L’Europe perd lamentablement la guerre des sanctions

L’Europe perd lamentablement la guerre des sanctions


Partager cet article

Cette année a montré que la Russie, malgré les sanctions, évite l'isolement économique. Ceci est démontré par les statistiques.

Cet article initialement publié en russe sur Politika-ru n’engage pas la ligne éditoriale du Courrier.

Le volume mensuel des échanges avec la Russie a augmenté avec des pays comme : la Turquie (+198%, 6,2 milliards de dollars) ; l’Inde (+310 %, 3,3 milliards de dollars) ; la Chine (+64 %, 15 milliards de dollars) ; le Brésil (+106 %, environ 1 milliard de dollars) et le Japon (+13 %, 1,6 milliard de dollars). Et même avec certains pays européens, les échanges ont augmenté. Ainsi, le volume des échanges mensuels a augmenté de 57 % avec l’Espagne, (739 millions de dollars) ; de 32 % avec les Pays-Bas (2 milliards de dollars) ; de 81 % avec la Belgique (1,4 milliard de dollars). Mais le commerce avec l’Allemagne a chuté d’un modeste 3 % pour s’établir à 4,8 milliards de dollars. La plus forte baisse est enregistrée dans les relations commerciales de la Russie avec le Royaume-Uni (-79 %, 328 millions de dollars) et la Suède (-76 %, 95,7 millions de dollars).

Turquie, Inde, Chine et Brésil sont les principaux bénéficiaires de la politique de sanctions…

La Turquie, l’Inde, la Chine et le Brésil peuvent être qualifiés de principaux bénéficiaires de la politique de sanctions, car l’utilisation de ressources énergétiques moins chères est une base de soutien pour l’ensemble de l’économie. Il est même possible d’obtenir un paiement différé ou même un rabais. Ainsi, la Turquie est devenue le premier acheteur de gaz russe en Europe, avec des achats à des prix inférieurs à ceux des pays européens qui se retrouvent désormais seuls avec le GNL. L’Inde n’achetait presque pas de pétrole russe, mais elle est maintenant devenue l’un de ses principaux consommateurs. La Chine augmente également ses achats de gaz et de pétrole à la Russie.

La Chine, l’Inde et l’Amérique du Sud ne sont pas favorables aux sanctions, mais, au contraire, elles augmentent le volume des échanges avec Moscou. Et l’Occident lui-même n’est pas monolithique par rapport à Moscou – certaines entreprises de l’UE et des États-Unis craignent de perdre le marché russe et cherchent des moyens d’y revenir. Après tout, il est facile de rompre d’anciennes relations commerciales, mais il faudra plus d’un mois pour en établir de nouvelles.

Tensions entre la France et l’Allemagne

Par ailleurs, les relations clés entre l’Allemagne et la France – et pour l’ensemble de l’Union européenne en fin de compte – sont menacées. Pour tenter de négocier et de parvenir au moins à une sorte de compromis mutuellement bénéfique, Emmanuel Macron a organisé une réunion avec le chancelier Scholz à l’Elysée le 26 octobre. Les entretiens ont duré trois heures et demie. Les parties contractantes ont eu un copieux dîner de poisson, mais les dirigeants ne sont pas parvenus à un mutuel compromis sur un certain nombre de questions urgentes. La seule entente qui a été trouvée réside dans une action urgente si Washington pousse sa politique de réduction de l’inflation.

Parallèlement, une réunion extrêmement importante des ministres allemands et français devait se tenir au château de Fontainebleau. Mais elle a été annulée de manière inattendue. Les journalistes de Libération, expliquant ce qui se passait, ont remarqué que la liste des revendications des pays, les uns envers les autres, était « longue, comme un jour sans bretzel »… En bref, cela comprend les questions les plus importantes pour l’Europe à l’heure actuelle : le gaz russe, la crise énergétique, les livraisons d’armes à l’Ukraine et l’inflation.

La précarité s’installe en Europe

Dans le contexte de la crise, les pays d’Europe ont déjà embrassé la soi-disant précarité énergétique.

