Emmanuel Macron et le McKinseygate : « ce n’est pas moi qui signe les contrats, il faut poser la question aux ministres »

Emmanuel Macron et le McKinseygate : « ce n’est pas moi qui signe les contrats, il faut poser la question aux ministres »


Partager cet article

Ce dimanche 27 mars, Emmanuel Macron était invité sur le plateau de l’émission « dimanche en politique » sur France 3, l’occasion pour lui de réagir aux révélations autour du cabinet McKinsey. Il nous donne rendez-vous « au pénal » si nous trouvons quelque chose à redire. Sa réaction ne surprend personne au premier abord – et rappelle d’ailleurs le « qu’ils viennent me chercher » – mais à tendre l’oreille plus attentivement il semblerait que nous ayons tous mal interprété ses propos : le Président ne parlait pas de sa responsabilité à lui.

La caution pénale, c'est quoi ? - ladepeche.fr


La question des règles de marchés publics appliquées au cabinet de conseil n’est certes pas « au pénal », mais la suspicion de faux témoignage de M. Karim Tadjeddine en commission d’enquête se trouve bien en ce moment sur le bureau du Procureur de la République (qui n’a pas l’air très pressé d’ailleurs).

Macron prépare le terrain, au cas où

En écoutant ce passage, une première réaction naturelle serait de déduire qu’Emmanuel Macron est bien gonflé (le mot est faible) de parler de procédure pénale, étant donné l’immunité que lui confère son statut présidentiel. Mais tendez-mieux l’oreille :

https://twitter.com/franceinfoplus/status/1508036321318772740?s=27&t=H0cuPoQiIxv1hoQRiaJXIQ

« Aucun contrat n’est passé dans la République sans qu’il ne respecte la règle des marchés publics : mise en concurrence, transparence, responsabilité de celles et ceux qui signent – tout est clair là-dessus ? – oui sinon c’est du pénal, Article 40 »

Emmanuel Macron a-t-il apposé sa signature sur un des contrats de marchés publics passé avec le cabinet McKinsey ?En déplacement à Dijon ce 28 mars, le Président donne la réponse :

« Ce n’est pas moi qui signe les contrats. Je vous invite à regarder le code des marchés publics. Le président de la République n’autorise aucune dépense » – « Il faut poser la question aux ministres qui les ont passés. »

Et s’agissant de la procédure d’appel d’offre avec les cabinets de conseil, tout est vraiment clair ? 

Nous vous parlions au mois de janvier de l’audition au Sénat de la ministre Amélie de Montchalin. Cette dernière annonçait fièrement l’existence d’un accord-cadre interministériel avec la Direction Interministérielle de la Transformation Publique (DITP) permettant de ne pas avantager un cabinet de conseil privé par rapport à un autre. Le Président de la Commission avait ironisé en parlant d’un système de tourniquet « plutôt souple », puisque le cabinet McKinsey avait bénéficié de 11 contrats durant la crise sanitaire …

En parfait président de la Ve république, Emmanuel Macron attend-il d’un de ses ministres de jouer le rôle du fusible si les choses tournent mal ? (ceci est une fausse question).
Primaires UMP : Jacques Chirac soutient Alain Juppé - Angers.maville.com

On entend aussi rejouer au loin la petite musique de l’affaire Benalla …

La dénonciation auprès du procureur de la République

Ce n’est pas la première fois que ce fameux article 40 du code de procédure pénale fait son apparition dans un scandale d’Etat sous ce quinquennat.

Alexandre Benalla et quatre autres suspects mis en examen

Cet article impose l’obligation, « pour toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire, dans l’exercice de leurs fonctions », de signaler des crimes ou délits dont il a connaissance.

Cet argument est-il bien sérieux ? un agent public serait donc prêt à dénoncer un manquement à une telle procédure sans avoir peur de représailles venant de sa plus haute hiérarchie ?

