Quels sont les éléments d’une future plainte pénale contre Ursula von der Leyen ?

Quels sont les éléments d’une future plainte pénale contre Ursula von der Leyen ?


Partager cet article

Nous avons évoqué la semaine dernière les faits rapportés par la Cour des Comptes européenne concernant Ursula von der Leyen et la passation du marché Pfizer dans des conditions tout à fait anormales. Ces faits sont probablement passibles de poursuite devant le parquet européen. Plusieurs députés européens (dont Virginie Joron) viennent d'ailleurs de le saisir. Nous reprenons ici les motivations qui pourraient être constitutives d'une plainte citoyenne devant ce même parquet.

La passation du contrat entre la Commission Européenne et le laboratoire pharmaceutique Pfizer pour la fourniture à l’Union Européenne de plusieurs centaines de milliers de doses (à 15€ l’unité environ) de vaccins Comirnaty, présente suffisamment d’anomalies pour que nous vous signalions le comportement anormal de la présidente de la Commission européenne.

Un faisceau d’indices concordants permet en effet de considérer qu’Ursula von der Leyen a personnellement nui aux intérêts financiers de l’Union européenne en passant la plus importante commande de l’histoire de l’Union, pour un montant supérieur à 30 milliards €, en dehors des procédures réglementaires. Ces indices sont fournis par les sources officielles de l’Union européenne et sont donc incontestables.

Un marché en dehors de toute procédure réglementaire

Le 17 juin 2020, l’Union européenne a publié sa « stratégie de vaccination contre le coronavirus ». Ce document officiel de la Commission européenne prévoyait la négociation des achats de vaccin par un comité de pilotage ad hoc, et par une équipe de négociation :

La Commission établira un comité de pilotage. Ce comité sera composé de représentants de tous les États membres participants et aura pour mission d’assister la Commission en lui apportant conseils et expertise tout au long du processus.
Le comité de pilotage proposera une petite équipe d’experts des États membres, qui épaulera la Commission pendant les négociations et formera, avec les représentants de la Commission, l’équipe conjointe de négociation.

Réglementairement, la conduite des négociations devait donc être collégiale, et plus spécialement menée par des experts.

Ce système a permis de conclure plusieurs marchés avec différents fournisseurs.

En revanche, le plus important des marchés, avec Pfizer, a été conclu en dehors de ces règles. Il a été directement négocié par la Présidente de la Commission sans aucune participation du comité compétent selon la stratégie européenne, comme l’indique sans ambiguïté le rapport de la Cour des Comptes européenne sur ce sujet.

Une opacité qui fait planer un doute sérieux sur l’indépendance de la Commission

Cette relation spécifique entre la présidente de la Commission et l’entreprise Pfizer, qui a permis à Pfizer d’être le principal bénéficiaire du marché, avec un total de 1,8 millions de doses achetées au titre du contrat directement négocié par la présidente de la Commission, soulève un sérieux doute sur l’indépendance de la Commission exigée par l’article 17 du traité de l’Union européenne.

Il semblerait en effet que, avant même le début de la négociation, Ursula von der Leyen ait interrogé les experts de l’Union sur l’avancée des autorisations en cours d’examen pour le vaccin Pfizer. Cette marque d’intérêt s’est ensuite confirmée avec la mise à l’écart de l’équipe de négociation pour le seul vaccin Pfizer, et la négociation directe entre Pfizer et la présidente de la Commission.

Le contrat finalement conclu avec Pfizer par la présidente de la Commission européenne instaure une dépendance quasi-exclusive de l’Union vis-à-vis de cette entreprise pour ce qui concerne l’approvisionnement en vaccins contre le COVID. Il s’agit là d’une prise de risque excessive et incontestable, prise dans des conditions opaques.

Cette situation de fait est contraire aux intérêts financiers de l’Union Européenne.

Une violation flagrante du traité de l’Union européenne

De façon tout à fait suspecte, la présidente de la Commission a refusé d’établir la transparence démocratique indispensable sur les conditions de négociation du contrat Pfizer. Malgré une demande officielle de la médiatrice de l’Union pour avoir accès aux échanges écrits entre Ursula von der Leyen et Albert Bourla, président de Pfizer, la présidente de la Commission a jusqu’ici obstinément refusé de faire la lumière sur le contenu de ces échanges privilégiés avec un candidat à un appel d’offres de l’Union.

Ce secret concernant l’un des candidats est contraire au traité de l’Union européenne, qui garantit l’égalité entre tous les citoyens, notamment dans son article 9.

En violant cet article 9, la présidente de la Commission n’a pas respecté les principes de libre accès au marché unique. Elle a donc nui aux intérêts financiers de l’Union Européenne.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Lyhanna, victime de l'inertie administrative

Lyhanna, victime de l'inertie administrative

Et si le vrai danger n'était pas la malveillance, mais l'absence de zèle ? Un dossier qui met treize jours à franchir quatre-vingts kilomètres, des semaines à être ouvert, et jamais le temps d'une garde à vue. La mort de Lyhanna, onze ans, dit moins sur un homme que sur des administrations qui ne se sont, à aucun moment, senties obligées de bien faire leur travail. Il existe des objets si ordinaires qu'on ne les regarde plus : une chemise cartonnée, un parapheur posé sur le coin d'un bureau, un


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Dix-huit mois après, les dérives illibérales de Trump, par Thibault de Varenne

Dix-huit mois après, les dérives illibérales de Trump, par Thibault de Varenne

Et si la première puissance du monde administrait, mois après mois, la preuve que rien ne tient sans contrepoids — ni la loi, ni la presse, ni la probité ? Dix-huit mois de pouvoir disent moins sur un homme que sur une nation qui découvre, dans l'effacement de ses propres bornes, ce qu'elle valait vraiment. On nous a longtemps présenté l'Amérique comme le pays de l'État de droit. C'était son orgueil, et son magistère : elle en faisait la leçon au monde, des chancelleries aux tribunaux. Dix-huit


Rédaction

Rédaction

Droguées par un prédateur, les victimes assignent le ministère de la Culture

Droguées par un prédateur, les victimes assignent le ministère de la Culture

Cinq femmes ont assigné jeudi l’État français devant le tribunal administratif, accusant le ministère de la Culture d’inaction face aux agissements de Christian Nègre, ancien DRH, mis en examen pour avoir drogué près de 250 femmes afin de les contraindre à uriner en sa présence. Leurs avocates réclament 90 000 à 180 000 euros d’indemnisation chacune. La rapporteure publique a recommandé une somme bien moindre autour de 10 000 euros par victime en qualifiant les faits de « faute personnelle » san


Rédaction

Rédaction

Pétrole: la Guyane sacrifiée sur l’autel de l’écologie

Pétrole: la Guyane sacrifiée sur l’autel de l’écologie

Le rejet en commission de la proposition de loi autorisant l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures en outre-mer provoque une rupture entre les députés guyanais Jean-Victor Castor et Davy Rimane et la gauche française. Les deux élus dénoncent une « bien-pensance » idéologique qui, selon eux, condamne la Guyane à la dépendance économique alors que ses voisins profitent pleinement du boom pétrolier régional. Les deux députés guyanais Jean-Victor Castor et Davy Rimane (GDR) ont officialis


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany