🎖L’emblĂ©matique Denis Kessler se rebiffe contre l’impĂŽt rĂ©volutionnaire de Macron

Denis Kessler n’est pas content ! Et il le fait savoir en quittant, selon l’Argus de l’Assurance, les rangs de la FĂ©dĂ©ration Française de l’Assurance (FFA). L’ironie du sort veut donc que celui qui est entrĂ© dans l’assurance en devenant prĂ©sident de la fĂ©dĂ©ration, dans les annĂ©es 90, quitte celle-ci fĂąchĂ©, trente ans plus tard. La participation au fonds de solidaritĂ© imposĂ© Ă  la SCOR par la FFA laisse des traces. Mais l’affaire est emblĂ©matique du fossĂ© qui se creuse entre les rĂ©assureurs mondialisĂ©s et les contraintes du marchĂ© domestique.

Denis Kessler est bougon. Florence Lustman, la prĂ©sidente de la FFA, avec la souplesse qu’on lui connaĂźt, a expliquĂ© Ă  ses adhĂ©rents qu’ils devaient payer l’impĂŽt rĂ©volutionnaire macronien, c’est-Ă -dire participer “spontanĂ©ment” au fonds de solidaritĂ© crĂ©Ă© pour financer les dĂ©gĂąts du confinement, sous peine d’ĂȘtre exclus de la FĂ©dĂ©ration. Ceux qui connaissent les coups de sang rĂ©guliers du patron de la SCOR contre la sclĂ©rose brejnevienne de l’organisation professionnelle ne sont donc pas surpris en dĂ©cidant de quitter le navire aprĂšs ce passage en force. 

La FFA se transforme-t-elle en ordre professionnel ?

L’objet de la dispute est simple Ă  comprendre. L’adhĂ©sion Ă  la FFA est libre et volontaire. Elle vise Ă  organiser la dĂ©fense des intĂ©rĂȘts professionnels. Sa vocation n’est pas d’intervenir sur le marchĂ©, ni de se transformer en succursale de l’État, chargĂ©e d’une mission de service public.  

En imposant Ă  ses adhĂ©rents une condition nouvelle, et non statutaire, la prĂ©sidente de la FFA n’a pas donnĂ© dans la dentelle (mais en sommes-nous surpris?) : l’adhĂ©sion Ă  la FĂ©dĂ©ration est dĂ©sormais subordonnĂ©e au paiement de l’impĂŽt rĂ©volutionnaire levĂ© par le gouvernement en dehors de toute dĂ©libĂ©ration dĂ©mocratique. C’est une originalitĂ© qui ne manque pas de piquant. Cette prĂ©rogative est d’ordinaire rĂ©servĂ©e aux ordres professionnels. Soudain, la FFA a aussi considĂ©rĂ© que le syndicalisme patronal donnait autoritĂ© pour lever des contributions de toute nature.  

Il est vrai que le MEDEF avait prĂ©cĂ©dĂ© le mouvement en levant une contribution sur les salaires pour se financer. Mais elle Ă©tait Ă©crite dans la loi. On a franchi ici une Ă©tape supplĂ©mentaire dans le capitalisme de connivence, en confondant solidaritĂ© patronale et soumission Ă  l’État.  

La SCOR si peu concernĂ©e…

Le problĂšme tient Ă©videmment au fait que la SCOR est un rĂ©assureur mondialisĂ© qui n’avait pas de raison particuliĂšre de participer au fonds français de solidaritĂ© (exception faite des quelques avantages fiscaux que la SCOR obtient en France, comme le CrĂ©dit ImpĂŽt Recherche, qui n’est pas rien). Quand on agit dans le monde entier, et qu’on n’a pas de client français direct, comme c’est le cas de la SCOR, la participation Ă  un effort de solidaritĂ© en dehors de toute disposition rĂ©glementaire ou lĂ©gale supposait un petit effort de “marketing” et quelques Ă©gards vis-Ă -vis du “client”.  

Visiblement, Kessler n’y a pas eu droit et en a pris ombrage, ce qu’on peut comprendre. Il est toujours dĂ©sagrĂ©able de recevoir une clĂ© de bras douloureuse pour une contribution de 1 million €, c’est-Ă -dire une goutte d’eau, une aumĂŽne, qu’on aurait donnĂ©e au dĂ©cuple si elle avait Ă©tĂ© demandĂ©e gentiment.  

Lustman se dĂ©barrasse d’un adversaire encombrant

Si la perte de Denis Kessler est symboliquement un mauvais signal envoyĂ© Ă  la profession et Ă  ses partenaires, elle dĂ©barrasse Florence Lustman d’un adversaire remuant et encombrant. Tout le monde sait combien Denis Kessler a compliquĂ© la vie de ses successeurs boulevard Hausmann. Il ne fut pas tendre avec GĂ©rard de la MartiniĂšre, bien au contraire. Et il ne dĂ©daignait pas humilier Bernard Spitz, y compris publiquement.  

Pour Florence Lustman, le dĂ©part de Kessler officialise certes ses erreurs de communication et son manque flagrant de sens politique, mais il lui permet d’espĂ©rer des rĂ©unions de bureau plus sereines et moins perturbantes… 

Une rupture grandissante entre le marché intérieur et les entreprises mondialisées

Sur le fond, et au-delĂ  des effets d’humeur, il ne faut pas se tromper de phĂ©nomĂšne : dans la grande folie fiscale qui s’annonce en France (mĂȘme si Emmanuel Macron a promis le contraire), les grandes entreprises mondialisĂ©es ne tarderont pas Ă  partir le temps que l’orage se calme. Le lĂ©gitimitĂ© de l’impĂŽt exceptionnel leur apparait en effet faible (dans la mesure oĂč une grande partie des dĂ©gĂąts du coronavirus sont directement dus Ă  l’incurie de l’administration), et les opportunitĂ©s ne manquent pas de s’installer ailleurs pour prospĂ©rer.  

Toute la difficultĂ© de la gestion de crise sera lĂ  pour Emmanuel Macron. Certaines entreprises françaises de taille mondiale dĂ©font progressivement leur lien avec une France de moins en moins compĂ©titive, et prĂ©fĂšrent dĂ©velopper leur activitĂ© ailleurs sur la planĂšte. Kessler ne s’en est d’ailleurs jamais cachĂ©. Lorsque la France devra imposer une fiscalitĂ© confiscatoire pour limiter les effets de l’endettement public, on peut dĂ©jĂ  noter que l’exode des entreprises sera redoutable, condamnant les entreprises “prisonniĂšres” du territoire national Ă  supporter seules l’expansion sans contrĂŽle des dĂ©penses publiques.  

Mandat compliqué pour Florence Lustman

Pour le reste, le mandat de Florence Lustman s’annonce dĂ©cidĂ©ment trĂšs compliquĂ©. Nous avons beaucoup ironisĂ© sur l’approche rigide de la prĂ©sidente de la FĂ©dĂ©ration des assureurs, qui cadre mal avec la rondeur nĂ©cessaire dans ce genre d’exercice. Nous faisions rĂ©cemment remarquer que le vice-prĂ©sident de la FĂ©dĂ©ration, Jean-Laurent Granier, avait repris le lead dans la communication.  

Tout indique que la crise n’en est qu’Ă  son dĂ©but. Pour les assureurs, les enjeux sont de taille, tant le dĂ©bat budgĂ©taire s’annonce Ă  haut risque. Florence Lustman s’est-elle dĂ©jĂ  dĂ©finitivement cornĂ©risĂ©e ? On peut s’interroger.  

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