Gel des fonds US contre le VIH: des milliers de malades privés de soins de santé au RDC

Gel des fonds US contre le VIH: des milliers de malades privés de soins de santé au RDC


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En République démocratique du Congo (RDC), l’ONU s’inquiète du sort de milliers de Congolais recevant un traitement contre le VIH alors que plane la menace d’une interruption du financement de l’aide américaine. Une rupture de financement pourrait avoir des conséquences dramatiques sur la survie des patients et sur la lutte contre l’épidémie, qui continue de progresser dans le pays.

«J’ai passé le week-end à faire passer l’USAID dans la déchiqueteuse», s’est vanté Elon Musk sur X. Cette annonce faite le 3 février 2025 par Elon Musk, désormais en charge de l’efficacité gouvernementale au sein de l’administration Trump, s’inscrit dans une volonté de réorganisation drastique des priorités extérieures des États-Unis. Avec le gel des financements extérieurs, Susan Kasedde, la directrice de l’ONUSIDA, le programme des Nations Unies pour la lutte contre le VIH/SIDA, a cependant averti que la « rupture de financement aura un impact direct sur la survie des personnes vivant avec le VIH » en République démocratique du Congo (RDC).

Des milliers de vies menacés

La RDC compte aujourd’hui environ 520.000 personnes vivant avec le VIH, dont 300.000 femmes et 50.000 enfants. Malgré les efforts internationaux, l’épidémie continue de croître, avec un nombre de nouvelles infections presque deux fois plus élevé que celui des décès liés à la maladie.

En 2023, environ 21.000 nouvelles infections ont été recensées, dont 7.000 parmi les enfants, pour 11.000 décès dus au sida. Le pays figure parmi ceux où les mesures de prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant sont les plus faibles, ce qui explique le nombre élevé d’enfants infectés.

Selon Susan Kasedde, directrice en RDC de l’ONUSIDA, la majorité des adultes vivant avec le VIH sont des femmes, une situation liée à leur condition sociale et économique dans le pays. Les taux élevés de violences sexuelles augmentent leur exposition au VIH et à d’autres maladies sexuellement transmissibles. Cependant, ces violences ne sont qu’un aspect d’un problème plus large. « La vulnérabilité financière et la dépendance envers les autres pour la protection et l’approvisionnement jouent un rôle clé. Le VIH est une fenêtre à travers laquelle nous voyons l’impact de ces inégalités », explique-t-elle.

La moitié des traitements financée par les États-Unis

La réponse au VIH en RDC dépend largement de l’aide internationale, avec 80 % des fonds provenant de deux bailleurs principaux : le programme américain PEPFAR (President’s Emergency Program for AIDS Relief) et le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Pour l’année fiscale 2025, le PEPFAR prévoyait une contribution de 105 millions de dollars pour traiter 209.000 personnes, soit la moitié des patients sous traitement en RDC. Actuellement, 440.000 personnes vivant avec le VIH reçoivent un traitement grâce à ces fonds.

Cependant, le gel des financements américains annoncé en janvier 2025 menace cette aide vitale.

« Nous ne savons pas quelles activités seront maintenues. Une rupture de financement aurait un impact direct sur la survie des patients »

, alerte Susan Kasedde. Elle rappelle que les composantes de la réponse au VIH, comme la chaîne d’approvisionnement en médicaments et le soutien psychosocial, sont interdépendantes et essentielles.

Pour mettre en évidence l’impact négatif de la rupture de financement, la directrice de l’ONUSIDA a raconté la suspension obligatoire des traitements des porteurs du VIH à Goma, une région de l’est de la RDC contrôlée désormais par le groupe armé M23. Selon Susan Kasedde, 40 % des patients n’avaient plus de médicaments et 8 % étaient décédés.

Une interruption des financements américains aurait des conséquences catastrophiques, annulant des décennies de progrès et condamnant des milliers de personnes à une mort évitable. L’ONU et ses partenaires appellent à une mobilisation urgente pour éviter une crise humanitaire majeure. Comme le souligne Susan Kasedde, :

« le VIH n’est pas seulement une question de santé, c’est une question de survie et de dignité humaine ».

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