Police Nationale, il y a comme un (très gros) malaise

A quelques mois des présidentielles, la Cour des comptes publie une note diffusée le 18 novembre dans laquelle elle démontre, chiffres et documents à l’appui, que les renforts de policiers n’ont nullement permis ni d’accroître la présence sur le terrain ni d’augmenter le nombre d’affaires élucidées.

La charge de la Cour des comptes se montre particulièrement cinglante à l’évocation des relations entre la Place Beauvau et les syndicats de policiers.

Le pouvoir politique, couplé à des hauts fonctionnaires déconnectés, ont une part prépondérante dans la déliquescence de la police républicaine.

Enfin, permettre aux policiers d’être mieux formés et recentrer leurs missions apparaissent comme des éléments indispensables à mettre en place.

1.Des politiques dépensières pour peu de résultats.

La police nationale est confrontée depuis plusieurs années à des défis de sécurité majeurs et à des attentes fortes des citoyens.

Dans une note datée du 18 novembre, la Cour des comptes estime que l’augmentation des effectifs de la police nationale n’a pas permis de répondre à ses missions.

Pourtant, elle a bénéficié pour y faire face de moyens supplémentaires importants. Néanmoins, les résultats qu’elle affiche, en termes de présence sur le terrain ou d’élucidation des faits de délinquance, ne connaissent pas d’amélioration significative, voire se détériorent.

Après des réductions d’effectifs à partir de 2008, la police nationale a bénéficié de trois plans de renfort, lancés après les attentats de 2015.

Les plans de renfort successifs ont conduit au recrutement de 8 000 policiers supplémentaires en 5 ans.

La masse salariale a progressé de 21 % de 2010 à 2020 et a capté l’essentiel des efforts budgétaires. Les dépenses de personnel atteignent aujourd’hui 10 milliards d’euros, soit 90 % du programme 176 – Police nationale

Le rapport dénonce l’évolution du taux d’engagement des effectifs sur le terrain (actuellement de 37 %) et met en évidence une baisse continue de la présence sur la voie publique et des évolutions sont contrastées entre les différentes missions de police.

Le camouflet ne s’arrête pas là, puisque la police à bénéficier en dix ans d’un renforcement de la sécurité au travers l’adjonction de nouveaux acteurs venus l’aider tel que les polices municipales, les réservistes ou les sociétés de sécurité privée.

Pire encore, grâce à l’automatisation des radars, la police a pu réduire ses effectifs sur les missions de sécurité routière de 35 %.

Ces effectifs ont bien été dispatchés au travers d’autres missions tel que l’ordre public, le contrôle des étrangers, des transports aériens et le missions de police judiciaire, mais sans grands résultats, puisque les taux d’élucidation ont diminué.

Nouvelle doctrine d’emploi annoncée en août 2017, la « police de la sécurité du quotidien » ne s’est pas, pour l’instant, traduite par une plus grande présence policière sur le terrain.

2.La Place Beauvau cède trop souvent aux syndicats.

La police connaît un dialogue social asymétrique qui donne facilement droit aux demandes catégorielles. Ainsi, les mesures des protocoles adoptés pour répondre aux attentes salariales ou conclus dans le contexte du mouvement des « gilets jaunes », ont représenté un coût de 416 M€.

Ces mesures sont majoritairement de nature indemnitaire et les mesures statutaires ne paraissent pas justifiées par des besoins opérationnels avérés. Les primes s’ajoutent les unes aux autres, en particulier lorsqu’elles ont pour objectif de fidéliser les agents, sans vérification suffisante de leur efficacité.

Au final, le ministère de l’intérieur acceptent des demandes qui érodent ses marges de manœuvre budgétaires et le confrontent en permanence à des difficultés d’absorption de son activité.

3.Des politiques managériales désastreuses.

« À ce jour, la DGPN ne dispose pas des outils lui permettant de déterminer précisément le temps de travail moyen d’un policier. » Cette phrase résume, à elle seule, la situation managériale de la Police Nationale.

Les conclusions de la Cour portent prioritairement sur une meilleure gestion des ressources humaines, avec allocation des effectifs qui doit s’ajuster davantage aux besoins des territoires et aux missions, et une nécessaire adaptation de l’organisation du temps de travail aux besoins opérationnels.

C’est de la mise en œuvre de ces solutions, accompagnée d’une amélioration des outils de mesure de l’activité et de la performance de la police nationale, que dépendront les gains d’efficience et l’amélioration effective de la qualité du service qu’attendent les citoyens, comme les policiers.

Soulever des problèmes de ressources humaines de cet ordre pourtant assez simple à régler en 2021, semble ubuesque.

Le désintérêt idéologique des sciences du management et des ressources humaines pratiqué depuis des décennies par des élites politiques bien-pensantes, y est sans doute pour quelques choses.

À tel point que le citoyen est en droit de se demander, si ce ne sont pas au final les politiques exécrables de sécurité, enchainées depuis plus de 40 ans qui ont vidées de la substantielle compétence de la Police nationale. 

