Ukraine : mais pourquoi censurer notre ligne gaullienne ? C’est absurde !

Ukraine : mais pourquoi censurer notre ligne gaullienne ? C’est absurde !


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Le Courrier des Stratèges a fait l’objet, hier et aujourd’hui, d’attaques informatiques ciblées destinées à empêcher la lecture de nos articles sur l’Ukraine, notamment celui-ci. Il est tout à fait regrettable que, dans l’hystérisation des points de vue qui est à l’oeuvre, il ne soit plus possible de prôner un retour, sur le sujet de la Russie, à la ligne gaullienne qui a fait la grandeur de la diplomatie française dans la seconde moitié du siècle précédent. Ni russophobe, ni américanophobe, cette ligne vise préserver les grands équilibres nécessaires à l’affirmation de notre puissance historique.

Donc, nous avons eu la désagréable surprise de voir que notre article sur l’Ukraine et la Russie a fait l’objet d’attaques informatiques très ciblées, comme nous n’en avions connu qu’en Guadeloupe, lorsque nous avions sorti un scoop sur les mensonges d’Etat concernant le COVID. Visiblement, notre ligne gaullienne sur l’Ukraine déplaît, ce qui nous donne l’occasion de la détailler et de l’expliquer.

La ligne gaullienne : un art de l’équilibre à la française

Si l’on ne peut soupçonner le général De Gaulle d’avoir eu des sympathies pour le communisme, on se souvient que sa relation avec les Américains, qui ne le prenaient guère au sérieux, lui a appris la défiance vis-à-vis de l’allié américain. C’est très largement contre la volonté américaine que De Gaulle a pris le pouvoir en 1944, et qu’il a obtenu un siège au Conseil Permanent de Sécurité de l’ONU.

La ligne gaullienne en matière de politique étrangère (largement enterrée par Nicolas Sarkozy) a toujours consisté à assurer l’indépendance stratégique de la France par l’acquisition de l’arme nucléaire, et par un équilibre savant entre les USA et l’URSS. D’où, notamment, l’annonce en 1965 du retrait français du commandement militaire intégré de l’OTAN, décision essentielle qui maintient la France dans l’Alliance, mais sans la lier militairement. Il faut attendre Nicolas Sarkozy (mais après une préparation par Jacques Chirac dès 1995) pour que la France revienne sur ce choix, pour des raisons profondes que l’histoire expliquera peut-être un jour (en réalité, les initiés connaissent parfaitement la réponse).

Avoir des alliés mais ne pas en être prisonnier, tenir les USA et l’URSS à distance, en sachant jouer l’un contre l’autre, telle était la stratégie gaullienne qui a largement façonné le prestige français dans la deuxième moitié du vingtième siècle.

La rupture chiraco-sarkozyste

Avec l’arrivée de Chirac au pouvoir, cette ligne se retourne et c’est un rapprochement militaire avec l’OTAN, donc une subordination stratégique aux USA qui commence.

L’ironie de l’histoire est que ce renversement est décidé par ceux qui se présentent comme les héritiers du général De Gaulle.

On connaît la suite des événements : la France a participé au grand désordre américano-sunnite dans le monde arabe, avec un renversement systématique des régimes laïcs (Tunisie, Irak, Egypte) et une tentative de renversement du régime laïc en Syrie.

Partout, la France a aidé à installer des alliés du salafisme arabique.

Dans les relations avec la Russie, l’administration Sarkozy a beaucoup oeuvré pour aligner la France sur les USA. Depuis le passage de Sarkozy à l’Elysée, le Quai d’Orsay est largement devenu une succursale du département d’Etat américain.

La critique du gouvernement profond par Macron

Le mouvement de balancier, dans la diplomatie française, est allé si loin en faveur des USA, qu’Emmanuel Macron lui-même a pointé les excès du « gouvernement profond » sur le sujet, dans son discours aux ambassadeurs de 2019, regrettant que toute tentative de dialogue avec la Russie soit sapée de l’intérieur par l’administration.

Pour qu’un Président atlantiste, mondialiste, pro-américain, comme Emmanuel Macron, prenne ombrage de cette influence américaine au sein même des services de l’Etat, c’est que la borne doit être dépassée depuis longtemps. On sait quelles portes cette borne protège : celles d’un dialogue équilibré entre l’Est et l’Ouest, comme on disait quand j’étais petit, entre la Russie et les USA.

Dénoncer l’influence américaine dans la diplomatie française est donc un secret de Polichinelle, éventé par le plus mondialiste des Présidents français.

On ne peut pas dire mieux…

La russophobie du Deep State américain a nourri un axe sino-russe

Dans les médias subventionnés, il est devenu aussi compulsif de condamner sans limite la Russie aujourd’hui, qu’il était compulsif de dénoncer les complotistes qui avaient un doute sur l’origine animale du COVID il y a deux ans. Les mêmes méthodes de propagande et de manipulation des masses sont à l’oeuvre dans les deux dossiers, même si le contexte est différent.

Dans le « narratif » que l’hégémonie culturelle de la caste impose, la règle du jeu est simple. Les gens responsables et « citoyens » recrachent sans ciller les grosses couleuvres de la propagande officielle, comme s’il s’agissait d’une question de vie ou de mort. Ceux qui prétendent exprimer des doutes et soulignent (comme nous le faisons) la supériorité des choix gaulliens sur les choix atlantistes de stricte observance, sont désignés comme irresponsables complotistes, alliés d’une puissance étrangère.

Face à cette logique manichéenne et fondamentalement russophobe, la restructuration du monde est simple : la Russie a rejoint le camp de la Chine, et l’Occident a cimenté un bloc uni contre lui, et prêt à en découdre. Nul ne sait si la Russie s’arrêtera à l’Ukraine, et nul ne peut exclure que la Chine s’en prenne à Taïwan.

De toute évidence, la stratégie américaine actuelle de recomposition binaire est contre-productive et contraire à nos intérêts durables… mais les médias subventionnés interdisent de s’exprimer sur ce sujet.

Une stratégie du chaos dont nous nous mordrons les doigts

Enormément de Français sont incrédules devant la possibilité d’une dégradation rapide de la situation, au point que la Russie (et la Chine) procéderaient à des frappes hypersoniques préventives pour neutraliser notre dissuasion nucléaire. Sur ce point, on mesure le travail d’abrutissement des masses réalisé par les médias subventionnés et leurs consultants en géostratégie plus ou moins bidons.

Dans la pratique, nous répétons ce que nous avons écrit hier : la Russie et la Chine ont un intérêt commun à l’escalade, et peuvent habilement laisser faire les va-t’en-guerre de la CIA pour tirer, en bout de course, leurs marrons du feu. L’OTAN est bien décidée à ne pas perdre un soldat dans cette affaire, mais à infliger des sanctions économiques étouffantes qui appauvriront nos pays avant de radicaliser l’axe sino-soviétique.

D’ici là, rien n’exclut un embrasement régional cataclysmique : la Roumanie, la Hongrie, la Pologne, sont autant de mêches à allumer qui obligeraient l’OTAN à se positionner.

Rien n’exclut une dégradation rapide dans un dossier où tous les gaulliens savent que nous marchons sur la tête.

Notre intérêt est de défendre la grandeur de la France, pas de mourir pour la CIA.

Or la grandeur de la France s’est toujours construite dans un partenariat long, respectueux, intelligent, avec la Russie, qui est notre alliée historique. Cette alliance doit se faire sans candeur et sans naïveté. Poutine n’est pas un ange et nous avons bien des raisons d’avoir des désaccords avec lui.

La relation franco-russe a besoin de sérieux et de recul critique. Comme la relation franco-américaine.

Sérieux et critique : deux valeurs fondamentales qui manquent aux valets du gouvernement profond actuellement à la manoeuvre dans le dossier ukrainien.


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