29 octobre 2020

Le courrier des stratèges

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COVID2019 : le gouvernement cause, les Français subissent

Le COVID2019, ou coronavirus, s'est installé aux heures de grande écoute et dans la communication quotidienne du gouvernement. Exit les élections municipales ! la gestion de la crise sanitaire est devenue un spectacle quotidien qui efface tout, écrase tout, minore tout. Mais un hiatus immense apparaît entre l'omniprésence de la communication politique, et l'inefficacité de plus en plus flagrante des services de l'État dans ce dossier.

Le gouvernement tenait une nouvelle réunion de crise sur le sujet du COVID2019, aujourd’hui, à la sortie de laquelle le ministre de la Santé Olivier Véran a fait de nouvelles annonces (notamment l’interdiction des rassemblements de plus de 1.000 personnes…). On n’avait pas entendu de discours gouvernementaux aussi martiaux, aussi énergiques, depuis longtemps. 

Le COVID2019 stimule la logorrhée gouvernementale

Depuis que le COVID2019 est sorti de Chine pour s’intéresser aux étrangers, sans oublier les Français (ils sont loin les discours de début février sur « ne vous inquiétez pas, il ne viendra pas jusqu’à nous »), on n’a jamais autant vu de politiques parler de vie quotidienne à la télévision. 

Le ministère de la Santé a même lancé un point presse quotidien, pour constater l’avancée des dégâts et nous expliquer de façon pathétique que la situation est sous contrôle. Ces déclarations en deviennent si grotesques que plus personne ne les écoute. 

Ils ne gouvernent pas, ils n’agissent pas, mais ils causent

Il suffisait de farfouiller un peu dans la presse ce week-end pour mesurer toute l’inefficacité des services de l’État dans la crise qui s’annonce. Par exemple, une généraliste de la banlieue parisienne a osé dire tout haut ce que tout le monde maugrée dans sa barbe : 

les autorités veulent faire croire que nous sommes prêts, mais ce n’est pas le cas du tout. Les généralistes sont démunis. Nous n’avons par exemple pas de moyens de protection alors que nous en réclamons depuis plus de 10 jours.

Dans l’Oise, zone durement touchée par l’épidémie, les généralistes tiennent le même discours : personne ne leur parle et personne ne juge utile de les associer à la lutte contre l’épidémie, alors même que les malades présentant les symptômes du virus sont incités à ne pas se présenter dans les hôpitaux. 

« C’est totalement absurde. Chaque généraliste dans le secteur a été confronté au virus c’est évident. En attendant, on voit toujours plein de patient.(…) Je crois que nous les médecins généralistes de campagne sommes un peu oubliés »

On pourrait enchaîner ici les éléments montrant que, au-delà des mots et des discours d’auto-congratulation du gouvernement, rien ne se passe, et le pays est livré à lui-même. Et, globalement, les Français ne s’en portent pas plus mal. Simplement, ils ne prennent plus guère le temps d’écouter ceux qui sont supposés prendre des mesures… et qui n’en prennent pas. 

Un dangereux krach économique en vue

En réalité, pendant que les ministres pérorent et que les Français rasent les murs, le pire n’est pas évoqué, mais il est clairement à venir. Un méchant krach s’annonce à l’horizon, l’un de ces krachs économiques comme celui de 2008 qui serait la véritable épidémie à craindre pour les mois à venir. 

Là encore, un peu de recul et de réflexion de la part des pouvoirs publics serait bienvenu pour limiter les dégâts. Mais la paralysie de l’économie chinoise met déjà de nombreuses entreprises françaises en difficulté. On retiendra l’exemple de cette entreprise normande qui fabrique du lin et qui tourne au ralenti depuis le début de l’épidémie. 

Les mesures de confinement prises un peu partout dans le monde, en Italie, peut-être en France bientôt, seront pires que la peste. C’est le prix à payer pour une économie mondialisée, ouverte sur l’extérieur : le moindre grain de sel dans les relations internationales a le même impact qu’une étincelle dans une usine de TNT.

Le confinement va très vite constituer un problème majeur

Dans la dégradation économique générale qui a commencé, le confinement devrait être un puissant accélérateur de liquidations. En effet, de nombreuses entreprises vont devoir gérer un absentéisme record et une désorganisation totale de la production. Face à ce péril dont le gouvernement n’a pas bien pris la mesure, des effets domino sont à craindre et devraient mettre de nombreux acteurs en difficulté majeure. 

Rapidement, les acteurs économiques devraient se retrouver autour d’un plan de continuité limitant le confinement et généralisant le télétravail partout où cela est possible. Ces mesures ne suffiront pas à maintenir la tête de tout le monde hors de l’eau, mais elles éviteront la catastrophe générale. 

Faut-il vraiment avoir peur du coronavirus ?

Tout ceci pose au fond une question qui est peu traitée par nos gouvernants, et qui est peut-être la seule à devoir être abordée : faut-il ou non avoir peur d’un virus qui tue marginalement, et qui tue essentiellement des personnes qui pourraient être confinées sans trop de dommages (à savoir les personnes âgées) ?

Tôt ou tard, la France va, comme beaucoup de pays industrialisés, découvrir qu’elle n’est pas au-dessus des éléments et que son développement est fragile. On croyait, ou on nous avait fait croire, que nous étions, avec toutes nos constructions administratives, notre sécurité sociale, nos hôpitaux publics, notre caste de fonctionnaires hospitaliers, à l’abri des maladies. Et paf! on découvre que la vie est un peu plus compliquée que cela, qu’il suffit désormais de prendre le métro pour attraper un virus qui pourrait nous tuer. 

Dans cette découverte un peu traumatisante, le pire n’est pas arrivé : le virus tue peu. 

Profitons de cette aubaine : corrigeons l’erreur qui nous affaiblit depuis si longtemps (de croire que nous avons définitivement vaincu la nature, qui est en réalité toujours plus puissante que nous), et profitons de ces belles journées qui nous attendent, coronavirus ou pas. 

Car nous n’en mourrons pas tous. 

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