Charles Pearson et le devenir socialiste-nihiliste des occidentaux, par Nicolas Bonnal

Charles Pearson et le devenir socialiste-nihiliste des occidentaux, par Nicolas Bonnal


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Charles Henry Pearson est un intellectuel et recteur britannique établi en Australie à la fin du dix-neuvième siècle. Il voit comme Kojève et Fukuyama une Fin de l’Histoire, et comme Nietzsche (et avant lui Tocqueville) l'inarrêtable triomphe des idées modernes, socialisme, démocratie, déclin religieux, accompagner le triomphe de la technique et du confort moderne. Il en résulte un citoyen superflu comme dit Nietzsche dans Zarathoustra (chapitre sur la nouvelle idole). A l'heure où l'on parle en haut lieu de liquider ces « superflus » (voir aussi l'Ombre du doute de Hitchcock qui ne parle que de cela, comme la Corde), il est important de découvrir ce maître discret.

L’intérêt de ses remarques réside dans leur modération universitaire et leur clarté prophétique. Pour ceux qui ne digèrent pas leur époque, rien ne vaut ce bain de jouvence d’un gentleman anglo-saxon pragmatique, comme on dit : les dés étaient déjà jetés au dix-neuvième siècle, comme le voyaient Tocqueville et Léon Bloy, et nous étions prêts pour affronter une fin des temps molle et lente, en rien apocalyptique.

Je résume quelques traits de son  livre, National life and character, que j’ai découvert par Lothrop Stoddard, l’excellent penseur qui voit aussi, mais une génération plus tard, les nouvelles guerres du Péloponnèse, le déclin de la race blanche, la catastrophe bolchevique et la montée de l’islam et du tiers-monde, qui ont été digérés comme le reste (monnaie numérique au Nigeria). S’il partage certains des horribles préjugés de son temps, Pearson n’en est pas moins un vrai penseur qui du reste ne pense pas en couleur de peau, mais en médiocrité du caractère qui altère toutes les qualités de la race : contrairement à Vacher ou Le Bon, il voit que l’Anglais de 1890 fait route vers le socialisme et pas vers la libre entreprise. Par ailleurs, il a compris que tout le monde sera capable de remplir un formulaire, de prendre le métro ou bien de retirer de l’argent à son distributeur automatique. Parce que c’est cela, la vie moderne.

Il parle de son compatriote, le seul homme qui veuille être heureux, disait Nietzsche en riant.

Je laisse cette phrase écrite dans un anglais si limpide :

His tendency in Australia is to adopt a very extensive system of State Socialism. Railways, school, insurance, irrigation…

Eh oui, l’Australie est déjà socialiste au XIXème siècle. Notons que Pearson disait que déjà les Blancs étaient sur la défensive en matière migratoire ! L’immigration est alors ralentie partout et l’Amérique Wasp s’inquiète avec raison de ce qui va lui arriver, la pauvre !

Pearson ajoute que la pression des autres races sera très forte sur la race blanche, quand elles auront emprunté la science de l’Europe. Eh bien, c’est fait ! Pearson donne comme Marx le nom et l’adresse des grands pays futurs : la Chine et l’Inde…

Il précise que la religion de la famille sera remplacée par la religion de l’Etat qui la détruira cette famille. Toute l’actualité sur l’agonie du mariage est dans Pearson. L’homme des villes deviendra comme Charlot « une petite partie d’une grande machine » ; son horizon est rétréci. Il en résulte la dépression, la solitude et la fin de la confiance en soi. C’est la fin des mondes à conquérir, et Pearson écrit à l’époque de Kipling, sans doute payé pour répandre de l’optimisme colonialiste un peu partout : l’optimisme est toujours mieux rétribué car – je l’ai compris trop tard – il fait consommer. La peur aussi : voyez la lutte contre le carbone ou l’effet de serre.

Pearson explique de même pourquoi, en 1890, Shakespeare et sa violence font démodé, pourquoi le public veut consommer du light culturel, aussi bien à Londres qu’à Paris. Othello c’est trop. La poésie aussi, la grande poésie romantique a disparu, remplacée par le roman à la Zola et par la presse. Le philosophe cède le pas au journaliste et à la pensée rapide (Pearson dit cela cent ans avant Bourdieu).

Tout cela est dû à la montée d’un état « stationnaire » ou immobile (on pourrait dire entropique) qui nous comble de ses bienfaits : en Angleterre, toujours d’avant-garde, on est passé du catholicisme au protestantisme, puis à la liberté de pensée. La monarchie, puis l’aristocratie ont été diminuées, les classes travailleuses associées au gouvernement et tout le monde maintenant se cherche sa petite place au soleil (tel quel). On croirait lire Nietzsche et son dernier homme, l’ironie grinçante en moins !

