Elections en Roumanie: la stratégie cachée des USA et de l’OTAN pour contrôler l’Europe de l’Est

Elections en Roumanie: la stratégie cachée des USA et de l’OTAN pour contrôler l’Europe de l’Est


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En Roumanie, une crise politique majeure oppose deux camps. D’un côté, les « populistes », eurosceptiques, prônent une neutralité vis-à-vis de la Russie et critiquent l’alignement sur l’Union européenne (UE) et l’OTAN. De l’autre, les « eurolâtres », favorables à une intégration dans les structures européennes et atlantiques, soutiennent une solidarité avec la Commission européenne et l’OTAN, notamment dans le contexte de la guerre en Ukraine. Le jeudi 22 mai, la Cour constitutionnelle roumaine a finalement validé la victoire du candidat pro-OTAN Nicusor Dan contre le candidat sceptique de l’OTAN George Simion à l’élection présidentielle. Des enquêtes, notamment du journaliste Lee Fang, pointent le rôle d’ONG financées par les États-Unis, à l’origine de ce résultat du scrutin. Selon les informations récoltées, il s’agit d’une stratégie appliquée par les Etats-Unis et l’OTAN pour empêcher tout pays d’Europe de s’approcher trop de la Russie. Cette élection s’inscrit dans une dynamique plus large de confrontation entre l’OTAN et la Russie, qualifiée de « nouvelle guerre froide ».

Le premier tour des élections présidentielles a vu Calin Georgescu, un candidat eurosceptique opposé au financement de la guerre en Ukraine et à l’adhésion à l’UE et à l’OTAN, remporter la majorité des suffrages. Cependant, la Cour constitutionnelle roumaine a annulé ces résultats, invoquant un rapport de renseignement déclassifié alléguant une ingérence russe via une campagne TikTok. À ce jour, aucune preuve tangible n’a été fournie.Ce rapport a été discrédité par le journal d’investigation roumain Snoop, qui a révélé que la campagne était en réalité financée par le Parti libéral national, rival de Georgescu. Cette disqualification a permis la victoire de Nicusor Dan, un centriste pro-OTAN, suscitant des accusations de « détournement de la démocratie » de la part d’opposants, y compris Elena Lasconi, candidate rivale.

La stratégie cachée des USA  et de l’OTAN pour contrôler l’Europe de l’Est

L’ingérence américaine dans les affaires intérieures des pays européens qui entretiennent une relation amicale avec la Russie ne date pas d’hier. Les Etats-Unis n’hésitent pas à déployer la manière forte pour arriver à ses fins. Par le biais du National Endowment for Democracy (NED), une sous-branche de la CIA, le gouvernement américain a soutenu les coups d’Etat contre les gouvernements trop proches de la Russie.

Allen Weinstein, un haut fonctionnaire de cette organisation a révélé à Washington Post en 1991 que la NED ne fait que continuer le travail réalisé secrètement par la CIA depuis 25 ans. En 2013, Carl Gershman, le président de l’organisation de l’époque, a révélé dans un article publié dans le Washington Post que les Etats-Unis doivent soutenir des coups d’Etats dans les pays européens trop amicaux avec la Russie en espérance que cette tactique conduirait au renversement du gouvernement russe.

Gershman a aussi écrit dans cet article que « Les Etats-Unis doivent s’engager avec les gouvernements et avec la société civile en Ukraine, en Géorgie et en Moldavie » pour  que le processus de réforme débute. « L’Ukraine est le plus grand prix », car « le choix de l’Ukraine d’adhérer à l’Europe accélérera la disparition de l’idéologie de l’impérialisme russe que représente Poutine », a-t-il ajouté.

Le gouvernement américain était donc derrière les manifestations contre le président élu démocratiquement en Ukraine, Viktor Ianoukovitch. La NED et son organisation sœur USAID ont payé des organisations civiles ukrainiennes pour mettre en place la protestation. Un groupe paramilitaire d’extrême droite nommé « bon secteur » a alors tiré sur les manifestants, tuant 48 personnes et blessant 172 individus. Il a accusé Ianoukovitch d’avoir orchestré ce massacre. Ce dernier a fini par fuir le pays.

