2022: l’année du déni de réalité à plein régime

2022: l’année du déni de réalité à plein régime


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2022 a été marquée par une accélération du déni de réalité. Pourtant les occcasions de retour au réel (inflation, crise énergétique, guerre d'Ukraine, élection présidentielle) ne manquaient pas. Mais le pays - dirigeants et dirigés - est enfoncé dans un solide déni de réalité - qui est aussi un déni de liberté.

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— Agnès Pannier-Runacher 🇫🇷🇪🇺 (@AgnesRunacher) December 27, 2022

Chèque(s) en bois!

C’est la dernière trouvaille du gouvernement, le « chèque-bois ».  Combien le contribuable paie-t-il pour les dépenses de communication de l’Elysée, de Matignon et des ministères? (Sans compter les subventions aux médias qui sont devenus comme autant de porte-paroles du gouvernement). Visiblement, chez les génies de la com qui nous gouvernent, personne ne s’est souvenu de l’expression « chèque en bois ». Il est vrai que l’on ne fait plus de chèque, aujourd’hui. Mais l’expression est-elle déjà oubliée? Le « chèque bois », n-ième trouvaille de « Koikilencout président », est aussi le n-ième chèque en bois. La France n’a pas eu un seul budget positif, ni même à l’équilibre, depuis 1974,  presque un demi-siècle. Mais on fait des « chèques énergie » après avoir fait des « prêts COVID ». Après avoir lâché 25 milliards pour calmer le mouvement des Gilets Jaunes. Après des centaines de milliers d’emplois publics – au centre ou dans les collectivités – durant les présidences précédentes. 

Trente ans après la chute de l’URSS, qui aurait cru que l’immixtion de l’Etat dans la vie économique d’un pays – prétendument gouverné par des « néolibéraux » – puisse être aussi forte? 

L’endettement apparemment indolore

C’est la grande imposture de notre époque: l’euro devait être une machine à vertu budgétaire, il a permis, au contraire, à l’abri des taux d’intérêt allemand, de Chirac à Macron, un endettement sans précédent de notre pays. Plus de 110% du PIB en cette fin 2022. 

Ce n’est pas un hasard si les déficits français ont commencé, dans les années 1970, avec la fin d’un système monétaire stable (Bretton Woods) et le début de la création sans limites de dollars. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que dirigeants et dirigés, élites et ensemble de la population  se sont voilés la face sur la destruction de la monnaie, depuis un demi-siècle. Nos élites ont maudit les charges, l’augmentation des impôts, les 35 heures, les grèves récurrentes; mais elles ont laissé les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, acheter la paix sociale à coup de crédits, de subventions et de multiplication des postes de fonctionnaires. Pendant la crise du COVID, personne n’aurait imaginé de demander aux fonctionnaires d’accepter une rémunération selon un système de « chômage partiel », en ne touchant que 72% de leur salaire net. Bel exemple du déni de réalité français.

Et de la perte du sens de la liberté. Cela fait longtemps que la France est engagée sur cette « route de la servitude » dont parle Friedrich Hayek. La fiat currency européenne, livrée à tous les arbitraires des banquiers centraux et des gouvernements, a été en France le prétexte à une poussée sans précédent de l’emploi fonctionnaire et des dépenses publiques.  Nous avons aliéné notre souveraineté pour mieux développer un  système de servitude interne. 

La guerre? Envoyons-y gaiement les Ukrainiens!

