Guerre d’Ukraine – 7 mars 2022 – Jour 12 – fin de soirée

Guerre d’Ukraine – 7 mars 2022 – Jour 12 – fin de soirée


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Le Courrier des Stratèges publie à midi et à minuit un bilan de l’évolution de la Guerre d’Ukraine. Avec une double perspective, croisée: la guerre sur le terrain; et le conflit stratégique global que les Etats-Unis essaient d’organiser contre la Russie – en prenant le risque très clair d’une escalade entre puissances nucléaires. Nous sommes dans une "crise des missiles de Cuba" au ralenti. L'instinct de survie et l'intelligence l'emporteront-ils sur le potentiel d'auto-destruction de l'humanité?

.13h00: Les Russes organisent des couloirs d’évacuation des civils à partir de Kiev, Kharkov, Soumy et Marioupol. Les routes sont prévues, comme le montre la carte ci-dessus. A Kiev, les civils ont le choix d’aller ver l’Ukraine. A Soumy, Kharkov et Marioupol, les routes mènent en Russie. ,  Normalement, les autorités des villes devraient jouer le jeu mais elles sont mises sous pression par le vice-premier -ministre, Irina Verechuk, les militaires et surtout les miliciens ukrainiens. Par exemple les habitants de Sumy et de Kharkov ont reçu des SMS les dissuadant de quitter la ville. On a aussi le cas à Kharkov où les « banderistes » ont tiré sur des civils  que l’armée accompagnait hors de la ville par le sud-ouest, faisant 30 morts dont 7 enfants.  

Les Russes tiennent à ces couloirs de sortie car ils veulent pouvoir affronter sans toucher de civils  les troupes kiéviennes et surtout leurs milices radicales, idéologisées, (qui ont été financées par l’Occident depuis la Révolution orange de 2004  et ont totalement détruit de l’intérieur la possibilité d’une nation ukrainienne). Les troupes kiéviennes, au contraire, ont intérêt à prendre la population en otage pour pouvoir imputer aux Russes des massacres de civils. 

A Kharkov, à Nikolaïev, à Kiev, en particulier,, les troupes ukrainiennes installent blindés, artillerie, moyens de communication dans les immeubles. Le renseignement russe essaie aussi d’identifier les caches des snipers. 

Notre analyse prend la contrepied de ce que rapportent la plupart des médias occidentaux qui voudraient que les Russes – pour alourdir leur dossier – tirent sur les civils après les avoir encouragés à s’engager dans les couloirs humanitaires. Il est pourtant assez simple de déchiffrer une stratégie russe dont le but est de pouvoir lancer des offensives frontales contre soldats et miliciens ukrainiens pour briser durablement un danger militaire aux portes de la Russie doublé d’un bouillonnement idéologique qu’on appellera, selon sa culture politique, « banderiste » ou « fasciste ». 

On ne saurait trop insister sur la réalité qui se cache derrière les termes utilisés.

La chute d’Izyum, à 120 km au sud-est de Kharkov, un des hauts lieux du « banderisme » (héritage de Stepan Bandera, indépendantiste ukrainien allié aux nazis pendant la guerre) est significative dans la mesure où l’on voit que l’idéologie joue des tours aussi aux Ukrainiens.. Les milices et une partie de l’armée ukrainienne sont restées fixées dans l’Est du pays  pour continuer la conquête, la guerre contre le Donbass et contre la Russie. 

C’est en particulier l’encerclement des troupes ukrainiennes plus au sud qui témoigne de l’erreur stratégique des troupes ukrainiennes. Le mouvement des troupes russes a duré plusieurs jours, les troupes kiéviennes auraient pu sortir de la nasse.  Aujourd’hui elles sont prisonnières du « chaudron ». Les affrontements vont certainement être durs mais l’armée ukrainienne a manqué l’occasion de se disperser et de rendre la lutte bien plus difficile aux Russes. 

14h00: Les Ukrainiens ont cherché à toucher un patrouilleur russe à partir de la côte près d’Odessa.  Mais les images fournies ne sont pas probantes.  La rumeur d’un débarquement à Odessa pour aider les troupes arrivant par le nord court depuis vendredi. 

On comprend mieux la nature du cessez-le feu de ce jour. Il concerne les troupes au sol. En revanche des tirs de missils Kalibr ont eu lieu dans la région d’Odessa et dans celle de Kiev pour continuer à détruire des infrastructures militaires ukrainiennes.

Les Russes ont profité aussi de la journée pour renforcer leurs positions. Un peu partout.

Des unités logistiques sont venues de Biélorussie pour renforcer les positions autour de Kiev. Et notre observateur de ZZ.0Z.Z0ZZ s’extasie sur l’arriéve d’un train blindé à Mélitopol: « Les observateurs Russes avaient prédit, depuis longtemps, que la Russie utiliserait le réseau ferroviaire au nord de la Crimée pour accélérer l’arrivée de la logistique dans la région centrale (rive Est du Dniepr), mais j’avais pris cela de manière peu sérieuse, je ne l’avais pas relayé. Je n’avais même pas pensé aux trains blindés, concept d’un autre temps, mais encore efficace ».

