sam. Mai 30th, 2020

L’affaire Didier Raoult est-elle une nouvelle affaire Black Rock ?

Didier Raoult est-il victime de l'influence de fonds américains qui tiennent absolument à promouvoir les solutions qu'ils financent au détriment d'une concurrence plus ou moins locale ? Au fond, les obstacles que l'administration française met sur le chemin du savant marseillais sont-ils liés à une influence souterraine de ces fonds d'investissement qui ont besoin de promouvoir le Remdesivir, produit par Gilead, actuellement testé dans le cadre de l'essai clinique Discovery ? La question mérite d'être posée. Voici le premier article d'une série à venir...

Didier Raoult a beau être une sommité mondiale en matière de virus, il ne pèse pas très lourd face au concurrent qui pousse ses pions depuis plusieurs semaines : Gilead Sciences, qui détient le brevet (entre autres) du Remdesivir, l’antiviral à large spectre mis en avant dans l’essai clinique Discovery

Didier Raoult face au Remdesivir… ou David et Goliath

Le Remdesivir est un peu passé sous les radars en France. Pourtant, il fait l’objet d’une véritable offensive diplomatique de la part des États-Unis, pays où les capitalistes savent un peu mieux chasser en meute qu’en France. 

Ainsi, lors d’une conférence de presse tenue par l’équivalent chinois du ministre de la Santé, un journaliste de CNN s’était attiré le courroux officiel en remettant en cause les solutions chinoises au coronavirus, et en faisant ouvertement la promotion du Remdesivir. C’est une technique bien connue des grands acteurs capitalistiques que de faire porter la promotion de leurs intérêts par des intervenants en apparence neutres ou objectifs comme des journalistes de médias mainstream. 

La France n’échappe d’ailleurs pas à cette règle. 

Et le fabricant du Remdesivir, Gilead Sciences, est tout sauf un nain capitalistique. Avec près de 100 milliards $ de capitalisation boursière, 22 milliards $ de chiffre d’affaires et 5 milliards $ de résultat net, le laboratoire américain ne chasse pas dans la même cour que l’IHU Méditerranée, dont le budget annuel est d’à peine 75 millions €.

Disons même qu’il faut être un « fou furieux », pour reprendre les termes des conseillers de la startup Nation, pour oser se frotter à un géant américain de la pharmacie quand on est un nain du jardin méditerranéen. 

Gilead, très douée pour les opérations de communication

Au passage, l’une des grandes forces de Gilead tient à sa capacité à répandre son influence dans les esprits… et dans les décisions publiques (nous reviendrons demain sur les étranges avantages que Gilead a obtenu ces dernières années de la part des pouvoirs publics français…). On notera juste que selon la base Eurofordocs, Gilead a dépensé sur les 7 dernières années près de 65 millions $ pour asseoir son influence en France, tant auprès des praticiens que des institutions. 

Certaines agences de communication ont perçu, de la poche du groupe, plus de 300.000 $ sur cette période. Gilead est par ailleurs inscrit officiellement comme lobbyiste à l’Assemblée Nationale. 

C’est sans doute cette capacité à communiquer urbi et orbi qui explique que, dès la fin février, le groupe annonçait qu’il testait le Remdesivir contre le coronavirus. Selon le site américain The Intercept, l’enjeu portait sur un revenu immédiat de 2,5 milliards $.

Avec sa minable chloroquine inventée il y a plusieurs décennies, Raoult ne fait évidemment pas le poids. 

Gilead, un pion des fonds d’investissement américains

On comprend à travers ces informations que Gilead est une affaire qui tourne. Ses propriétaires détiennent une pépite qui doit cracher du cash. En découvrant la liste des 10 premiers actionnaires du groupe, on mesure de quoi il s’agit au juste :

Les premiers actionnaires de Gilead sont tous des fonds d’investissement !

Vanguard Group, le rival de Black Rock

Vanguard Group est le premier actionnaire de Gilead. C’est le concurrent direct de Black Rock, qui a défrayé la chronique sur la réforme des retraites en France. On l’ignore trop souvent en France, mais Vanguard est par ailleurs le premier actionnaire d’Apple, et possède 5% d’Amazon. Ce fonds constitue donc un maillon essentiel de l’hyper-capitalisme des GAFAM. La société gère plus de 5.000 milliards $ d’actifs.

Faut-il préciser que Vanguard a investi en France en achetant des parts de Michelin et de Pernod ?

