Les syndicats ont-ils été dissous dans la Covid ?

Les syndicats ont-ils été dissous dans la Covid ?


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Par Lucile Lestir – Mais où sont passées les syndicats ou plutôt allo les syndicats ? Eparpillés façon puzzle ? Les références ne manquent pas pour constater la disparition totale voire l’écrasement dans un silence malsain des organisations syndicales. Il ne se passe rien, tout va bien, les soignants sont virés , des salariés ne peuvent plus travailler mais les syndicats se félicitent de pouvoir négocier des accords sur les salaires et la formation.

Y a-t ’il un problème avec la Covid ?

Pas du tout. En fait ils sont pour la vaccination ayant bien appris leur leçon en regardant pendant leurs heures de délégation les journaux télévisés « mainstream » comme on dit.

Sur le terrain, ce n’est pas beau à voir. Les chefs d’entreprise pour acheter la paix sociale ont depuis plusieurs années délégué la gestion de la santé aux CHSCT. Ils se mêlaient de tout, à juste titre dans les entreprises industrielles où les risques d’accident et d’atteinte à la santé du salarié sont réels, mais aussi dans le tertiaire où ils s’emparaient avec plaisir des risques psycho-sociaux mais n’ont jamais remis en question l’idéologie du management, beaucoup plus dangereuse, ils soignaient les symptômes et pas les causes. Le bougisme perpétuel (pour reprendre le mot de Pierre-Henri Taguieff), l’évaluation des compétences, les entretiens annuels, la fausse sympathie, l’homme noté, évalué, sommé de faire des bilans , ils n’y ont vu que le feu du progrès.(voir la barbarie douce de Jean Pierre Le Hoff)

Avec le covid, les défunts CHSCT auxquels les ordonnances Macron avaient retiré leur pouvoir au profit du CSE, ont relevé la tête. Mués en CSSCT (commissions sécurité, santé et conditions de travail) -normalement ils ne sont plus qu’une commission de préparation internes au CSE- ils allaient vous en donner de la prévention, supermen prêts à tout pour sauver leur collègue d’une mort atroce aussi bien qu’inévitable.

Dès que le confinement a été terminé, la chasse au covid a repris. Le masque qui était, on s’en souvient inutile au début de l’arrivée de la maladie, est l’instrument de base. Et vous, là sur le nez ! on vous a vu ! pas moyen de reprendre son souffle deux secondes. Le virus tel « vol de mort » dans Harry Potter plane dans les bureaux déserts, les hangars gigantesques, les ateliers où la promiscuité est loin d ’être la règle.

Et à la cantine aussi le masque. Pas encore pour manger heureusement (on ne sait jamais) mais pour se déplacer dans des salles tristes, tristes car le covid a tué la convivialité, oserais-je dire la fraternité. On ne mange plus avec ses collègues, on mange seul ,alors au choix : parfois tous dans le sens de la marche, parfois en quinconce, avec les fenêtres ouvertes pour faire circuler l’air même en hiver, pas de voisin de table, les places latérales sont condamnées par des bandeaux de sécurité , pas question de rapprocher les tables , elles ont bloquées au sol et sont séparées par des palissades de bois ou de plexi glace ;il y a des heures obligatoires pour déjeuner, avant l’heure c’est pas l’heure, après l’heure plus de déjeuner ! Attention si vous vous levez sans masque pour aller chercher du sel par exemple, un mangeur angoissé vous fera des signes cabalistiques pour vous montrer que votre nez est à découvert. Quand on a fini son repas refroidi tant par l’ambiance que par les courants d’air, on pose un sens interdit sur la place que l’on quitte et un pauvre gugus en blouse, gants, bonnet de douche et masque vient désinfecter ce lieu de plaisir.

Pour les salariés qui ne voulaient pas aller à la cantine, plus le droit de manger dans une salle commune désormais fermée, ils mangent dehors devant les ateliers et seuls. Ils se plaignent tous d’une perte de solidarité et de contacts entre collègues. N’est-ce pas cela un risque psycho social ?Plutôt que de traquer un virus dont on réchappe, de s’enorgueillir d’avoir fait investir l’entreprise dans des lingettes désinfectantes pour frotter tous les objets à portée de main , les représentants du personnel ne devraient-ils pas s’occuper de cette perte de solidarité ?Et donc aussi des conditions de travail des sous-traitants, qui n’ont pas droit à la très bonne convention collective des salariés qu’ils côtoient , n’ont pas toujours l’’accès à la cantine et qui pour couronner le tout , ont vu le réfrigérateur où ils pouvaient garder leur gamelle du midi supprimé sur proposition de la CSSCT pour cause de covid. Motif on ne pouvait pas le désinfecter assez souvent. C’est pour leur bien !

Pas de cafeteria, c’est fini tout ça, reste la machine à café. Jusqu’ à quand ?

Tout cela paraissait s’alléger cet été mais maintenant qu’omicron est apparu, que reste-il ?( je ne sais plus, je suis condamnée au distanciel). Pour notre bien aussi et contre les clusters, la CSSCT en demandera la suppression comme, elle a demandé par exemple la suppression de certaines toilettes dans l’entreprise. Allez savoir pourquoi. Ah oui c’est parce que l’on ne peut pas les désinfecter assez souvent. Désinfecter c’est le deuxième commandement après le masque. Grâce soit rendu au personnel de ménage. Les toilettes même combat que la cantine, une sur deux ont des cordons rouges et blancs de sécurité, donc inaccessibles, leur porte d’accès, général je précise, doit rester ouverte. Vue sur les urinoirs, pauvres hommes, pas 2 minutes d’intimité.

Les élus CSSCT veillent au grain, plus coercitifs avec leurs collègues que les employeurs et fiers d’eux. Mais ils ne sont et n’ont jamais été responsables de la sécurité de salariés. Le seul à porter le chapeau c’est l’employeur. Qui court un risque pénal ? l’employeur. Les syndicats en l’occurrence leurs élus s’arrogent un pouvoir qu’ils n’ont pas et qui de toute façon n’a pour eux aucune conséquence.

La distanciation sociale et les gestes barrières, ils sont Pour et elle est là, la distanciation sociale et au sens propre du mot.

Pour être honnête, les ayatollahs du covid ne sont pas partout aussi intégristes mais ce virus n’a pas apporté la zizanie que dans les familles ou les amis ou les couples. Dans les entreprises aussi, la suspicion règne, les barrières sont dressées entre ceux qui ont peur, d’autres un peu moins et quelques-uns pas du tout, il y a les mous aussi qui n’osent rien dire, ils sont un peu embêtés mais ils font le gros dos. Ce n’est pas le moment de se faire remarquer.

Qui les défendra ?

Rendons hommage quand même à quelques combattants syndicaux : dans un secteur où un ami travaille, la direction voulait mettre en place le pass sanitaire alors qu’il ne fait pas partie du secteur prévu par la loi , les syndicats se sont tous opposés. Tout n’est pas perdu donc.

Parfois j’ai l’impression que les syndicats sont dans certaines entreprises occupés à titiller le droit du travail, à chercher des R.312-123, des sous-articles ou pinailler sur des questions insipides. Cela arrange bien la direction, pendant que les toutous rongent un bon nonos, ils ne s’occupent pas des vrais problèmes, de la sous-traitance généralisée, de la productivité toujours recalculée, de l’uberisation des secteurs, de la création d’une élite au cœur de l’entreprise, les essentiels et les non essentiels, les gueux. Les syndicats sont en train de passer sans s‘en rendre compte, du moins je l’espère, du côté des essentiels et d’oublier d’où ils viennent. C’est la prise de distance sociale, mais est-ce que cela protège des virus , pas sûr !


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