13 août 2020

Le courrier des stratèges

Prenez de l'avance sur l'actualité

L’affaire Raoult, ou la guerre clandestine entre Sanofi et les laboratoires américains ?

Didier Raoult est devenu le nouveau sujet urticant du microcosme parisien. Il compte désormais ses partisans fanatiques, face à ses détracteurs souvent hystérisés. De notre point de vue, le vrai débat se situe ailleurs, derrière les images et les messages bombardés par le petit écran. Voici pourquoi.

Didier Raoult, il y a les pour et il y a les contre. Par une étrange hystérisation des esprits, spécialement dans le microcosme parisien, le débat sur les choix sanitaires français en matière de coronavirus s’est transformé en bataille rangée entre les partisans du scientifique marseillais et adversaires. Comme si le chercheur faisait le médicament. Comme si de la moralité ou de l’immoralité du personnage dépendait l’efficacité du traitement. 

Raoult hystérise les débats

Plus possible de parler traitement contre le coronavirus sans prendre parti pour ou contre Raoult. On notera cet étrange glissement, par exemple, dans l’article que le blog d’Olivier Berruyer a consacré au professeur marseillais, où les considérations sur l’homme Raoult se mélangent étrangement aux considérations sur les choix sanitaires que nous devons faire aujourd’hui. 

Or, redisons-le ici, la question de la chloroquine est un choix de politique publique qui laisse peu de place aux jugements sur les êtres. Mieux vaut un traitement efficace inventé par un voyou qu’un traitement inutile inventé par un saint. Cette évidence mérite d’être rappelée, tant les élites parisiennes semblent l’avoir oubliée. 

Raoult est-il vraiment l’ennemi d’Emmanuel Macron ?

Au demeurant, beaucoup de fantasmes circulent sur Didier Raoult et son bannissement par les élites, qui méritent d’être significativement tempérés. Je recommande ici l’excellent article de Marc Endeweld dans la Tribune, qui divulgue d’importantes informations, très loin de la joute qui nous est proposée pour ou contre Raoult. Selon ce journaliste d’investigation :

 Dans l’entourage du chef de l’Etat, on fait savoir que le contact n’est pas rompu avec Didier Raoult. Et pour cause : dans la sphère économique, ils sont nombreux à soutenir en coulisses le professeur marseillais, notamment la plus grande fortune française, Bernard Arnault de LVMH ou Serge Weinberg de Sanofi.

Endeweld a l’intelligence et le bon sens de replacer le débat sur la chloroquine dans la lutte décennale en France entre les Kouchner boys et le reste de la société civile pour le contrôle de la santé publique. De notre point de vue, cet affrontement entre une caste d’énarques (généralement conseillers d’État, comme Édouard Philippe) et le reste, notamment le corps médical, est l’une des clés pour comprendre le clivage qui est apparu autour de Didier Raoult. 

On retiendra en tout cas de cet important article que le Président Macron a eu l’intelligence de se placer au-dessus du débat et de ne pas entrer dans le conflit ouvert avec l’infectiologue rebelle. 

Raoult soutenu par les laboratoires français

Si les propos d’Endeweld sont vrais (et nous lui faisons le crédit d’avoir étayé une base factuelle sérieuse à ses travaux), il y aurait donc un soutien discret mais réel de la part du capitalisme français à Didier Raoult. En particulier, Serge Weinberg, patron de Sanofi qui a proposé de produire gratuitement des doses de chloroquine, soutiendrait cette solution française contre les options américaines défendues par l’appareil sanitaire parisien. 

Et soudain, nous sortons du « pour ou contre Raoult » pour saisir ce qui, selon nous, est la vraie dimension du débat : la guerre des laboratoires qui fait rage sur le futur marché du coronavirus. Alors que les acteurs de l’essai Discovery sont largement soutenus par les laboratoires américains, Sanofi soutient une solution française. 

Face à Raoult, les laboratoires américains comptent leurs appuis

Depuis plusieurs années, les laboratoires américains soutiennent largement les chercheurs parisiens qui se consacrent aux anti-viraux, dont Gilead qui entend commercialiser le Remdesivir, qui pourrait coûter très cher.  Ils n’ont pas ménagé les moyens pour soutenir des laboratoires de recherche publique, et des chercheurs publics, souvent dans le cadre du projet Reacting de l’INSERM et de l’AVIESAN dirigés par Yves Lévy. 

Ces opérations complexes, de niche, sont assez peu documentées au fond, et nous ne sommes qu’au début de l’exploration des liens entre laboratoires publics parisiens et laboratoires privés américains. L’enquête promet d’être croustillante. 

Penser l’intérêt général et les lumières contemporaines

D’ici là, deux données essentielles du débat doivent être préservées, parce que le peuple français y a droit. 

La première donnée concerne l’intérêt général : il faut identifier les traitements qui marchent vraiment, au-delà des querelles de chapelle, et les mettre à disposition du public. 

La deuxième donnée concerne la souveraineté nationale : nous devons disposer de la capacité à soigner les Français sans engraisser les investisseurs américains, qu’on appelait parfois, à une époque, les accapareurs des biens du peuple. 

À bon entendeur…

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