Capital Research and Management

Cet autre fonds (créé au début des années 30) gère environ 1.300 milliards $ d’actifs. C’est un fonds bien connu en France, puisqu’il est le premier actionnaire du groupe Accor, mais est « accessoirement » présent au capital de la Caisse des Dépôts et Consignations, de Veolia, de Bouygues, de Schneider, de la Société Générale, de Pernod, d’Air France. 

Autrement dit, les grandes entreprises françaises sont dépendants des interventions (et des liquidités) de ce fonds. Et sans le savoir, beaucoup de salariés français travaillent déjà pour rémunérer ce discret mais entreprenant actionnaire. 

Les fonds américains interviennent-ils dans les choix sanitaires français ?

 À la lecture de ces chiffres, on mesure tout de suite  quel désordre l’encombrant Didier Raoult a semé dans les plans d’investissement de Gilead. Avec un revenu estimé de 2,5 milliards $, il est compliqué pour le laboratoire américain d’être concurrencé par des produits déjà brevetés, déjà prêts à l’emploi, et peu coûteux (nous reviendrons demain sur le coût des médicaments de Gilead). 

Ces éléments ne signifient pas qu’il faille accorder un blanc-seing par avance à Didier Raoult, ni diaboliser les médicaments de Gilead. En revanche, on a du mal à penser que ces éléments de grandeur économiques ne pèsent pas, à un échelon ou à un autre, sur les choix français. Entre suivre un savant fou qui pèse peu et ne s’entend pas avec l’aristocratie parisienne, et se montrer perméable aux influences d’investisseurs qui détiennent déjà des parts substantielles dans de grandes entreprises françaises, on peut imaginer que le jeu n’est pas égal. 

Sur tous ces points, il serait utile et intéressant que le gouvernement fasse preuve de transparence pour rassurer le public. Compte tenu des éléments que nous livrerons demain, on peut en effet penser, ou en tout cas soupçonner de façon sérieuse, qu’il existe des biais dans les décisions publiques françaises dès lors qu’elles touchent aux intérêts de Gilead. 

Dans tous les cas, il serait dommageable que les pouvoirs publics, et singulièrement la technostructure de la santé française, effectuent des choix sans tenir compte des objectifs de souveraineté sanitaire dont l’importance est apparue comme cruciale à l’occasion de cette crise. Les Chinois l’ont très bien compris pour leur part…

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13 thoughts on “L’affaire Didier Raoult est-elle une nouvelle affaire Black Rock ?

  1. nous avons donc des décisionnaire complétement stupide. Une analyse sérieuse des divers médicaments pourraient autant financier que performance serait interessante et permettrait de se faire une idée. Mais dans la réalité lequel est le plus performant et dans quel contexte ?? la concurrence des médicaments : je pense que le Chlorovine a peut-être des atouts et l’autre également !!! En même temps à force de taxer les entreprises pour gaver tout ces ponctionnaires totalement inutiles on finit par faire crever nos entreprises et pour leur permettre de se maintenir en vie on a aucun autre choix que de faire intervenir des actionnaires puissants !!! C’est bien tous ces médecins hospitaliers qui reconnaissent chaque jour leur noir incompétence : il suffit de regarder la video de l’IHU de Raoult pour voir comment il transporte ses malades dangereux dans des sarcophages alors que les autres transportent leurs malades sans aucune protection dans les trains alors que nombres de cliniques ont les lits adéquats : c’est une énorme scandale !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

  2. Mais bien sur.. Entre autre. Et même !! Quel entêtement lorsque des gens meurent et que les cercueils s’entassent et que les réanimations débordent faute d’un traitement précoce!

  3. Que Gilead pousse ses pions,c’est fort probable :leur raison d’être est de vendre des médicaments.Mais Vanguard est un groupe spécialisé dans les fonds indexés et qui achète ou vend des titres en fonction de la demande des investisseurs institutionnels ou individuels pour ses fonds.La quantité d’actions de Gilead que Vanguard détient dans ses fonds depend ensuite de la pondération du titre dans l’indice que le fonds cherche à tracker.Je ne travaille ni pour Gilead ni pour Vanguard et je n’ai aucun intérêt à defendre ni l’un ni l’autre mais il me semblait important que vos lecteurs comprennent qu’un fonds comme Vanguard achete tous les titres dans un indice et ne se préoccupe pas plus de la performance financière de Gilead que de Merck ou d’aucun autre titre dans son indice de référence.
    Frederic Lecoq
    Montreal Canada

  4. Avez-vous étudié les déclarations publiques d’intérêts des médecins qui composent le Conseil scientifique?
    Il « semble » que certains émargent régulièrement chez Gilead, ainsi que les hôpitaux qui les emploient. Certains, les mêmes,
    qui semblent également avoir tenté d’empêcher l’inclusion de la chloroquine dans l’essai Discovery.