4.Manque de formation et sur sollicitation.

Le recrutement massif d’agents des forces de l’ordre répond à un enjeu sécuritaire et politique. Pour autant, ce recrutement pose aussi la problématique de la formation des nouvelles recrues.

Les policiers sont sur sollicités depuis 2015, sur un panel de missions qui dépasse le régalien dévoué à la police.

Il faut savoir qu’auparavant il fallait près de 18 mois pour former un policier, on est passé à 12 mois dans l’urgence, puis désormais un gardien de la paix est censé être opérationnel au bout de 9 mois et demi de formation, alors que les tâches se sont alourdies.

La troisième proposition du rapport semble de bon sens quand le rapport nous apprend que la formation est passé de 12 à 8 mois et que le taux d’admission est passé de 2 % en 2014 à 18 % en 2020 sans que le nombre de candidats au concours de gardiens de la paix est augmenté.

Baisse du temps et du niveau de formation, on comprend mieux aujourd’hui, une partie de l’action controversée, de policiers, opérée sur les Gilets Jaunes, au travers de mauvaise utilisations et abus d’armes létales.

Le malaise des agents de la base, et leur inquiétude quant au sens de leurs missions ne semblent pas partagés par leur hiérarchie.

“Gestion rénovée”, “gains d’efficience “, tous ces mots creux sortis maquillent la réalité, ils ne sont là réellement que pour cacher la misère intellectuelle des politiques et la mauvaise gestion des hauts fonctionnaires.

Les politiques de tous bords qui se sont succédé ces dernières années ont aujourd’hui créé le désastre des résultats et le désordre de la sécurité en France

Ce ne sont pas les mouvements sociaux et la pandémie qui ont déstabilisés la Police mais la volonté des politiques à faire appel aux services régaliens de l’État à des fins hasardeuses d’un point de vue démocratique et en les affaiblissants dans leur mission première, ainsi que dans leur formation.

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12 commentaires
  1. Bon, d’un côté ils sortent peu car trop risqué et en plus pas défendus par la justice. Et quand on les somme de sortir c’est pour taper du manifestant qui défile (en oubliant le black bloc) ou contrôler des passes sanitaires. Bref, dans ces conditions, augmenter les effectifs et augmenter les budgets est-il bien utile?

  2. Si on leur demandait un peu moins de bureaucratie et un peu plus de terrain sur les zones à risque plutôt que sur les autoroutes,
    si, à commencer par leur hiérarchie, on les respectait et les soutenait un peu plus au lien de victimiser ceux qu’ils arrêtent,
    si on les armait pour faire face aux multiples attaques aux quelles ils sont confrontés, sans tenir compte des cris d’orfraie de ceux qui veulent se débarrasser des « keufs »…
    Qu’il y ait un malaise dans la police, on peut le comprendre sans être grand clerc.
    Mais il y a surtout une énorme faute d’abandon en haut lieu.

  3. C’est du réchauffé, ça fait au moins 7 ans qu’on sait que sur ces 8,000, plus de 7,000 sont allés directement dans les bureaux et les syndicacats… (par les bons soins du nain de jardin).

  4. un policier comme un gendarme ne sont que des bandits qui font crever les gens : le nombre de personnes qui ont perdus leur permis et n’ont aucune chance de le retrouver : ces gens sont donc sûrs de crever.
    J’ai un voisin dans ce cas : les gendarmes viennent souvent le voir pour lui faire part de leur totale incompréhension devant la situation : mais lui ne peut plus travailler et cela fait 4 ans que cela dure.
    Ne soyez pas surpris de la haine anti flic et anti gendarmes : quand on a des diplômes de merde qui ne permettent pas de travailler, on a juste envie de faire crever cette république.
    Nous avons été cambriolés 25 fois par les gendarmes (le brigadier chef dixit un gendarme de la brigade) nous avons déposé plainte auprès du procureur qui n’a pas suivi la plainte : après l’enquête, il s’est avéré que les douanes avaient été le brigadier chef à passer les objets à Bruxelles !!!

    1. Bertrand, il serait peut être temps de respecter le code de la route en premier lieu.

      Quand on a un travail qui dépend directement de son permis (sans parler des ruraux/extra-citadins qui sont obligés de se déplacer en véhicule jusque leur lieu de travail ), on la joue intelligent.

      Si vous faites partie de ces criminels de la route qui se permettent de rouler n’importe comment sous prétexte qu’ils sont “livreurs , taxi, chauffeur poids lourds, artisan etc ..”, je suis bien content de ne pas vous croiser sur mon chemin le matin.

      Inutile de se plaindre de gendarmes qui pour la plupart font leur boulot parceque cous roulez a 150 sur la départementale en doublant par la droite, avec un bras d’honneur lèvé.

  5. Politique du ” en meme temps” on lache 416 euros et sur toutes autres demandes catégorielles, la police est indispensable à la repression des opposants et à preservation du pouvoir et en meme les policiers sont livres à toute la vindicite des bien ( rien) pensants! Le temps va venir ou il faudra qu’elle choisisse son camp

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