En 2021, environ 36 millions de personnes ne pourraient pas chauffer suffisamment leur logement, selon les chiffres officiels de la Commission européenne. Et ceci avant le bond record des prix des vecteurs énergétiques et de l’électricité. Dans le même temps, Bruxelles reconnaît que les mesures prises pour lutter contre la précarité énergétique sont totalement insuffisantes. « Les enfants qui grandissent dans des maisons froides, humides et moisies avec une ventilation inadéquate ont des taux d’infections respiratoires et d’asthme, de maladies chroniques et d’invalidité supérieurs à la moyenne ». Bien que des milliards d’euros soient mis à la disposition des citoyens de l’UE les plus touchés par la précarité énergétique, les prix de l’énergie alimentent encore l’inflation et attisent le mécontentement social.

L’Europe souffre donc sérieusement de la confrontation aux sanctions. De fait, les mesures de représailles de la Russie nuisent beaucoup plus à l’UE qu’à elle-même. Alors… qui sera le perdant à la fin ?


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Peut-on devenir israélien sans croire en Dieu ? par Thibault de Varenne

Peut-on devenir israélien sans croire en Dieu ? par Thibault de Varenne

Dans l'hystérisation parfaitement orchestrée et entretenue du débat autour du sionisme et de la contestation d'Israël, il n'est pas inutile de revenir à la rationalité et aux faits. Thibault de Varenne reprend pour nous aujourd'hui la question de l'impossible laïcité en Israël, démocratie ethnique fondée sur une religion nationale... Le paradoxe fondamental de l’État d’Israël, défini constitutionnellement comme un État « juif et démocratique », constitue l’un des objets d’étude les plus denses


Rédaction

Rédaction

L'humeur de Veerle Daens : 7 milliards de cotisations envolés sous l'œil bienveillant du MEDEF

L'humeur de Veerle Daens : 7 milliards de cotisations envolés sous l'œil bienveillant du MEDEF

Mes chers amis de la liberté (et vous autres, bureaucrates patronaux ou fonctionnarisés, cachés derrière vos dossiers suspendus), installez-vous confortablement. Aujourd'hui, on plonge dans le grand bain de la gestion paritaire avec le cas Houria Aouimeur, ou comment une malheureuse juriste a cru que l'éthique avait sa place dans une machine à recycler l'argent des autres. Qui veut la peau de la lanceuse d’alerte ? - Regarder le documentaire complet | ARTELourdement sanctionnée pour avoir


CDS

CDS

Mélenchon, théâtre secondaire d'une guerre cognitive sans concession, par Elise Rochefort

Mélenchon, théâtre secondaire d'une guerre cognitive sans concession, par Elise Rochefort

L'affaire Epstein, qui s'insère dans un contexte international et géopolitique tendu (mobilisation MAGA, massacre massif de populations civiles à Gaza, affrontement avec l'Iran), n'en finit pas de dynamiter les débats publics occidentaux. Elise Rochefort analyse la guerre cognitive qui se livre autour de la publication des dossiers du milliardaire américain, et examine le cas Mélenchon dans cet environnement bouillonnant. L'affaire Jeffrey Epstein ne peut plus être appréhendée comme un simple d


Rédaction

Rédaction

Entre Moscou et Paris : la “refondation” malgache joue sur deux tableaux

Entre Moscou et Paris : la “refondation” malgache joue sur deux tableaux

Le mercredi 24 février, Emmanuel Macron a reçu le colonel Michaël Randrianirina pour une « visite de travail » à l'Élysée. Ce passage à Paris intervient seulement six jours après un sommet chaleureux à Moscou avec Vladimir Poutine. Pour sa première sortie internationale depuis le putsch d'octobre, le dirigeant malgache impose une diplomatie de l'équilibre. Six jours après avoir été reçu en grande pompe au Kremlin par Vladimir Poutine, le colonel Michaël Randrianirina, président de la Refondatio


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany