De l’Élysée à Mistral AI : Cédric O a-t-il influencé la réglementation européenne de l’IA?

De l’Élysée à Mistral AI : Cédric O a-t-il influencé la réglementation européenne de l’IA?


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Une enquête  Cash Investigation lève le voile sur les liaisons dangereuses entre politique et business. Focus sur l’ancien secrétaire d’État au Numérique et figure clé de la start-up nation, Cédric O, qui est aujourd’hui lobbyiste pour Mistral AI, un fleuron français de l’intelligence artificielle générative.À Bruxelles, il aurait pesé pour assouplir l’IA Act, la réglementation européenne sur l’IA. Une reconversion qui interroge.

Cédric O (au centre) pendant la campagne d’Emmanuel Macron, à Paris le 25 février 2017. THOMAS SAMSON / AFP

Ancien secrétaire d’État au Numérique et figure clé de la start-up nation, Cédric O est aujourd’hui lobbyiste pour Mistral AI, un fleuron français de l’intelligence artificielle générative. Son implication dans la modification de la régulation européenne de l’IA interroge sur les limites éthiques entre politique et business.

De l’Élysée à Mistral AI : une ascension fulgurante qui interroge

Cédric O, proche collaborateur d’Emmanuel Macron dès 2017, a marqué son passage au gouvernement comme secrétaire d’État au Numérique (2019-2022). Artisan de la « start-up nation », il a porté un plan ambitieux pour faire de la France un leader européen de l’intelligence artificielle, avec un investissement public de 3 milliards d’euros. En 2022, il quitte le gouvernement et cofonde Mistral AI, une start-up développant un « ChatGPT à la française ». En un an, l’entreprise atteint une valorisation de 6 milliards d’euros, devenant un acteur clé du secteur.

Durant les négociations de l’IA Act, la première loi européenne encadrant l’intelligence artificielle, Cédric O s’est illustré comme lobbyiste enregistré auprès de l’Union européenne pour défendre les intérêts de Mistral AI.

Selon l’enquête menée par « Cash Investigation », il a multiplié les rendez-vous avec des députés européens et des représentants de la Commission, notamment avec Brando Benifei, rapporteur de la loi. Ce dernier témoigne :

« Il m’a dit qu’il ne fallait pas que nous ayons des règles trop strictes. Il était très insistant, mais il ne m’a pas convaincu. »

Un problème majeur se pose : Cédric O avait participé aux discussions sur cette même loi lorsqu’il était encore membre du gouvernement français, avant de basculer dans le privé pour en devenir l’un des principaux opposants.

Malgré ces polémiques, la HATVP, chargée de superviser la transparence des activités des anciens ministres et hauts fonctionnaires, ne relève pas de manquement dans le cas de Cédric O.

L’autorité précise que son avis « n’interdit pas les actions de représentation d’intérêts au niveau européen ». La légalité de son lobbying est donc confirmée, même si la légitimité éthique est contestée dans le débat public.

En somme, le mélange des genres entre politique et business n’est pas un dérapage accidentel mais bien un système.


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