La fondation Carnegie, chaînon manquant entre la CIA et la propagande occidentale, par Eric Verhaeghe

La fondation Carnegie, chaînon manquant entre la CIA et la propagande occidentale, par Eric Verhaeghe


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Lors du dernier sommet du G7, fin juin 2022, les dirigeants occidentaux ont confié au Canada et à la Carnegie Endowment for International Peace le soin de combattre la propagande russe sur la question ukrainienne. Ce recours à une fondation américaine de droit privé pour conduire une mission politiquement aussi sensible étonne. Il s’explique simplement par les liens privilégiés que cette officine entretient avec la CIA et avec le Deep State américain, lequel a trouvé ici un moyen commode de mettre les médias occidentaux sous tutelle.

Ce n’est évidemment pas commun de lire, dans une déclaration finale du G7 (même si cette mention vient à la fin d’un long communiqué qui évoque de nombreux autres sujets), que les pays occidentaux les plus puissants s’en remettent à une fondation américaine privée pour défendre leur vision du monde face à la propagande russe qui envahirait les réseaux sociaux et travaillerait l’opinion publique en profondeur. On peut se demander pourquoi une mission aussi sensible donne lieu à cette décision :

Nous nous félicitons de la réponse immédiate du mécanisme de réaction rapide du G7 et de sa collaboration avec la Dotation Carnegie pour la paix internationale pour créer un réseau multipartite de crise comprenant les États du G7, les plateformes des réseaux sociaux et la société civile afin de préserver l’intégrité de l’environnement ukrainien de l’information face à la guerre de l’information inédite que mène la Russie. Dans cette optique, nous continuerons de développer le mécanisme de réaction rapide du G7 en mettant davantage l’accent sur les menaces hybrides et nous renforcerons sa capacité à réagir face aux ingérences étrangères, y compris au niveau infra-étatique.

Au détour de cet étrange charabia, on comprend que les RRM canadiens (dont nous avons parlé avant-hier) travaillent avec la fameuse Dotation Carnegie pour la paix internationale (Carnegie Endowment for International Peace, en anglais) pour mener la guerre de l’information sur les réseaux sociaux et dans la société civile. Cette guerre répond, selon le G7, aux « menaces hybrides ».

Je soutiens ici que ce recours à la Carnegie Endowment est une façon détournée et discrète de confier la conduite de la « guerre hybride » contre la Russie à la CIA, et je vous explique ici pourquoi j’avance cette thèse.

La Carnegie Endowment for International Peace, un peu d’histoire !

Il faut remercier le G7 d’avoir mis sur le devant de la scène la Carnegie Endowment, qui est au coeur de l’idéologie mondialiste sans que nous ne le voyions clairement en Europe. Il suffit pourtant de connaître son histoire pour comprendre son lien étroit avec l’imperium américain, et le projet « supranational » qu’il a porté. On peut même affirmer que le supranationalisme est la quintessence de la Carnegie Endowment.

C’est en 1910 que le richissime Carnegie, qui fit fortune dans la sidérurgie aux USA, a décidé de créer un fonds pour financer le premier think tank dédié à la paix dans le monde. Le Carnegie Endowment est donc l’un des plus anciens think-tanks qui existent.

Les idées que Carnegie voulait voir portées par ce think tank ont fait long feu. Il s’agissait de répandre la paix dans le monde en combattant l’impérialisme et le nationalisme, et en favorisant le droit. Dans cet esprit, Carnegie finance la Cour Permanente d’Arbitrage de La Haye, et même la construction du Palais qui l’abrite…

Carnegie meurt en 1919, mais son think tank lui survit. Il porte encore aujourd’hui l’idéologie du fondateur : remplacer les relations bilatérales par une gouvernance multilatérale qui cherche un règlement pacifique des conflits.

Une fondation indépendante, vraiment ?

Durant ses plus de 100 ans d’existence, la Carnegie Endowment a acquis une puissance et une influence inégalées. Si l’on en croit sa présentation officielle, il s’agit d’un organisme indépendant qui produit des analyses techniques.

Le site du think tank multiplie ce « pitch » qui fleure bon la mission de consultant :

In a complex, changing, and increasingly contested world, the Carnegie Endowment generates strategic ideas and independent analysis, supports diplomacy, and trains the next generation of international scholar-practitioners to help countries and institutions take on the most difficult global problems and safeguard peace.

Donc, la Carnegie Endowment produit des « idées stratégiques et des analyses indépendantes ».

Les connaisseurs du World Economic Forum de Klaus Schwab noteront que la Carnegie Endowment disposent, au-delà de ses nombreux salariés et de ses nombreuses ramifications, d’un programme de « Young Leaders » qui lui permet d’étendre son influence.

Mais, officiellement, la Carnegie Endowment, ne dépend de personne…

Qui finance l’Endowment Carnegie ?

