Biden, Macron, le Great Reset : un point de situation

Biden, Macron, le Great Reset : un point de situation


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Pendant que les puissances occidentales mettent en scène leur affrontement avec la Russie, un conflit plus discret se noue entre les Européens et l'allié américain. Il porte sur les plans de transition énergétique annoncés dans le Great Reset de Klaus Schwab. L'Inflation Reduction Act américain réservera aux entreprises nationales le bénéfice de ses dispositions... Une mesure légèrement protectionniste qui a occupé les discussions entre Macron et Biden.

J’ai déjà expliqué que le Great Reset de Klaus Schwab annonçait sans aucune forme d’équivoque l’importance de profiter de la sidération du COVID pour imposer des plans brutaux de transition énergétique. Les lecteurs les plus attentifs se souviennent que Klaus Schwab affirmait même que les leaders les plus éclairés feraient le choix d’accélérer la transition énergétique au bénéfice de cette crise sanitaire.

L’histoire montre l’étendue de son influence : non seulement l’Europe, et au premier chef la France, se lancent dans ces plans drastiques de réduction de la consommation énergétique (nous avons soutenu il y a peu que la pénurie de carburants en faisait partie), mais c’est aussi le cas des Etats-Unis. De façon encore plus orthodoxe vis-à-vis du Great Reset, L’Inflation Reduction Act en cours d’adoption au Parlement de l’autre côté de l’Atlantique joint en effet un développement de la politique sanitaire et un programme complet de transition énergétique.

Simplement, et c’est essentiel pour comprendre le sens du découplage actuellement à l’oeuvre entre les USA et la Chine, la transition énergétique américaine constituera un véritable poison pour l’économie européenne. C’est ce que Macron est allé dire au président Biden.

L’Inflation Reduction Act, un plan anti-européen

L’Inflation Reduction Act est le véritable sujet qui occupe les relations diplomatiques occidentales aujourd’hui. Dans la pratique, cette loi prétend combattre l’inflation par une série de mesures disparates :

  • des mesures sanitaires, dont une réduction du prix des médicaments dans le cadre du Medicare et un plafonnement des restes à charge médicaux à 2.000€ par an
  • des investissements massifs pour réduire les gaz à effets de serre de 40% d’ici à 2030 (notamment par une accélération du passage à l’énergie propre)
  • une réforme fiscale prévoyant des impositions réelles, notamment sur les plus riches
  • une forte réduction du déficit public (ce qui est proprement la mesure destinée à combattre l’inflation)

Cet arsenal (beaucoup plus ambitieux, on le voit, que le plan français ou européen) présente toutefois quelques problèmes pour notre continent.

En particulier, on retiendra cette phrase mise en avant par la Maison Blanche :

The legislation includes targeted tax incentives aimed at manufacturing U.S.-sourced materials like batteries, solar, and wind parts, and technologies like carbon capture systems and electrolyzers to make hydrogen. The legislation also includes key requirements around domestic sourcing—for example, for use of domestic steel in wind projects—and around prevailing wage and apprenticeships to ensure we create good-paying jobs.

(La législation comprend des incitations fiscales ciblées visant à fabriquer des matériaux d’origine américaine tels que des batteries, des pièces solaires et éoliennes, et des technologies telles que des systèmes de capture du carbone et des électrolyseurs pour fabriquer de l’hydrogène. La législation comprend également des exigences clés concernant l’approvisionnement national, par exemple, pour l’utilisation de l’acier national dans les projets éoliens – et autour des salaires et des apprentissages en vigueur pour garantir la création d’emplois bien rémunérés.)

Autrement dit, le gouvernement américain est bien décidé à réserver le bénéfice des mesures fiscales destinées à encourager la transition énergétique aux seules entreprises et productions américaines. Les naïfs qui avaient cru que la mondialisation écologique profiterait à la terre entière en seront pour leur gouverne : l’allié américain est bien décidé à ne pas partager son gâteau avec ses petits camarades, quand les petits camarades sont sommés d’acheter des gâteaux américains, notamment du gaz naturel liquéfié en remplacement du méchant gaz russe.

