6 avril 2020

Le courrier des stratèges

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Weizmann : Education nationale : ce n’est plus le mammouth, c’est le Titanic !

Il est de bon ton de déplorer la baisse du niveau scolaire dans notre (très) chère Education Nationale. Pourtant, entre gens bien élevés, une fois évacuées les questions rituelles sur la perte de l’orthographe et le bon vieux temps du certificat d’études, on relativise.

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De nos jours, l’important, ce sont les meilleurs, la tête de classe, représentant quelques pourcents de la population et dont on attend la prochaine révolution technologique ou au moins quelques points de croissance. Le reste occupera des petits boulots ou touchera le revenu universel. Ce modèle, provocateur quand Brzezinski le théorisait en 1995 au State of the World Forum devant les dirigeants politiques et économiques du moment, est devenu un lieu commun de la classe moyenne supérieure.

Les filières d’élite menacées par la baisse générale du niveau

Penser que l’on peut préserver un enseignement d’élite de qualité pendant que les structures qui assurent l’instruction élémentaire sont en train de sombrer est une imbécilité qui nous coûtera cher. Nous sommes sur le Titanic, si l’entrepont est submergé, les messieurs distingués de la première classe doivent s’attendre à avoir les pieds mouillés.

Pour fixer les idées, voici quelques anecdotes récentes. Un professeur de physique dans une classe préparatoire scientifique (Maths spé) de province m’a raconté récemment avoir soumis ses étudiants à un petit test évaluant leur maîtrise des notions scientifiques de base au sortir des vacances d’été. L’une des questions portait sur le voltage du réseau électrique domestique. Quelle n’a pas été sa surprise que de constater que seuls 50 % de ces futurs ingénieurs étaient capables de répondre quelque chose autour de 220 ou 230 volts. Le reste de l’effectif se perdait dans des réponses délirantes allant de 0.5 volts à 10 millions… Je ne sais qui devra employer pareils énergumènes (car la plupart d’entre-eux auront un emploi…), mais il aura intérêt à les avertir de ne pas mettre les doigts dans la prise…

L’hypocrisie règne autour des filières sélectives

Jusqu’ici, les classes préparatoires ont été un havre de qualité dans un système éducatif en pleine capilotade. Tout le monde participait de cette hypocrisie : on condamne l’élitisme des filières sélectives, mais on cherche quand même à y mettre ses enfants. Aujourd’hui, les professeurs de classes préparatoires, même surprotégés, commencent à s’inquiéter : on recrute des promotions entières de mentions Très Bien pour découvrir que la moitié est irrécupérable pour faire quoi que ce soit de sérieux. Il faut dire que le vivier dans lequel on les recrute n’a rien de reluisant : sur tous les bacheliers scientifiques de cette année, peut-être la moitié sait additionner deux fractions sans se tromper, si j’en crois les quelques enseignants du secondaire qui me font des confidences…

Toujours est-il que la pratique systématique du surnotage, outre la souffrance morale qu’elle engendre chez ceux qui découvrent un peu trop tard leurs lacunes, interdit en fait toute sélection crédible. On se demande à partir de quelle note il faut recruter pour être à peu près sûr d’avoir affaire à quelqu’un de fiable. L’Education Nationale française, en pratiquant systématiquement l’inflation des notes, cherche peut-être à rendre un hommage posthume à Robert Mugabe. Le résultat sera d’ailleurs le même : la perte totale de confiance dans le diplôme, comme il y a fuite devant une monnaie qui ne vaut plus rien. En témoigne la place des universités françaises dans les classements internationaux.

Le système scolaire souffre du monopole public de l’Education Nationale

Depuis déjà plusieurs décennies, chaque année connaît un succès de librairie sur le désastre éducatif. Et pourtant, la tendance ne s’inverse pas. L’économie de la connaissance ne prospère pas dans une société de l’ignorance. Aujourd’hui, l’Education Nationale est un monstre irréformable dont le monopole devient chaque jour plus insupportable à ceux qui s’intéressent à ce qu’apprennent leurs enfants.
A trop avoir ignoré les voies d’eau dans la coque, c’est le pont supérieur : le système des grandes écoles qui va finir par sombrer. Les pédagogistes vous disent que le niveau monte ? Je suis prêt. J’ai ma bouée et mes brassards !