  5. Traîter le Pr Raoult de savant fou est une insulte à la recherche et à tous les professeurs et chercheurs qui l’entourent et qui citent ces recherches et articles dans leurs travaux et publications. Quelle folie à recourir à un médicament connu, peu dangereux, pas Cher et recommandé contre les Corona virus depuis 20 ans par les spécialistes en la matière avant Raoult.
    C’est juste de la médecine.

  6. La campagne de Macron aurait-elle été financée pour partie par Gilead ???

    Ses sponsors n’ont pas tous été identifiés à ce jour, je me trompe ?

  7. La critique la plus couramment formulée contre le traitement du Pr Raoult est que celui-ci n’a pas respecté les méthodologies de recherche de ce que l’on appelle Evidence-Based Medicine (EBM). Curieusement, cette critique est reprise avec la même assurance à la fois par certains spécialistes et des journalistes (Cohen) ou commentateurs (Berruyer), totalement ignorants sur le sujet. Or, les méthodologies Evidence-Based Medicine (EBM) sont justement celles promues par les grands laboratoires, à la fois en raison du « ticket d’entrée » élevé et de leurs susceptibilité à la manipulation des résultats. Le fait que cet angle d’attaque soit si souvent repris constitue donc un indice supplémentaire sur les acteurs qui pourraient se trouver derrière cette manipulation. Pour en savoir plus sur cette question de méthodologie, voici un article qui la traite au fond: « Hydroxychloroquine : le bal des ignares… »

  8. le remdesivir a ete utilisé en chine des le debut de l epidémie — il a meme ete testé en combinaison avec hydroxichloroquine – le WIV institut de wuhan a publié des resultat et contesté la propriete intellectuele de Gilead au nom de l interet sanitaire national. Un laboratoire chinois a developpé la meme molecule et depose une demande de brevet (qui n est pas encore publiée).
    Par ailleurs gilead semble avoir renoncé à son exclusivité sur ce produit, si bien qu il peut etre generiqué.
    Ce qui intéresse Gilead et les autres grands labos, ce sont des produits qui seront consommés pendant des années et dont le prix unitaire est elevé.
    En fait il apparait aujourdhui que le virus peut etre combattu tres efficacement par plusieurs medicaments classiques (pas seulement hydroxichloroquine ) mais a condition de traiter des le debut de la contamination. Si on attends (comme on le fait en france avec le 15 ) , alors apparaissent les formes graves (thrombose, detresse pulmonaire) et cela exige des traitements lourds et au resultat aleatoire. Sanofi, par exemple , developpe un produit qui est utilisé en reanimation (c est probablement beaucoup plus rentable que plaquenil).
    Les membres de CARE et du conseil scientifique francais ( de meme que L INSERM) sont des experts dont la carrière, les financements de recherche, les publications, les conferences, dependent en grande partie du lobby pharmaceutique. C est pourquoi ils suivent fidèlement la ligne de ce lobby, en particulier pour s opposer aux solutions les moins couteuses ( tester + isoler + traiter ). Les experts de l Institut Pasteur luttent contre la chloroquine parce qu ils souhaitent une solution de type vaccin qui represente une bien meilleure source de revenus.

    1. Si le positionnement des organisations à même de promouvoir une ou des réponses adéquates en temps et heure à l’énorme défit lancé par le Covid19 à l’humanité dépend d’un jeu de bourse et d’égos démesurés, les dés sont forcément pipés . En attendant de décerner des prix et autres breloques, chaque jour, des femmes, des hommes, des enfants meurent et tout un peuple de soignants et affiliés s’épuisent souvent sans les moyens de se protéger, lui même de la contamination. Tout le monde attend le messie, le professeur RAOULT pourrait aussi bien faire l’affaire qu’un autre, si le pot de terre recueille la confiance d’une grande majorité de la population et le pot de fer la défiance de la même car dans cette crise la politique est loin d’être absente.

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