérim ou ayant achevé leur CDD avant la date du 15 septembre, ne rentre pas dans les comptes de la DGOS. Ces professionnels intérimaires non vaccinés, en effet, puisqu’ils ne sont pas en activité et hors contrat, n’ont aucune raison d’être inclus dans les comptes du ministère de la Santé. Ce nombre n’en reste pourtant probablement pas moins important, un article de LCI ayant fait part fin septembre de la difficulté pour les agences d’intérim de répondre aux demandes qui leur étaient faites5. Ainsi, le Parisien, en ne rapportant pas le nombre de soignants intérimaires ou hors contrat non vaccinés (ce chiffre étant probablement indisponible) tout en rapportant l’ensemble des professionnels de santé, intérimaires inclus, a pu ainsi sous-estimer la proportion de soignants non vaccinés dans son article.

3.Le « grand flou »

Le flou concernant le pourcentage de professionnels non vaccinés, et de façon plus large, l’absence de données précises et détaillés sur la question de l’obligation vaccinale (nombre de professionnels de santé non vaccinés par métiers et par secteur), reflète sans doute l’embarras du gouvernement qui a pris la décision de suspendre ou de dissuader de travailler des professionnels de santé dans un contexte de pénurie de soignants et ce, alors que le retard dans la prise en charge de nombreux patients s’est accumulé avec la gestion de la crise sanitaire et à la veille d’une épidémie de bronchiolite et de grippe potentiellement plus graves que les années précédentes, autant de points soulignés par le conseil scientifique dans son rapport du 5 octobre 2021(section III. C, D et E ; pages 13 et 14)6.


1. Vaccination obligatoire contre le Covid-19 : 130 000 soignants n’ont toujours reçu aucune dose – Le Parisien

2.Les professionnels de santé en France en 2018 (macsf.fr)

3.download (sante.fr)

4.Emploi en intérim médical et santé – Groupe LIP

5. « Nous sommes sur la corde raide » : les agences d’intérim débordées pour remplacer les soignants non vaccinés | LCI

6.281828.pdf (vie-publique.fr)


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
L'humeur de Veerle Daens : l'ambassadeur US l'humilie, Barrot part bouder dans sa chambre

L'humeur de Veerle Daens : l'ambassadeur US l'humilie, Barrot part bouder dans sa chambre

Mes chers amis du « rayonnement français » (ce concept vintage, entre le Minitel et le camembert au lait cru), asseyez-vous. Prenez un cognac, c’est tout ce qu’il nous reste de prestige liquide. Aujourd’hui, la France a tenté de faire les gros bras. Le Quai d’Orsay a « convoqué » l’ambassadeur des États-Unis. Résultat ? Le diplomate a probablement regardé son agenda, vu qu’il avait un tournoi de paddle ou une dégustation de donuts, et a simplement répondu : « New phone, who dis ? ». Le minist


CDS

CDS

La probabilité d'un conflit régional impliquant l'Iran désormais supérieure à 75%, par Thibault de Varenne

La probabilité d'un conflit régional impliquant l'Iran désormais supérieure à 75%, par Thibault de Varenne

L'essentiel : le Moyen-Orient est au bord d'une conflagration systémique alors que l'administration Trump durcit sa posture face à Téhéran. Les analystes et les marchés de prédiction estiment désormais à plus de 75 % la probabilité d'une intervention militaire américaine ou d'un conflit régional majeur d'ici le printemps 2026. Pourquoi c'est important : Contrairement aux crises précédentes, celle-ci combine un ultimatum temporel de la Maison-Blanche, un déploiement aéronaval massif et une in


Rédaction

Rédaction

Indiscrétions : quels sont les amendements polémiques à la loi sur l'aide à mourir adoptés cette semaine, par Elise Rochefort

Indiscrétions : quels sont les amendements polémiques à la loi sur l'aide à mourir adoptés cette semaine, par Elise Rochefort

Depuis le début de l'examen en deuxième lecture à l'Assemblée nationale le 16 février 2026, les débats ont abouti à l'adoption de plusieurs amendements structurants sur les deux textes relatifs à la fin de vie. Proposition de loi « Soins palliatifs et d’accompagnement » (terminée le 18 février) L'examen de ce texte, jugé plus consensuel, s'est achevé le mercredi 18 février 2026. * Sécurisation juridique des soignants : un amendement porté par Agnès Firmin Le Bodo (Horizons) a été adopté p


Rédaction

Rédaction

Salon de l’Agriculture : quand la vitrine rurale vire au chaos

Salon de l’Agriculture : quand la vitrine rurale vire au chaos

Dimanche 22 février 2026, le Salon de l’Agriculture a basculé dans la violence. Une rixe au pavillon 4 a conduit à 15 interpellations et deux blessés parmi les forces de l’ordre. Un incident révélateur d’un climat plus large, c’est le symptôme d’un pays qui se délite. Le Salon de l’Agriculture 2026 bascule dans la violence. Dimanche soir, le pavillon 4 a été le théâtre d’une rixe généralisée, soldée par 15 interpellations. Entre dérives alcoolisées et faillite de l’ordre, cet incident illustre


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany