Pendant que Macron calcule son 49-3, Lola meurt dans l’indifférence de la caste

Pendant que Macron calcule son 49-3, Lola meurt dans l’indifférence de la caste


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Depuis quatre jours, la caste politique ne bruisse que de cela, et ne s'intéresse qu'à cela : le 49-3, utilisé pour faire passer le budget 2023 au forceps. Pendant que les élus sont absorbés par leurs calculs byzantins sur des sujets qui n'intéressent qu'eux et leur ego, la France souffre dans leur indifférence. L'assassinat monstrueux de la petite Lola s'est déroulé sans réaction de leur part. Pire : le jour où l'affaire éclatait... Macron a présenté les excuses de la France pour la répression de la manifestation indépendantiste algérienne de 1961 à Paris...

L’actualité et l’histoire offrent parfois des raccourcis saisissants qui mettent soudain en lumière une réalité longtemps occultée, mais essentielle. Et qu’y a-t-il de plus essentiel aujourd’hui, pour comprendre le malaise français, que cette indifférence cruelle, froide, de la caste pour le petit peuple sur le dos duquel elle se nourrit sans vergogne, et même avec mépris ?

S’il fallait chercher une illustration de cette indifférence, la mise en abîme de l’effervescence parlementaire autour du 49-3 d’un côté, du tragique assassinat de Lola dans l’indifférence de la caste de l’autre, sont un exemple parfait de ce qui clive notre pays. D’un côté, un peuple qui souffre en silence, de l’autre, une caste incompétente et braillarde qui ne s’occupe que d’elle-même.

Un 49-3 qui n’intéresse plus personne

Le gouvernement devrait déclarer le 49-3 en fin d’après-midi pour faire adopter le budget, après plusieurs jours de débats que nous avons déjà évoqués. Sur le fond, en dehors de la sphère parlementaire, personne ne s’intéresse à cette affaire.

Il faut dire que, depuis cet été, tout le monde savait que le gouvernement utiliserait le 49-3 pour la loi de finances et pour la loi de financement de la sécurité sociale. Malgré cette certitude absolue, les parlementaires de la NUPES et du RN se sont prêtés de bonne grâce à une mascarade démocratique sans renverser la table.

Les flops de la manifestation de dimanche organisée par Mélenchon et de la grève d’hier montrent que ce jeu de dupes n’intéresse plus personne dans le pays. Mais comme ces faux-monnayeurs de la caste sont déconnectés de la réalité, ils ne comprennent pas que, non seulement, ils n’abusent plus personne en se prêtant à ces comédies, mais qu’ils suscitent une exaspération devant cette comédie qu’ils jouent pour la énième fois avec des airs de vierges effarouchées.

Les vieilles ficelles que la caste utilisent pour abuser le peuple ne fonctionnent plus. Au mieux, elles suscitent son indifférence.

La comédie grotesque des motions de censure

Immédiatement après le 49-3, commencera la comédie grotesque des motions de censure. La NUPES en déposera une, que le RN condamnera en ne la votant pas. Le RN en déposera une, que la NUPES condamnera en ne la votant pas.

Ce théâtre d’ombres n’a évidemment aucun intérêt, et ni la NUPES ni le RN n’ont compris que ce petit jeu les condamne définitivement dans l’esprit de l’opinion. L’électeur lambda sait qu’aucun de ces partis n’a envie, derrière les apparences frondeuses, de faire tomber le gouvernement. L’enjeu du débat qui s’annonce n’est pas de changer sérieusement de politique, mais seulement d’amuser la galerie pour justifier ses émoluments à la fin du mois.

L’assassinat de Lola et son immense émotion

Pendant que la caste bouillonnait dans ses salons feutrés, la mort de la petite Lola, sauvagement assassinée par une Algérienne en situation irrégulière, sous le coup d’une obligation de quitter le territoire, suscitait et suscite encore une immense indignation, une immense émotion. Beaucoup de Français se disent que si cette femme avait été effectivement reconduite à la frontière lorsqu’elle a été interpellée à l’aéroport de Roissy, cette tragédie barbare ne serait pas arrivée.

Pendant que la caste pérore dans les couloirs de l’Assemblée, le laxisme met la vie des petites Françaises en danger.

Le fait que cet assassinat monstrueux ait eu lieu après une carence de l’Etat n’a toutefois ému personne au seins de la caste. Cette fille de gardien d’immeuble a été torturée dans l’indifférence de ceux qui prétendaient la protéger. Mais peut-être son origine sociale (fille de gardien d’immeuble…) contribue-t-elle à cette indifférence.

Il est probable qu’un assassinat dans les beaux quartiers auraient un peu plus ému la conscience de nos dirigeants.

Lola victime du mépris social

Dans l’assassinat de Lola, il y a en réalité deux « affaires ».

La première est cette histoire d’Algérienne en situation irrégulière que notre police n’a pas reconduit à la frontière.

La deuxième est l’expression d’un mépris social larvé pour tous les « quartiers ». Lola est fille de gardien d’un immeuble social du 19è arrondissement. Elle habite cette zone honnie, méprisée, où la caste déteste se déplacer, car elle l’imagine pauvre, mal fréquenté, habité par des sortes de zombies interchangeables.

Le mépris de la caste pour la 19e arrondissement explique largement son indifférence à la souffrance de Lola. Pour nos dirigeants, Lola n’appartient pas à leur monde, et elle habitait un espace de non-droit occupé par l’Autre : le sauvage, le barbare. C’est une sorte d’Afghanistan ou de Sud-Yémen incrusté abusivement dans l’espace français.

Beaucoup d’identitaires ont malheureusement sauté sur l’occasion pour suggérer que tous les Algériens, tous les Musulmans de ces quartiers sont des « bombes » potentielles, indifféremment interchangeables avec la bourreau de Lola. C’est évidemment absurde et infondé. Leur réaction procède de ce mépris social qui consiste à penser que, dans certaines portions de territoire, les habitants ne sont plus des individus, mais des sortes d’échantillons animaliers sans différenciation.

Reste la souffrance d’une pauvre enfant monstrueusement arrachée à la vie. Paix ait son âme ! et condoléances à ses parents.


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