« Il faut humilier la Russie très sérieusement » selon Stéphane Courtois…Et sérieusement?

« Il faut humilier la Russie très sérieusement » selon Stéphane Courtois…Et sérieusement?


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"Il faut humilier la Russie très sérieusement". C'est le titre que donne l'Express à un entretien de Stéphane Courtois et Galia Ackerman, pour parler de leur "Livre Noir de Vladimir Poutine". Il ne s'agit pas seulement de se demander si  une telle déclaration sied à un universitaire.  Mais Stéphane Courtois se rend-il compte de ce qu'il anéantit la crédibilité de son "Livre Noir du communisme"?

Je conçois très bien que l’on prenne partie pour l’un des belligérants dans le conflit entre l’Ukraine et la Russie. Personnellement, ce n’est pas le choix que je fais: je défends une ligne gaullienne, celle de « l’Europe de l’Atlantique à l’Oural »; et je crois que l’urgence est de ramener la paix au coeur de l’Europe. L’Ukraine est européenne, la Russie est européenne et historiquement essentielle à la sécurité, l’équilibre et l’économie de l’Europe. Je pense que la position française, consistant à livrer des armes à l’Ukraine et à nous aligner sur l’OTAN, est un terrible contresens historique. 

Je constate que beaucoup de gens estimables ne pensent pas comme moi. Ils sont convaincus qu’il existe une « nation ukrainienne » se battant « pour « sa liberté »‘.  Je connais trop l’Ukraine pour adhérer à un discours aussi simple. J’ai vu il y a quinzaine d’années une société habitant un Etat artificiellement dessiné par les bolcheviques et cherchant à devenir une nation. Je me rappelle que les Ukrainiens demandaient qu’on les laissât être neutres, afin qu’ils n’aient pas à choisir entre « Occident » et « Russie ».  Maïdan a brisé cette aspiration. La marginalisation du Donbass par le gouvernement kiévien s’est déroulée au mépris des accords de Minsk. Aujourd’hui, je vois une guerre que les Américains ne veulent pas arrêter. Je vois des centaines d’Ukrainiens se faire tuer quotidiennement, inutilement, au front, sous les vivats de « rossignols du massacre » au petit pied (au moins Barrès avait du style). 

Curieuse passion russophobe

Chacun doit pouvoir penser et dire ce qu’il veut. En revanche, j’ai du mal à comprendre la passion russophobe qui anime beaucoup de nos experts et intellectuels. 

« Il faut humilier la Russie ». Vraiment? Un historien devrait se souvenir que la dernière fois que l’on a essayé, en France d’humilier une nation, à savoir l’Allemagne, au traité de Versailles, ça a très mal tourné. Et puis, comme si ce n’était pas assez, Galia Ackerman et Stéphane Courtois, ajoutent: « très sérieusement ». 

S’il n’y avait pas des vies humaines en jeu, on rirait tant il y a un aspect « Louis de Funès ».  « Les pauvres, c’est fait pour être très pauvres » dit Don Salluste dans la « Folie des Grandeurs »; et Stéphane Courtois ajoute « Les Russes, c’est fait pour être très humiliés »….

J’ai souvent été en désaccord intellectuel, avec Stéphane Courtois. Par exemple quand il a fait traduire l’historien allemand Ernst Nolte, qui expliquait que la violence nazie n’était qu’une imitation de la violence bolchevique. Mais je respecte le maître d’ouvrage du Livre Noir du Communisme.  

Banalisation du Livre Noir du Communisme

Pourtant, j’avoue mon scepticisme quand je vois le même Stéphane Courtois se faire, trente ans plus tard, le maître d’oeuvre d’un « Livre Noir de Vladimir Poutine ». 

Je conçois qu’on n’aime pas Poutine. Je déteste Macron; mais il ne me viendrait jamais à l’idée de faire un « Livre Noir d’Emmanuel Macron ». Pourquoi? Parce que précisément il y a un « livre noir du communisme », composé sur l’un des systèmes les nocifs de l’histoire humaine. Que l’on peut faire un livre noir du nazisme, du jacobinisme et de tous les totalitarismes. Et que faire un Livre Noir de Poutine ou de Macron ou même d’Erdogan, cela banalise cette notion de « livre noir ». C’est comme les gens qui mettent « fascisme » à toutes les sauces. Dès qu’on est de droite on est « fasciste » (comme si le fascisme était de droite, mais c’est un autre sujet…). 

Oui, je sais, mon cher collègue Courtois va m’expliquer que Poutine = ancien du KGB =….. Mais précisément, c’est là que mon cher collègue déraille. Ne pas voir que la Russie est sortie du communisme. Oublier que la Russie a été la première victime du communisme bolchevique! La thèse de la continuité stricte entre URSS et Russie est anhistorique. 

Quel rapport y a-t-il entre l’Ukraine de Zelenski, son SBU, sa corruption mafieuse et l’URSS? Ai-je le droit de me demander dans quelle mesure Madame Kaja Kallas, Premier ministre d’Estonie, est véritablement « désoviétisée », elle qui applique les directives de Washington avec le zèle d’un leader de démocratie populaire du temps du pacte de Varsovie et qui est la fille d’un homme qui fut un fonctionnaire soviétique avant de devenir Premier ministre d’une Estonie indépendante. Ou bien y a-t-il des questions légitimes pour le cas de Vladimir Poutine et qui ne le sont pas pour d’autres héritiers du système soviétique? 

On peut avoir été communiste et écrit sur ce système sans en avoir compris  la nature

Il est frappant de voir comme ceux-là même qui ont travaillé – avec talent – sur l’histoire du communisme n’en ont pas vraiment compris la nature et la spécificité. Je comprends bien que l’ancien maoïste qu’est Stéphane Courtois n’ait pas forcément envie d’étudier le Parti Communiste Chinois d’aujourd’hui. On ne se refait pas. Mais pourquoi appliquer à Poutine une grille de lecture erronée et que l’on n’applique pas à Xi Jinping, pour qui elle serait sans doute plus appropriée? 

En produisant un « livre Noir de Poutine », Stéphane Courtois ne se rend pas compte comme il banalise le communisme dont il a pourtant élucidé plus que d’autres les crimes.  Sans compter qu’il abonde un discours profondément gnostique et parent du communisme, qui refuse qu’il y ait des Etats souverains se préoccupant de frontières et d’équilibre des puissances. C’est la vie des nations. Et on aimerait savoir pourquoi Stéphane Courtois est plus choqué d’un déploiement de puissance russe que des bombardements américains de l’Irak, de l’Afghanistan, de la Syrie ou de la Libye.


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