Crédit social à la chinoise : le danger est réel

Crédit social à la chinoise : le danger est réel


Partager cet article

Par Jean-Frédéric Poisson, Président de VIA | la voie du peuple – Pour une grande partie des médias classiques, l’idée que le passe vaccinal puisse se transformer en système de crédit à points en fonction du comportement des citoyens est considérée comme une théorie complotiste. Pourtant, cette possibilité de dérive inquiète un grand nombre de Français. En témoigne d’ailleurs la question essentielle proposée aux visiteurs sur le site du parti VIA | la voie du peuple à propos de cette question .


Loin d’être une simple théorie « complotiste », le crédit social a été mis en place en Chine avec le concours de géants de l’e-commerce et du paiement mobile, notamment Ant Financial Services Group, filiale du groupe chinois Alibaba, associé du gouvernement chinois. Il s’agit d’un système de notation qui attribue un certain nombre de points et de droits aux citoyens en fonction de leur conformité à l’idéologie de Pékin et à la conception que le parti communiste se fait de la bonne citoyenneté.

La mise en place d’un crédit social à la chinoise présente un véritable risque pour notre culture occidentale. En effet, dans des sociétés où les foules se multiplient au cœur de nos métropoles, l’émergence de technologies de surveillance et de maîtrise de l’information par les GAFAM a donné aux États la possibilité de mettre en place des systèmes de contrôle de masses à l’instar de la Chine. Nos sociétés occidentales ont été, pour le moment, relativement épargné grâce aux digues que plusieurs siècles de protection des libertés ont imposées à nos lois depuis l’époque de Périclès. Désormais, par la conjonction de plusieurs facteurs, cet héritage est mis en péril et nos libertés sont progressivement bafouées, nous menant lentement vers ce fameux « crédit social » à la chinoise. La maîtrise des technologies de surveillance et des réseaux sociaux par des structures étatiques ou supra-étatiques constamment en quête de contrôle, menace notre art de vivre à la française. Notre histoire, nos mœurs, nos arts en témoignent : nous n’avons jamais été une société prônant la restriction des libertés fondamentales, car nos ancêtres savaient consciemment ou inconsciemment que de trop fortes contraintes bafouaient la dignité, étouffaient les initiatives, contrariaient la créativité et l’épanouissement de notre civilisation. La mise en place d’un système du crédit social en Europe serait donc une véritable rupture de civilisation ; rupture rendue possible, en France, par l’abdication progressive de tous les contre-pouvoirs de l’État : Assemblée nationale, Sénat, Conseil Constitutionnel …

Certains prétendent que ce système de crédit social n’est pas possible. Que ce n’est qu’une « utopie » irréalisable. Pourtant nombreux sont les politiques à croire ces « utopies » viables et bénéfiques pour nos sociétés. Déjà, le créateur du crédit social, Lin Junyue, aimerait exporter ce modèle « à des pays capitalistes », estimant que la France n’aurait jamais eu à affronter la révolte des Gilets jaunes si ce système avait été institué à l’époque[1]. Le passe vaccinal ayant par ailleurs créé un précédent, il sera désormais possible de l’étendre à d’autres champs que la santé pour catégoriser les citoyens en fonction de leur comportement à l’égard du pouvoir politique, du climat, de ses opinions religieuses, politiques ou syndicales. Enfin, de nombreuses dispositions mises en place progressivement en France ces dernières années[2] (contrôle des réseaux sociaux, reconnaissance faciale, expérimentations sur des cobayes consentants) indiquent la direction menaçante que prennent nos sociétés modernes. À cet égard, souvenons-nous de ce qu’écrivait le philosophe Nicolas Berdiaev à propos du Meilleur des mondes d’Aldous Huxley : « Les utopies apparaissent comme bien plus réalisables qu’on ne le croyait autrefois. Et nous nous trouvons actuellement devant une question bien autrement angoissante : comment éviter leur réalisation définitive ? Les utopies sont réalisables. La vie marche vers les utopies. Et peut-être un siècle nouveau commence-t-il, un siècle où les intellectuels et la classe cultivée rêveront aux moyens d’éviter les utopies et de retourner à une société non utopique moins « parfaite » et plus libre. »


[1] « La Chine veut noter tous ses habitants et installe 600 millions de caméras », Radio Télévision Suisse, le 18/11/2021.

[2] « Le système de ‘crédit social’ testé en Chine ‘existe déjà en France’, selon ce chercheur en intelligence artificielle », France Info, le 10/10/2019.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Gérontocratie macroniste : tondre les familles pauvres pour réjouir les retraités et les bobos

Gérontocratie macroniste : tondre les familles pauvres pour réjouir les retraités et les bobos

Pour financer le nouveau congé de naissance qui profitera aux CSP+, Bercy prépare un décret qui taillera dans les dépenses destinées aux adolescents les plus pauvres. Tel est le monde idéal du progressisme : déshabiller les plus faibles pour financer les lubies des bobos. Il y a quelque chose de pourri au royaume du "Quoi qu'il en coûte". Alors que les Français, l'esprit embrumé par les fêtes de fin d'année, digéraient leur dinde aux marrons, la technostructure a frappé. Le 30 décembre 2025, da


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Maduro : Trump craint-il de révéler le rôle de la CIA dans le narcotrafic ? par Elise Rochefort

Maduro : Trump craint-il de révéler le rôle de la CIA dans le narcotrafic ? par Elise Rochefort

L'image restera gravée dans l'histoire judiciaire et géopolitique du XXIe siècle : Nicolás Maduro, menotté, descendant d'un hélicoptère militaire sur le tarmac de New York, vêtu d'un survêtement gris, quelques heures seulement après son exfiltration de Caracas par les forces spéciales américaines. Pour l'administration Trump, c'est le triomphe final d'une stratégie de "pression maximale". Officiellement, il s'agit d'une victoire de la loi sur le crime, la mise hors d'état de nuire du chef d'un "


Rédaction

Rédaction

Ce que nous pouvons déduire pour 2026 des chocs fiscaux de 2025

Ce que nous pouvons déduire pour 2026 des chocs fiscaux de 2025

Nous y sommes. Le rideau est tombé sur l'exercice budgétaire 2025, et comme annoncé ici-même, les « ajustements temporaires » promis par le gouvernement ne sont rien d'autre que les fondations d'un nouveau régime de spoliation permanente. Si 2025 a été l'année du choc, 2026 sera celle de l'asphyxie. Le message envoyé par Bercy est clair : le bas de laine des Français n'est plus un sanctuaire, c'est une réserve de chasse pour un État en faillite morale et financière… L'assurance-vie : le massac


FLORENT MACHABERT

FLORENT MACHABERT

Comment Sarah Knafo (avec la presse Bolloré) justifiera la prise du Groenland par Trump, par Veerle Daens

Comment Sarah Knafo (avec la presse Bolloré) justifiera la prise du Groenland par Trump, par Veerle Daens

Ah, la souveraineté ! Ce mot magique, ce sésame politique qui s’ouvre à toutes les sauces, comme un frigo de célibataire un dimanche soir. Sarah Knafo, égérie d’un parti qui a fait de la récupération sémantique un sport olympique, s’étonne qu’on galvaude le concept. Elle a raison, bien sûr : la souveraineté, c’est comme le bio ou le vin nature, ça se respecte. Sauf quand c’est nous qui le malmenons, évidemment. Sidérée des réactions de la classe politique à la capture de Maduro. Pompée disait


CDS

CDS