D’une certaine façon, Biden fait payer l’impôt révolutionnaire à ses alliés (ou bien il profite de la crise en Ukraine pour les racketter, selon le crédit que l’on apporte au narratif sur cette guerre si médiatisée en Europe).

La réaction européenne au plan Biden

Comme à son habitude, pourrait-on dire, l’Europe est dominée par une totale passivité vis-à-vis de ce transfert de richesses illibéral au profit des États-Unis.

Macron a bien fait semblant de s’agiter pour s’y opposer, en critiquant le plan Biden :

Pour Emmanuel Macron, l’IRA « créé de telles différences entre les Etats-Unis d’Amérique et l’Europe que ceux qui travaillent dans nombre d’entreprises vont juste se dire ‘on ne fait plus d’investissements de l’autre côté de l’océan' » Atlantique.

Lors de ce déjeuner avec des parlementaires américains, il avait dénoncé les mesures « super agressives » prises par le président démocrate Joe Biden pour doper l’industrie américaine, en plaidant pour une meilleure coordination économique de part et d’autre de l’Atlantique.

Chacun aura remarqué que le cartel de la presse subventionnée met la pédale douce sur ce sujet, en évitant scrupuleusement de le traiter avec trop d’insistance. Pourtant, ce plan, très bien résumé ici par les sénateurs démocrates, illustre l’avantage économique qu’il va donner à l’industrie américaine dans cette transition énergétique :

Dans la pratique, ce sont 369 milliards $ d’aide déguisée (sous couvert écologique) à l’industrie américaine qui seront dépensés pour réaliser la transition énergétique. Cette manne échappera aux entreprises étrangères, aux produits étrangers, quand les 310 milliards € de l’Union Européenne, dépensés dans le cadre de son plan RepowerEU, seront ouverts à tous vents.

Manifestement, il y a « tromperie » sur la marchandise : les uns jouent le jeu de la coopération, les autres ne roulent que pour leurs propres intérêts. Macron a donc menacé de mettre en place un « Buy European Act », c’est-à-dire un plan protectionniste de transition énergétique, mais sans succès, comme on pouvait s’y attendre.

La vice-présidente de la Commission, la Danoise Margrethe Vestager a d’ores et déjà pris une position de principe : il n’y aura pas de protectionnisme européen dans ce dossier. Pour l’instant, la Danoise n’a eu les honneurs que de BFM Business, mais son poids politique est supérieur à celui d’Emmanuel Macron. Preuve est faite, à nouveau, que le cartel des médias subventionnés maintient le public dans une ignorance coupable sur les vrais leviers de décision dans le monde contemporain, et d’abord en Europe.

Bref, l’Europe se laissera tondre la laine sur le dos, endossera avec zèle le prix de la guerre américaine en Ukraine, et ne bronchera pas sur l’impôt révolutionnaire que Washington prélève en plus.

Mais le Great Reset dans tout ça ?

Nous avons déjà souligné que les plans de transition énergétique, qui consistent à subventionner massivement les « industries propres » avec l’argent des contribuables, ce qui est une façon de privatiser les bénéfices et de mutualiser les pertes, sont le coeur du Great Reset.

Mais nous avons aussi plusieurs fois affirmé que le Great Reset était indissociable de la Modern Monetary Theory (MMT), théorie économique qui a des propositions bien arrêtées sur la lutte contre l’inflation. Cette théorie propose de lutter contre l’inflation par l’augmentation des impôts sur les classes moyennes, c’est-à-dire sur les ménages les plus solvables.

Le tableau que nous publions, issu du groupe démocrate au Sénat américain, montre combien l’Inflation Reduction Act colle à cette théorie. La hausse de la pression fiscale sera d’environ 740 milliards $ quand la réduction du déficit budgétaire se limitera à 300 milliards.

Pour ceux qui avaient un doute, le Great Reset est bien à l’oeuvre de part et d’autre de l’Atlantique. Simplement, en Europe, le poids du Deep State américain est tel que nos responsables nous en feront intégralement payer le prix.


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