Ce coup d’Etat a signé le début des tensions entre l’Ukraine et la Russie. Les Etats-Unis ont fait en sorte de nourrir les hostilités entre les deux pays. Le gouvernement américain a aussi tenté de renverser le président de Belarus, Alexandre Loukachenko. Selon le journaliste d’investigation Alan Macleof:

« la NED dépense des millions de dollars par an au Belarus et a 40 projets actifs à l’intérieur de l’Etat ».

L’objectif est « de renverser Alexandre Loukachenko et de le remplacer par un président plus favorable aux Etats-Unis ».

Cette ingérence politique des Etats-Unis et de l’OTAN dans les pays encerclant la Russie ont débuté depuis des années. Ils ont par exemple orchestré l’intervention militaire en Yougoslavie qui a causé le décès de dizaines de milliers de personnes. Ces crimes de guerre ont été masqués et ont été considérées comme « une intervention humanitaire ».

L’objectif est d’assurer l’expansion de l’OTAN dans les pays de l’est. L’élection roumaine s’inscrit dans une dynamique plus large de confrontation entre l’OTAN et la Russie, qualifiée de « nouvelle guerre froide ». Dès 1997, le diplomate George F. Kennan avait averti que l’expansion de l’OTAN vers l’Est attiserait les tensions avec la Russie, prédisant un retour à un climat de guerre froide. Les événements en Roumanie, où un candidat eurosceptique a été écarté par des moyens judiciaires et des campagnes de désinformation, semblent confirmer ces craintes. La victoire de Nicusor Dan, perçue comme un soulagement par les capitales européennes, renforce le rôle de la Roumanie comme rempart oriental de l’OTAN face à la Russie.

L’ingérence américaine en Roumanie

L’ingérence politique des Etats-Unis et de l’OTAN en Europe a toutefois continué. Elle a conduit aux coups d’Etat en Roumanie. Le gouvernement américain a en effet essayé de faire élire le candidat le pro-OTAN. Par le biais des programmes d’aide extérieure de l’USAID, le NED et le Département d’Etat, les Etats-Unis ont soutenu la disqualification du candidat favori de l’élection Calin Georgescu selon le journaliste d’investigation Lee Fang. Il s’était opposé à la guerre en Ukraine.

Les Etats-Unis ont ensuite financé la campagne de propagande qui a permis au candidat pro-Otan, Nicusor Dan, de « bien positionner pour gagner ». Sa victoire à l’élection présidentielle « calmera probablement les craintes dans le courant politique de l’Europe que la Roumanie, qui borde l’Ukraine et joue un rôle vital dans la défense du flanc oriental de l’OTAN contre la Russie, pourrait se joindre à la Hongrie et à la Slovaquie pour s’opposer à l’aide de l’Ukraine et pour se mettre en paix avec Moscou », a écrit le New York Times.

En tout cas, aider Nicusor Dan à remporter la victoire lors de l’élection en Roumanie est une autre tactique des Etats-Unis et de l’OTAN pour mettre en œuvre leur programme d’utiliser les Etats environnants pour « affaiblir la Russie ».

Cette élection, loin d’être un simple scrutin national, s’inscrit dans une lutte pour l’influence en Europe, où la Roumanie, à la frontière de l’Ukraine. Ce scrutin devient un théâtre stratégique de la rivalité entre l’OTAN et la Russie. La journaliste roumaine Josefina Pascal accuse même Emmanuel Macron d’acte de déstabilisation de la Roumanie dans cette présidentielle. Pour autant, la Roumanie n’est qu’un maillon de cette stratégie. Tant que cette politique se poursuivra, les tensions entre l’OTAN et la Russie ne feront que croître, avec un risque accru de conflit direct


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