Fermeture d’ambassades: Trump réduit la diplomatie en Afrique

Fermeture d’ambassades: Trump réduit la diplomatie en Afrique


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Cent jours après son retour à la Maison Blanche, Donald Trump poursuit sa politique de rigueur budgétaire. Parmi les mesures envisagées : la fermeture d’une trentaine de représentations diplomatiques dans le monde, dont une majorité en Afrique. Une décision qui illustre le désengagement progressif des États-Unis sur le continent, au profit d’autres puissances comme la Chine.

Donald Trump et le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio

Trump relance une diplomatie de repli : une trentaine de représentations menacées, principalement sur le continent africain Donald Trump continue à mettre en œuvre son  projet de réduire les dépenses publiques américaines. Il prévoit de fermer plusieurs ambassades et consulats dans le monde, dont la plupart se trouvent en Afrique.

Une trentaine d’ambassades et consulats dans le monde fermés

Cent jours après son retour à la Maison Blanche, Donald Trump amorce un virage budgétaire radical. Par le biais du DOGE (Département de l’efficacité énergétique) d’Elon Musk, l’administration Trump a sabré les budgets de nombreux ministères et agences fédérales.

Un projet de décret présidentiel que le New York Times a pu consulter a révélé que le locataire de la Maison Blanche compte mettre en place une « réorganisation structurelle complète » de la diplomatie américaine. L’administration Trump entend mettre fin à ce qu’elle qualifie de « gabegie, fraude et abus » au sein du département d’État. Le projet de décret présidentiel prévoit une « réorganisation structurelle complète » d’ici octobre 2025. Les Etats-Unis vont fermer une trentaine d’ambassades et de consulats dans le monde, notamment en Afrique.

Le chef de la diplomatie, Marco Rubio, a d’abord déclaré sur X que ce projet de suppression de postes au sein de son département  était « une fausse information » avant de défendre ces coupes budgétaires.Quelques jours plus tard, il a déclaré que « tout prend trop de temps, coûte trop d’argent, implique trop d’individus et finit trop souvent par échouer pour le peuple américain ».

L’Afrique reléguée, les ambassades sacrifiées

Alex Vines du groupe de réflexion Chatham House estime que l’administration Trump se désintéresse du continent africain. L’Afrique semble particulièrement touchée par cette politique de restriction : seuls trois ambassadeurs ont été nommés (Afrique du Sud, Maroc, Tunisie); des postes-clés restent vacants (Nigeria, Kenya, Égypte, Éthiopie); plusieurs ambassades pourraient fermer (Lesotho, Érythrée, Centrafrique, Congo, Gambie, Soudan du Sud).

Steven Gruzd, de l’Institut sud-africain pour les affaires internationales, rappelle que :

« Trump a ignoré l’Afrique pendant son premier mandat, ne lui rendant même pas visite ».

L’Afrique du Sud est au cœur de ces tensions. Washington accuse Pretoria de discrimination envers la minorité blanche, et l’expulsion de l’ambassadeur sud-africain par Trump n’a fait qu’envenimer les relations. La nomination controversée de Leo Brent Bozell III comme nouvel ambassadeur, en attente de confirmation par le Sénat, symbolise cette crispation.

De plus, la suspension de l’aide financière américaine à l’Afrique du Sud affecte directement des programmes vitaux, notamment dans la lutte contre le sida.

Dans des États stratégiques comme le Nigeria, l’Égypte ou l’Éthiopie, les postes d’ambassadeurs restent vacants ou occupés par des intérimaires, signe du désintérêt de l’administration Trump pour une présence diplomatique soutenue.

Un effondrement du soft power américain

Le projet de décret va plus loin encore, en attaquant de plein fouet les piliers du soft power américain, ces instruments d’influence non coercitifs qui ont longtemps nourri l’image des États-Unis dans le monde.

Des programmes emblématiques comme Fulbright, qui permettait à des milliers d’étudiants et enseignants étrangers d’étudier aux États-Unis, seraient réduits ou supprimés. Voice of America, média de propagande douce destiné aux régimes autoritaires, est déjà en voie de démantèlement.

Pour Tom Yazdgerdi, président de l’American Foreign Service Association, ces décisions constituent une « blessure auto-infligée » :

« Vous cédez le terrain à des puissances comme la Russie ou la Chine, qui n’hésiteront pas à combler le vide laissé par les États-Unis ».

Pour  Alex Vines de Chatham House, « moins d’Amérique, c’est plus d’espace pour d’autres ambitions étrangères ». L’Inde, l’Union européenne et les États du Golfe pourraient aussi en profiter pour tisser de nouveaux partenariats.

À vouloir réduire les coûts et centraliser les décisions à Washington, la Maison Blanche tourne le dos à des décennies de coopération, d’échanges et de construction de confiance avec le monde.

Dans un contexte géopolitique tendu, renoncer au soft power, c’est laisser le champ libre à des puissances concurrentes aux ambitions globales.


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