Guerre d’Ukraine – Jour 49 – L’armée russe attend la fin de la Raspoutitsa pour lancer la bataille du Donbass

Guerre d’Ukraine – Jour 49 – L’armée russe attend la fin de la Raspoutitsa pour lancer la bataille du Donbass


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Chronique de la destruction consentie de l'Europe. - Depuis trente ans, les Etats-Unis n'ont qu'une obsession sur notre continent: empêcher l'émergence de cette "Europe européenne", que le Général de Gaulle appelait de ses voeux, fondée sur une sécurité qui devait aller "de l'Atlantique à l'Oural". La guerre d'Ukraine est à la fois le sommet de la capacité de division américaine et le moment d'un potentiel retournement. Nous assistons non seulement à une révolution militaire russe (grâce aux armes hypersoniques) mais aussi à l'émergence d'un monde multipolaire dont le centre de gravité sera en Eurasie, au coeur du triangle constitué par la Russie, l'Inde et la Chine. La France a un énorme atout - elle est à la fois européenne et présente sur tous les océans du monde. Nous aurions toutes les raisons de jouer un rôle majeur dans le nouvel équilibre des puissances. Mais avant cela, il nous faut d'abord analyser et comprendre ce qui se passe sous nos yeux: le déclin inéluctable de la puissance américaine du fait de la dédollarisation du monde; l'auto-destruction de l'Union Européenne qui pousse les sanctions contre la Russie sur un mode "plus américain que les Américains"; le déclin de la puissance allemande qui a oublié la vieille sagesse de Bismarck, Willy Brandt et Gerhard Schröder - l'Europe va mal quand l'Allemagne et la Russie ne s'entendent pas ; mais aussi le réveil politique de l'Inde qui tient à distance le monde anglo-saxon; la remise en selle, malgré le COVID-19, que cela nous plaise ou non, de la Chine néo-léniniste; et, bien entendu, la résistance de la Russie aux sanctions. C'est à condition de comprendre le monde qui vient que la France saura y trouver sa place.

+ Il y a peu de changements sur le front actuellement, du fait de la raspoutitsa, la fonte des terres gelées qui transforme les routes non asphaltées en terrains boueux.

+ On a eu confirmation dans la matinée de la reddition de plus de 1000 soldats qui tenaient l’un des points de résistance de Marioupol (Azovmash). On comprend que les troupes sont épuisées, sans nourriture, sans eau potable et sans munitions mais que les hommes hésitaient à se rendre parce qu’on leur avait annoncé qu’ ils seraient très mal traités par les Russes. Ce qui a fait basculer les esprits, c’est l’échec de la tentative de sortie d’une centaine d’hommes, au matin du 12 avril, que l’on avait incités à forcer le passage pour aller au devant de renforts qui arrivaient vers Marioupol. La moitié de ceux qui ont tenté la percée ont été tués, les autres faits prisonniers. 

+ Outre la fonte des terres gelées, il faut se rappeler la déclaration de Vladimir Poutine, hier 12 avril, sur le lien entre la lenteur apparente des opérations et le souci de limiter les pertes militaires. 

+ Faut-il croire le Ministère russe de la défense lorsqu’il explique: A Kharkov, la formation de trois nouveaux bataillons extrémistes de prisonniers (Slabozhanshchina, Kharkivchyna-1, Kharkivchyna-2), qui purgeaient des peines pour des crimes graves et particulièrement graves, est en cours d’achèvement. Ces bataillons [ukrops] devront empêcher la sortie de la population de la ville et détruire les unités des Forces armées ukrainiennes en cas de retraite ou de reddition »? 

+ En tout cas, le sentiment général que l’on acquiert ces jours-ci est celui d’une mentalité de plus en plus tournée vers des coups, des provocations qui ont de plus en plus de mal à masquer l’impuissance à briser l’étau russe qui se resserre. Pensons aux excursions en territoires russes, à l’exhibition d’un possant politique censé servir de monnaie d’échanges contre les prisonniers de Marioupol. 

Lu sur Southfront.org: « Des bombardements intenses visent l’agglomération de Severodonetsk-Lisitchansk. Des tirs d’artillerie lourde précèdent généralement les tentatives de l’infanterie de la République populaire de Lougansk de percer la défense de l’armée ukrainienne dans la ville« .

D’autre part, les troupes ukrainiennes essaient de perturber la chaîne logistique qui passe à l’est de Kharkov pour amener le matériel et l’approvisionnement nécessaire à l’offensive à venir du Donbass. « Des tirs d’artillerie intenses se poursuivent dans la périphérie de Kharkov. Les forces russes ciblent les zones de concentration de l’Armée ukrainienne. Le 12 avril, des sources locales font état d’environ deux douzaines d’explosions dans la région de Saltovka. La Fédération de Russie frappe méthodiquement les installations identifiées à Kharkov.

L’armée ukrainienne tente de contre-attaquer au nord-ouest de Kharkov dans la direction de Zolotchev (…). L’armée ukrainienne tente de contre-attaquer dans la zone proche d’Izioum en direction de Brajkivka et Soukhaia Kamenka également¨ »

+ L’armée russe a continué ses tirs balistiques ou bombardements de cibles militaires ukrainiennes: « Pendant la nuit, des missiles de haute précision basés sur la mer et l’air ont détruit 2 grands dépôts de missiles et d’armes d’artillerie des forces armées ukrainiennes près de Sadovoïe et Tchoudnov. 4 hélicoptères ukrainiens – 2 Mi-24 et 2 Mi-8 – ont également été détruits à l’aérodrome militaire de Mirgorod.

L’aviation opérationnelle-tactique des Forces aérospatiales russes a touché 46 moyens militaires de l’Ukraine ».


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