En parcourant le rapport annuel 2021 du think tank, son indépendance soulève pourtant quelques questions. Ainsi, on découvre que le think tank dispose d’un budget annuel de plus de 50 millions $. Ses actifs dépassent les 500 millions $. Ces sommes colossales ont peu de rapport avec une institution indépendante.

La liste des contributeurs pour 2021 est elle-même impressionnante. Des centaines d’institutions ou d’entreprises financent le think tank.

Selon les chiffres fournis par le rapport, Facebook et l’Open Society Foundation de George Soros ont donné entre 1 et 2 millions $. Comme le gouvernement britannique ou le United States European Command.

La Fondation Gates a donné plusieurs centaines de milliers $. Comme Microsoft. Comme le gouvernement américain. Comme le gouvernement norvégien. Comme le gouvernement japonais. Comme Google. Comme les gouvernements suédois, allemand, canadien, indien, palestinien et taïwanais.

Officiellement, la Chine ne participe pas au financement de la fondation, mais le sujet a donné lieu à une polémique aux USA. Nous y reviendrons.

Dans tous les cas, une organisation qui s’enrichit autant grâce aux contributions des Etats occidentaux, gouvernement américain compris, et grâce à la finance mondiale, peut difficilement rester « indépendante ». Sauf à ce que l’on parte du principe que la subordination au mondialisme est une marque d’indépendance…

La Carnegie Endowment et la CIA

Mais des indices évidents et indiscutables de la proximité entre la Carnegie Endowment et le Deep State US expliquent de façon encore plus flagrante les raisons pour lesquelles le think tank sert de canal pour organiser la propagande anti-russe en Occident.

Ainsi, l’actuelle directrice générale du think tank s’appelle Penny Pritzker. Héritière de la célèbre famille qui a créé un prix d’architecture, elle fut aussi, entre 2013 et 2017, secrétaire d’Etat au Commerce d’Obama.

L’actuel Président du think tank est un certain Mariano-Florentino Cuellar, qui fut conseiller technique d’Obama…

Surtout, Cuellar a succédé en 2020 à un certain William J. Burns, diplomate de carrière, qui fut secrétaire d’Etat adjoint aux affaires étrangères sous Barack Obama… après avoir gagné des galons sous George Bush. Passé à la Carnegie Endowment à la « faveur » de l’élection de Trump, Burns a été nommé directeur de la CIA par Joe Biden le 19 mars 2021.

Bref, la Carnegie Endowment est dirigée par des éminences démocrates, et son Président jusqu’en 2021, est devenu directeur de la CIA grâce à l’ancien vice-président d’Obama, devenu entretemps Président des Etats-Unis. Mais, bien entendu, la Carnegie Endowment est un think-tank indépendant et non-partisan…

Le chaînon manquant avec la CIA

On comprend ici que la Carnegie Endowment n’a pas été choisie par hasard par le G7 pour mener la guerre contre la propagande russe. Il s’agit d’une structure souple, agile, et parfaitement sous contrôle de l’ail démocrate du Deep State (ce qui n’est probablement pas le cas du Global Engagement Center créé en 2017 pour assumer cette mission, et qui est délibérément torpillé par les démocrates).

En outre, l’ancien président de la Carnegie Endowment peut facilement mobiliser celle-ci pour la charger des missions que la CIA peine à exécuter, faute d’un savoir-faire éprouvé.

C’est la conception américaine du soft power : les missions de service public, même lorsqu’elles sont régaliennes, sont confiées à des organismes extérieurs, opaques, dont l’intérêt premier est d’échapper au contrôle du Sénat et de permettre des opérations « spéciales » qu’une démocratie ne peut d’ordinaire se permettre.

William Burns et la Chine

En confiant la lutte idéologique à l’Endowment Carnegie, le G7 fait par ailleurs un choix idéologique affirmé.

Que l’Endowment Carnegie soit viscéralement russophobe et poutiniphobe ne fait aucun doute. En revanche, les liens entre le think tank et la Chine sont plus compliqués à discerner.

Comme l’a pointé la presse américaine, la présidence de Burns a conduit la Carnegie Endowment à un rapprochement avec la Chine, dont certaines entreprises financent désormais le think tank. Dans la pratique (nous y reviendrons demain en traitant la question du COVID), la Carnegie Endowment prône une gouvernance mondiale où les USA et la Chine joueraient un rôle leader en coopérant pour défendre la paix.

Dans quelle mesure Biden a-t-il choisi Burns à la tête de la CIA pour préserver un lien avec le rival chinois ? Dans quelle mesure la stratégie du G7 consiste-t-elle à parier sur les « colombes » du Deep State américain pour faire face à la Russie ?

L’avenir l’éclaircira. Mais une certitude se dégage : la stratégie de l’Occident est aujourd’hui incertaine, et il existe un pôle au sein du gouvernement profond qui préconise une lutte à mort contre la Russie en prenant loin de l’isoler de la Chine. Cette évolution par rapport à la doctrine Kissinger est probablement en cours d’évolution.

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