Comment Vladimir Poutine pourra(it) entraîner les USA dans une confrontation directe

Comment Vladimir Poutine pourra(it) entraîner les USA dans une confrontation directe


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Pour l’instant, l’hypothèse d’une confrontation directe entre les USA et la Russie est totalement écartée par Joe Biden, alors que Vladimir Poutine a annoncé qu’il était prêt à l’escalade nucléaire (comme nous l’avons pronostiqué dès le premier jour du conflit). Mais les USA auront-ils vraiment le choix ? En décryptant patiemment l’activité militaire sur le terrain, telle que nous pouvons la connaître à distance, on peut penser que, dans les semaines qui viennent, il sera de plus en plus difficile pour l’armée américaine de ne pas être entraînée dans un conflit ouvert et sans intermédiaire européen avec l’armée russe. Nous sommes convaincus que le Pentagone en a parfaitement conscience, et que cette perspective explique l’ensemble de la stratégie suivie par les parties prenantes depuis une semaine.

Dans l’esprit de l’opinion publique occidentale, une confrontation directe avec la Russie ne paraît guère possible. Encore moins une confrontation directe entre les USA et la Russie par armes nucléaires interposées. Biden l’a déjà exclue, et cette annonce suffit à convaincre tous les gogos qu’elle ne peut pas arriver.

Pourtant, pourtant… les opérations sur le terrain donnent une tout autre sensation, et même un pressentiment contraire.

L’étrange réception de la menace nucléaire en Europe

Comme nous l’avions pronostiqué, Vladimir Poutine a rapidement fait miroiter l’escalade nucléaire dans le conflit. Son intention était de « dégriser » l’Occident.

Mais la société du spectacle fait son oeuvre. L’intervention de Poutine a suscité des sarcasmes et des accusations de folie.

Je regardais hier, furtivement, l’émission de Pascal Praud sur CNews, où l’ancien commentateur sportif a expliqué qu’un général avec qui il déjeunait lui a soutenu que cette annonce de Poutine était du bull-shit. Donc, c’est du bull-shit.

Voilà à quoi se résume aujourd’hui le rôle d’information assumé par les medias réglementés : déjeuner en ville avec des généraux à la retraite qui donnent leur avis sur tout.

Donc, les médias aux mains des milliardaires nous expliquent désormais que Poutine est un fou incompétent, qui dit n’importe quoi, comme ils nous expliquaient il y a deux ans que le COVID était le résultat d’une morsure d’un chinois par un pangolin lui-même mordu par une chauve-souris. Et tout le monde devait y croire sans broncher.

La stratégie de Poutine mise sur le long terme

Pour l’instant, les opérations militaires en Ukraine font l’objet de commentaires très exacerbés, d’un côté comme de l’autre.

En réalité, personne (et c’est bien normal), ne connaît véritablement les buts de guerre de Vladimir Poutine. Toutefois, comme le faisait remarquer Edouard Husson dans son dernier bilan des opérations, le renseignement américain est efficace, et semble lucide sur la situation réelle.

On peut donc faire confiance aux craintes américaines diffusées dans l’OTAN, à propos d’une extension du conflit à la Roumanie, par exemple, ou à l’hypothèse d’une guerre longue. Emmanuel Macron lui-même a annoncé cette guerre longue et déployé de nouvelles troupes en Roumanie, signe qu’il existe une inquiétude significative sur le sujet.

Ce rappel montre la fragilité des commentaires journalistiques qui se moquent de l’armée russe parce qu’elle n’a pas pris possession, en huit jours, d’un pays plus grand que la France, mais moins bien équipé en autoroutes et en chemins divers. On retrouvera, dans cette réaction, les méfaits propres à la société du spectacle : on confond les images d’Hollywood avec la réalité.

Mais non, l’invasion de l’Ukraine n’est pas un film de guerre, ni une opération de communication. Elle est le fruit d’une stratégie mûrement réfléchie, préparée, qui se projette sur le long terme.

L’armée russe et la tenaille grandeur nature

Selon les premiers décryptages (fragiles, incertains) que l’on peut déduire des opérations militaires qui se déroulent en Ukraine, on peut retirer quelques lignes directrices, qui confirment cette hypothèse d’une guerre longue.

Premier constat : l’attaque russe repose très largement sur une tactique d’esquive et de progression lente. L’armée russe n’a pas bombardé massivement les villes ukrainiennes, et les affrontements semblent, pour l’heure, relativement limités. Tout se passe comme si l’armée russe faisait machine arrière lorsqu’elle rencontrait une résistance trop forte.

Deuxième constat : l’armée russe pratique une sorte de capillarité sur le territoire ukrainien, et avance en crabe dans un mouvement difficile à cerner, mais qui laisse présager une stratégie d’encerclement progressif. Kharkov est assiégée, et une immense tenaille semble se dessiner autour de Kiev. Au sud, Marioupol devrait être rapidement encerclée dans une tenaille entre les troupes venues du Donbass et les troupes venues de Crimée.

Peu à peu, les forces ukrainiennes se retrouvent donc encerclées dans des poches dont l’accès devrait être de plus en plus difficile, voire impossible.

La tactique du noeud coulant

Progressivement, l’armée ukrainienne devrait se trouver disloquée et enfermée dans une série de forteresses urbaines, en ayant causé des pertes modestes à l’armée russe.

En fait, le front ukrainien devrait devrait ressembler à une série de noeuds coulants, l’un à Kharkov, l’autre à Kiev, l’autre à Marioupol, que l’armée russe resserrera progressivement en encaissant le moins de pertes possibles.

On mesure d’emblée le risque de cette bombe à retardement : dans les semaines qui viennent, l’OTAN pourrait devoir réagir à une situation désagréable où des troupes ukrainiennes affamées appellent au secours…

On attend avec impatience de voir comment réagiront tous ceux qui, en Europe, appellent à la guerre à distance avec hargne.

L’engagement inévitable des troupes de l’OTAN

Si l’hypothèse que nous émettons devait se dérouler comme nous l’indiquons, ce qui paraît très plausible au vu des observations actuelles (mais nous ne sommes pas dans la tête de Poutine), deux solutions se présenteraient alors :

  • soit l’Ukraine capitule et tombe dans les mains de l’armée russe, ce qui obligera l’OTAN à concéder sa défaite, et balaiera la stratégie américaine d’intégration de l’Ukraine à l’alliance menée depuis plus de dix ans
  • soit l’Ukraine résiste et appelle à l’aide pour sauver son armée encerclée par bribes.

Dans cette dernière hypothèse, l’OTAN sera sommée d’établir un pont aérien pour sauver les assiégés.

C’est là que le problème commence : tôt ou tard, l’OTAN devra se porter au secours de son allié ukrainien, ne serait-ce que par une aide aérienne, qui sera l’occasion rêvée de passer au conflit dur. L’armée russe pourrait en effet considérer tout ravitaillement aérien comme un acte hostile, et en tirer prétexte pour abattre les avions de l’OTAN.

On mesure l’escalade qui serait alors enclenchée.

Le compte à rebours est commencé

Pour l’instant, la guerre en Ukraine nous paraît un spectacle aussi désincarné que le COVID n’a pu l’être. C’est le propre de l’agenda du chaos que de nous hypnotiser avec des représentations qui guident nos actes, sans que nous n’apercevions la réalité qui se cachent derrière cet écran.

Mais la guerre en Ukraine devrait rapidement nous rattraper et briser les images. Elle laissera la place à une réalité très brutale : la violence du combat à l’état pur, et probablement la violence nucléaire.

Il ne nous reste que peu de temps pour continuer à rêver, et pour jouer aux héros dans une guerre qui ressemble pour l’instant à un jeu vidéo. Dans les semaines qui viennent, la probabilité d’un retour à la réalité sera très forte.

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