L’ISW donne un certain nombre d’indications utiles dans son rapport quotidien sur la manière dont les batailles de la suite de la semaine se préparent: 

+ Les forces russes se consolident et se préparent à de nouvelles opérations le long de la périphérie occidentale et orientale de Kiev, notamment dans la zone d’Irpin à l’ouest et dans la zone de Brovary à l’est ;
+ Les forces ukrainiennes défient les lignes russes étendues qui s’étendent de Sumy, que les forces russes n’ont pas encore prise, à la périphérie orientale de Kiev ;
+ Les troupes russes tenteront probablement de contourner Nikolaïev et de traverser le Bug du Sud en amont de cette ville pour permettre une avancée sur Odessa qui se combinera avec une opération amphibie imminente contre cette ville ; et
+Les forces russes se dirigent vers le nord de la Crimée pour renforcer l’emprise sur Zaporojie. 

15h00: On voit sur la carte ci-dessus des lieux de manifestations d’Ukrainiens contre la présence russe. En revanche, il manque certainement la mention de manifestations pro-russes.

Voici par exemple dans la vidéo ci-dessus une manifestation hostile au gouvernement de Kiev à Odessa samedi 5 mars – alors qu’il n’y a pas de troupes russes dans la ville. Les amis russophones qui nous l’ont fait parvenir ont identifié les slogans: « Kiev la honte! »; « Odessa courage! » ; « Bandera dehors! »; et « Gloire à Rus! » (sic!)

Des nouvelles de la famille Gribouille (Washington, Bruxelles etc…)

16h00: Les dirigeants de l’Union Euopéenne vivent dans une réalité parallèle. Selon Bloomberg, « la Commission européenne révise sa stratégie énergétique dans le but de réduire l’influence du Kremlin après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Le plan, qui devrait être présenté mardi, proposera dès cette année des mesures telles que l’exploitation de nouvelles sources d’approvisionnement en gaz et l’amélioration de l’efficacité énergétique, a déclaré l’un des responsables, et vise à assurer l’indépendance vis-à-vis du principal fournisseur de combustible fossile de la région bien avant 2030, soit plus tôt que prévu. 

Incompétents et fiers de l’être ! 

17h00: Viktor Orban accepte d’accueillir plus de troupes de l’OTAN sur son territoire mais il refuse de livrer des armes à l’Ukraine. Il a voté le régime de sanctions mais refuse que les sanctions sur l’énergie soient renforcées. Il faut se rappeler que 150 000 Hongrois environ vivent en Ukraine subcarpathique. 

18h00: Conversation entre Sergueï Lavrov et son homologue iranien. L’Iran ne s’associe pas aux sanctions anti-russes. Hier, Erdogan a envisagé dans une conversation avec Poutine de mener le commerce entre les deux pays en roubles. 

19h00: Un camion a foncé en marche arrière pour enfoncer le portail de l’ambassade de Russie à Berlin. 

20h00: Les négociations entre Russes et Ukrainiens s’achèvent sans résultats. La partie ukrainienne s’est certes engagée à faire respecter demain 8 mars les couloirs humanitaires. Mais pourquoi ne l’ont-ils pas fait aujourd’hui? Le gouvernement kiévien maîtrise-t-il encore quelque chose? 

21h00: Les mouvements de troupes, d’avions, de navires de l’OTAN observés ce jour semblent relever plutôt de la gesticulation alors qu’on a décidé de ne pas intervenir. 

22h00: Wall Street s’effondre devant la montée des prix du pétrole. Le vice-premier ministre russe Alexandre Novak a souligné l’absurdité d’une situation où les sanctions ayant détruit dans la confiance, le pétrole russe ne trouve pas d’acheteur, ce qui pourrait faire monter encore les prix au niveau mondial.  

23h00: La Russie dit être en possession de documents confirmant la présence de laboratoires américains  dédiés au développement d’armes biologiques sur le sol ukrainiens. 30 laboratoires auraient été concernés. Selon ces informations, prises au sérieux par M. K. Bhadrakumar: « Les laboratoires de Lvov expérimentaient des agents pathogènes de la peste, de l’anthrax et de la brucellose, tandis que ceux de Kharkov et de Poltava expérimentaient la diphtérie, la salmonellose et la dysenterie ; la quantité excessive d’agents biopathogènes trouvés prouve clairement que les expériences menées dans le cadre des programmes biologiques militaires étaient mises en scène. .Les échantillons ont été éliminés en toute hâte pour empêcher les spécialistes russes d’avoir accès aux collections qui pourraient prouver que l’Ukraine et les États-Unis sont en infraction avec la Convention sur les armes biologiques et à toxines. »

Les références que nous indiquons plus haut montrent que le sujet n’est pas connu seulement à partir de sources russes. Les Américains livrent ainsi aux Russes un puissant argument dans les négociations à venir. Et, décidément, entre Zelensky désireux de renucléariser l’Ukraine et les Américains y développant des armes biologiques, les éléments s’accumulent, qui prouvent qu’on était très loin du discours « mais qui a parlé de faire entrer l’Ukraine dans l’OTAN? »


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