Ce pays endetté à bientôt 120% de son PIB s’est pourtant lancé dans la guerre en Ukraine. Officiellement nous n’y participons pas – déni de réalité. Mais notre gouvernement y envoie des armes – par exemple des canons Caesar qui servent à bombarder la population civile de Donetsk. Le président de la République continue à prétendre jouer un rôle de médiateur – à l’écoute de la Russie – alors qu’il ne cesse de se joindre au chœur des critiques de Vladimir Poutine. Nos médias et leurs experts de plateaux ne cessent de répéter que l’Ukraine va gagner la guerre et laissent envoyer à la mort de nouvelles vagues de soldats ukrainiens mobilisés avec un degré de terreur et de coercition dont personne ne parle . La stratégie de la Russie ne correspond à aucun standard hollywoodien (guerre rapide, percées décisives, Blitzkrieg etc….); pourtant, au lieu de regarder le réel – gains modestes mais réels de l’armée russe; échec des sanctions antirusses; refus de la plus grande partie du monde de se joindre auxdites sanctions, montée des prix de l’énergie et inflation, accélérées, sinon créées, par la guerre – nous préférons entonner le péan pentagonien de la victoire inéluctable. Il se murmure qu’au rythme de’puisement des munitions dans la guerre en cours, l’armée française ne tiendrait pas plus d’une semaine, avec les stocks à disposition. Mais cela n’empêche pas notre gouvernement d’avoir ouvertement pris parti dans le conflit et l’opposition parlementaire d’être quasi-muette sur le sujet. 

Dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, la constitution est piétinée puisqu’on ne consulte jamais sérieusement le Parlement sur la question de la guerre et de la paix. On prépare les Français à subir des chutes de revenus ou des coupures d’électricité sans avoir jamais vérifié qu’ils étaient d’accord avec la politique menée. 

L’immigration des bisounours

Troisième exemple de déni de réalité qui a la vie dure. Pendant longtemps, la France a été une formidable machine à assimiler les étrangers pour en faire des citoyens. La machine est cassée. La gauche pratique une surenchère à l’ouverture des frontières tout en prétendant que la bonne vieille assimilation républicaine est obsolète. La droite prétend défendre la République mais ne parle jamais sérieusement de relancer la machine à assimiler.  En cette fin d’année, le réel est revenu en pleine force, avec la fusillade qui a visé des Kurdes dans le 10è arrondissement de Paris. Crimes xénophobe puis émeute communautaire. Nos dirigeants, nos élites, devraient voir que le monde des bisounours, celui de l’immigration facile et permanente pour former une société multiculturelle, c’est fini – en fait il n’a jamais existé. Il n’empêche, l’émotion médiatique une fois retombée, le déni de réalité reprendra son cours. Jusqu’au prochain immeuble de logement de l’immigration sauvage qui brûlera; jusqu’au prochain professeur de lycéeassassiné par un islamiste; jusqu’au prochain accostage d’un navire d’ONG en Méditerranée.

Un pays qui n’est plus capable de décider à qui il attribue la citoyenneté. Pire, qui ne réserve pas cette citoyenneté à un petit nombre de nouveaux, cible d’un travail soutenu d’assimilation. Ce pays sape les fondements de sa liberté.   

2022

2022 aurait pu être l’année du retour au réel. La guerre d’Ukraine oblige à revoir toutes les options prises depuis trente ans – l’abandon partiel du nucléaire, la réduction des effectifs et de l’équipement militaire, la fédéralisation croissante de l’Union Européenne, l’alignement aveugle sur l’agenda des élites progressistes américaines (républicaines comme démocrates, Trump ayant représenté une exception). Il y  avait, non moins décisive a priori, l’élection présidentielle française, qui aurait dû être l’occasion de se débarrasser de l’homme qui avait matraqué les Gilets Jaunes, placé la société en dictature sanitaire, lamentablement planté une réforme des retraites, engagé la France dans le soutien à l’OTAN en Ukraine… Ces deux occasions ont été manquées. On a en fait assisté à une intensification du déni de réalité. 

Le remède existe: revenir à des options libérales ou libertariennes. Faire reculer la part de l’Etat dans le PIB. Nous désengager de tout ce qui a transformé l’Union Européenne en machine bureaucratique hypertrophiée et inefficace. Réconcilier nation et liberté. Réhabiliter la nation comme communauté des hommes libres. Rendre à la France son rôle de puissance diplomatique médiatrice au service de la liberté de toutes les nations. Mais peut-on appliquer à nouveau les principes de liberté sans un remplacement des élites en place? Peut-on envisager 2023 et la suite sans montée en puissance de nouvelles forces politiques?  


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