Plus polémique Pearson remarque aussi que la colonisation en Afrique a fait dégénérer les Blancs qui n’ont plus voulu travailler à la dure, laissant le noir ou le fellah le faire à leur place ; de la même manière, le refus des bas travaux dans nos pays a précipité la vague migratoire dans les années 60 et 70. On ne voulait en plus en Afrique du Sud que de nobles fonctions ! Et cela nous condamne dit Pearson, qui ajoute que les noirs demanderont leur part du pouvoir aussi en Afrique du sud !

Cela se terminera dans l’optimisme et le métissage généralisé : on perdra le sentiment (le complexe) de supériorité, et on se mariera avec tous, prédit le gentleman.

Pearson voit où tout cela débouche : la fin de la volonté, du patriotisme, de la famille nombreuse, du génie et de la grandeur. Mais est-ce si grave ? Nous allons vers un monde sans substance (fibreless), faible et sans capacité de produire de grands changements, écrit-il. Ce monde toutefois bien discipliné et programmé aura eu le génie de créer la première guerre mondiale, puis le patriotisme industriel – dont Pearson ne voit pas la menace qui va produire des Maurras ou l’ineffable Hitler. C’est sans doute la réponse du berger surhomme à la bergère sociale et démocrate ! Heureusement depuis nous sommes tous rangés des affaires. Qui mourrait pour Dantzig ?

Pearson voit le temps où les races ‘les plus hautes’ (je n’ose traduire supérieures) auront perdu leurs plus nobles éléments. C’est aussi fait depuis les tranchées. Comme disait Madison Grant, le grand triomphateur des guerres c’est toujours Little Dark man, le super-héros des temps très postmodernes ! C’est l’homme qui s’élève dans les ascenseurs ! En une génération de guerres révolutionnaires le soldat français avait perdu quatre pouces.

La science n’enchante pas plus nos contemporains, cinquante ans après le faux alunissage, qu’elle n’enchantait Pearson. Il écrit que ses résultats seront de plus en plus médiocres, à la science, et qu’elle parle de mort comme la religion. L’objectif de l’individu sera de vivre plus longtemps sans trop être détérioré (il use ce même mot). Il sera accompagné par une appréhension de l’art réduite à l’état de bric-à-brac. Voyez les expos, les musées, le reste. Debord parle d’art congelé et décongelé suivant les besoins.

L’obsession des gens sera donc la santé publique, c’est-à-dire surtout personnelle.

« Nous ne demanderons au jour rien que de vivre, au futur rien que de ne pas nous détériorer ». Les Global Trends des services américains ne promettent pas autre chose : on pourra même changer de rétine pour voir la nuit, nous promettent-ils ! On vivra 130 ans a dit le Figaro ! Alors…

Evidemment, demande Pearson, qu’est-ce qu’une société qui n’a pas d’autre propos que de satisfaire les besoins du jour et d’en amuser la vacuité, et qui n’a rien à faire du « terrible fardeau de la personnalité »?

Ce terrible fardeau remplace bien le fardeau de l’homme blanc : on peut toujours aller voir un psychiatre et prendre des somnifères.

Ce ne seront pas les voyages qui nous consoleront ; le monde sera européanisé, écrit Pearson, avant un siècle, et tout aura disparu avec, coutumes, dialectes et surtout vêtements traditionnels (repensez aux Dupont d’Hergé en Grèce ou bien en Chine). Cela est déjà parfaitement compris dans l’un des chefs d’œuvre de Gautier, son Voyage en Espagne, publié dès 1845. Pearson dit d’ailleurs que pour voyager il faut lire des guides de voyage anciens. Je suis entièrement d’accord. Tout a été entre-temps démoli ou restauré, alors autant rêver un peu en se plongeant dans les ouvrages des anciens voyageurs.

Avec la noblesse d’un patricien romain méditant le triste sort de l’humanité au crépuscule de l’empire (du rétréci empire romain), Pearson écrit qu’il nous faudra nous dresser devant le silence éternel (notre humaniste pense à Pascal, qu’il cite beaucoup comme Juvénal) et que cela sera un exercice plus noble que notre foi dans le progrès. Car – et c’est le charme de Pearson –, il reste un bon chrétien.

Mais je lui laisse le dernier mot, que je trouve excellent : « le prophète et le leader sont en train de devenir des femmes de ménage. »

Réjouissons-nous alors : les Mozart de la finance et les magiciens de Davos ont pris la relève….

Sources :

Charles H. Pearson, National life and character. Livre téléchargeable gratuitement (comme tous les bons livres) sur archive.org en format PDF.


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