En 2018, on avait reproché à Gérard Collomb de ne pas avoir usé de l’article 40 pour reporter à la justice les agissements d’Alexandre Benalla.

C’est pourquoi le Rapport d’enquête « affaire Benalla » recommandait de clarifier l’obligation de signalement d’un crime ou d’un délit en application dudit article.

Pour cela, les sénateurs préconisaient de « mieux définir la portée juridique des obligations de signalement au parquet » et de d’« en informer largement l’ensemble des élus, responsables et agents publics ».

La Justice reste immobile dans cette affaire et ne nous faisons aucune illusion : aucune décision de culpabilité ne sera rendue dans les semaines qui viennent. La stratégie Macronienne n’est donc pas claire à ce stade. Reporter la faute sur ses ministres est assurément une façon de détourner pour l’instant les questions du peu de journalistes qui osent aller sur ce terrain– mais sur le long terme, aucun doute qu’au besoin, la carte de la responsabilité d’un ministre (ou ex-ministre) serait sortie à l’occasion d’un second mandat, qui sait.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
La guerre d'Iran vue d'Iran, du 27 mars au 4 avril, par Thibault de Varenne

La guerre d'Iran vue d'Iran, du 27 mars au 4 avril, par Thibault de Varenne

La période charnière s'étendant du 27 mars au 4 avril 2026 représente une phase de transition critique dans le conflit opposant la République islamique d'Iran à la coalition dirigée par les États-Unis et Israël, connue sous le nom de code opérationnel « Epic Fury ». Après un mois de bombardements intensifs visant initialement à décapiter le commandement iranien et à neutraliser ses capacités nucléaires, la guerre a muté en un conflit d'attrition multidimensionnel. Les sources régionales — irani


Rédaction

Rédaction

La guerre d'Iran vue d'Occident, du 28 mars au 4 avril, par Thibault de Varenne

La guerre d'Iran vue d'Occident, du 28 mars au 4 avril, par Thibault de Varenne

Le conflit déclenché le 28 février 2026 par les frappes conjointes des États-Unis et d'Israël contre la République islamique d'Iran a atteint, durant la période du 27 mars au 4 avril 2026, un point de bascule critique. Cette phase, marquant l'entrée dans le deuxième mois de l'opération « Epic Fury » (États-Unis) et « Roaring Lion » (Israël), se caractérise par une mutation profonde de la nature des hostilités. L'analyse des événements démontre que l'on est passé d'une campagne de décapitation


Rédaction

Rédaction

Épargne : quelles conséquences pour le choc pétrolier long que l’UE reconnaît enfin? par Vincent Clairmont

Épargne : quelles conséquences pour le choc pétrolier long que l’UE reconnaît enfin? par Vincent Clairmont

« Le plus dur est fait. » Lorsque Donald Trump a prononcé ces mots au 32ème jour du conflit en Iran, les marchés actions américains ont exulté, signant leur meilleure séance en dix mois. Mais pour l'épargnant européen, cette phrase sonne comme un avertissement brutal. Si Washington estime avoir achevé sa « décapitation » chirurgicale du régime iranien, elle laisse derrière elle un détroit d’Ormuz étranglé (passé de 150 à 5 navires par jour) et une Europe seule face à une facture énergétique qui


Rédaction

Rédaction

La caste parisienne doit-elle son mépris social à Aristote et à sa philosophie ?

La caste parisienne doit-elle son mépris social à Aristote et à sa philosophie ?

On les dit méprisants et cyniques, ces habitants des beaux quartiers, ces experts qui hantent les plateaux de télévision et les couloirs du pouvoir. On fustige leur mépris de classe, leur entre-soi protecteur et cette morgue tranquille qui semble ne jamais pouvoir être ébranlée par le réel. Mais et si ce que nous prenons pour du cynisme n'était en réalité que l'aboutissement logique d'une morale très ancienne? Et si la bourgeoisie parisienne n'était pas dépourvue de valeurs, mais habitée par une


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe