🎖Coronavirus : derrière le télétravail, l’angoisse des assureurs face aux comptes de résultat

L'épidémie de coronavirus et le confinement général mettront-ils les assureurs en position délicate, voire difficile, voire périlleuse ? Nous avons mené l'enquête durant cette première semaine de confinement auprès des acteurs du marché. Voici les résultats...

Il est évidemment encore un peu tôt pour savoir jusqu’où l’épidémie de coronavirus atteindra le marché. Mais on peut aujourd’hui pressentir un effet de ciseau qui sera compliqué à gérer. 

Coronavirus et télétravail

D’une manière générale, la numérisation des procédures a permis à tous les assureurs de basculer sans difficulté dans un télétravail généralisé. Cette procédure concerne la totalité des services, y compris les plate-formes de gestion qui continuent à fonctionner grâce à la mise en place, ces dernières années, d’espaces numériques de relation avec les assurés. 

De façon surprenante, les plus petits acteurs semblent parfois éprouver plus de peine à réaliser ce basculement. Si un courtier gestionnaire comme GEREP explique continuer le travail comme avant, ailleurs, les collaborateurs semblent moins informés sur la façon dont leur structure a réagi à la crise, et les difficultés managériales percent. Certains directeurs généraux n’ont pas pris le temps d’expliquer à chacun comme l’entité poursuivait son activité, et le cloisonnement ne facilite pas une vision claire des opérations. 

Des présences ponctuelles et marginales

Dans tous les cas, en termes de fonctionnement, le confinement a un impact limité. Certains avaient conservé bien au chaud leur plan de continuité hérité de l’épidémie de SRAS et l’ont simplement mis en oeuvre. Ponctuellement, là où tout n’est pas numérisé, des équipes réduites viennent travailler pour gérer les procédures papier. 

C’est par exemple le cas chez Malakoff où les opérations en retraite complémentaire et en prévoyance font l’objet d’une présence réduite et parfaitement opérationnelle. Là encore, les assurés n’ont facialement rien à craindre. Les retraites seront payées et les prestations aussi. 

Quand il le faut, les petites structures s’organisent pour mettre la main à la pâte. Rares sont ceux qui n’assureront pas la gestion du courrier pendant la crise, même si beaucoup préviennent que celui-ci sera traité avec un retard exceptionnel. Parfois, ce sont les dirigeants eux-mêmes qui ont prévu de réceptionner le courrier et de le scanner pour permettre le traitement à distance. 

Des angoisses grandissantes sur la trésorerie

Ce qui pose problème ne tient pas à l’organisation du travail, mais aux craintes sur la trésorerie. Partout, l’inquiétude monte face à la cessation matérielle d’activité chez les clients assurés. Pourront-ils payer leurs appels de prime ? Feront-ils face à la crise cataclysmique qui s’annonce ? 

Visiblement, certains assureurs commencent déjà se faire tirer l’oreille pour décaisser les sommes dues dans les temps. On nous cite le cas d’un grand assureur de la place qui ne semblait pas presser de verser les trois mois de salaire de remplacement à un indépendant, alors même que le sinistre était survenu bien avant la crise du coronavirus. 

Plus globalement, les réseaux sentent la pression forte des entreprises qui exigent la mise en oeuvre de la garantie de perte d’exploitation. Par les temps qui courent, expliquer à un chef d’entreprise que son contrat exclut les pandémies n’est pas chose facile. À tel point que plusieurs fédérations, emmenées par la CPME, font un siège probablement victorieux auprès du gouvernement pour obtenir gain de cause. 

Dans l’hypothèse où cette garantie serait déclenchée de force, beaucoup redoutent le coût global de la mesure, qui risque de vilainement plomber les comptes… 

En toile de fond, l’angoisse sur l’assurance-vie

Dans cet ensemble peu encourageant, l’effondrement des marchés financiers suscite de nombreuses angoisses. La perspective de demandes de rachat de contrat en assurance-vie glace le sang des assureurs, à un moment où les spreads regagnent du terrain et où la remontée des taux pointe le bout de son nez. Alors que les banques ont obtenu un allègement de leurs exigences en matière de liquidité et de fonds propres, les assureurs sentent bien qu’après un automne difficile, le pays entre dans la saison de tous les dangers. 

D’une manière générale, les semaines qui arrivent font peser une menace sérieuse sur ces exigences en matière de fonds propres. Beaucoup d’acteurs entrent, et le savent très bien, dans une zone totalement inconnue. Sur ce point, la communication très large menée par la CNP sur sa solidité financière n’a pas manqué à la fois d’inquiéter et d’interroger l’ensemble du petit monde de l’assurance. 

Et les managers retiennent leur souffle

Dans notre tour de table, nous avons donc perçu l’inquiétude des salariés, et l’inquiétude encore plus grande du management, confronté à la difficile équation du respect des règles en matière de solvabilité. Beaucoup sont désormais suspendus à quelques moments-clés. Fin mars, les assureurs feront les comptes des défauts de paiement chez leurs clients. Officiellement, ces défauts n’entraîneront pas de résiliation immédiate. Mais l’ampleur du phénomène est encore inconnue et certains craignent le pire. 

D’un autre côté, le bras de fer avec la CPME sur la perte d’exploitation pourrait constituer une dangereuse prise à revers. Dans l’hypothèse où la sinistralité devait grimper rapidement, nul ne sait où aboutira cette trajectoire inattendue. Mais c’est un peu le serpent qui se mord la queue : trop de défaillances d’entreprise plomberait durablement les portefeuilles souvent chèrement acquis. Trop de perte d’exploitation plomberait la solvabilité des assureurs. 

De deux maux, choisissons le moindre… 

Certains acteurs particulièrement affaiblis ?

Des rumeurs courent dans cet univers à haut risque. Certains grands acteurs du marché seraient moins solides qu’ils ne le disent. Des arbitrages douloureux, auxquels les salariés s’attendent, pourraient intervenir. La perspective de plans de départ plus ou moins brutaux est évoquée. Pour d’autres, des difficultés de trésorerie se profilent, obligeant peut-être à des demandes de nationalisation très rapide. 

Incontestablement, la première quinzaine d’avril sera décisive pour le secteur. 

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