25 octobre 2020

Le courrier des stratèges

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Avec Castex, Macron tient son Pompidou…

Finalement, ce sera Castex et non Parly, comme l’annoncions à l’unisson des couloirs parisiens qui bruissaient de cette rumeur. Jean Castex est l’ancien directeur de cabinet de Xavier Bertrand et l’ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy (après le passage de Raymond Soubie à l’Élysée). Ce personnage marqué à droite a tout du Pompidou, et se réclame d’ailleurs du gaullisme social. L’expérience dégagiste du Nouveau Monde voulue par Emmanuel Macron se solde donc par un retour aux bons vieux fondamentaux de la politique française.

La nomination de Jean Castex à Matignon constitue probablement l’hallali du macronisme. Après trois ans d’expérience philippienne, où le Président a fini par prendre ombrage de la popularité de son Premier Ministre, le recours à une figure inconnue du grand public, qui s’est empressé d’affirmer qu’il souhaitait travailler dans l’ombre, en dit long sur l’isolement d’Emmanuel Macron et sur le manque d’ampleur de son mandat. Avec Castex, Macron a trouvé son Pompidou. L’exécutif se place d’ailleurs sous l’égide du « gaullisme social », ce qui est dit long sur l’impasse du macronisme. 

Castex, ou un énarque succède à un énarque

Il était fortement qu’une femme énarque – Florence Parly, nous l’avions annoncé – succède à l’énarque Philippe. Mais choisir une femme a peut-être paru trop audacieux. Finalement, Macron s’est replié sur une personnalité peu connue, au profil de fonctionnaire et non d’élu, pour prendre la relève à Matignon. 

Il est impossible de ne pas relever les effets de ressemblance entre ces personnages qui ont la faveur d’Emmanuel Macron. On reste entre hommes issus du système et sans disruption. On pourra gloser autant qu’on voudra, les Français qui restent à leurs élites de pratiquer l’entre-soi verront dans ce choix la preuve qu’Emmanuel Macron est incapable de se renouveler, renouveler sa vision du monde, et de renouveler les équipes qui l’entourent. 

Tôt ou tard, cette consanguinité des gens de pouvoir en France posera un problème majeur et suscitera un rejet massif. Naïvement, les Français avaient compté sur Emmanuel Macron pour « dégager » les élites. Il les grave dans le marbre. Il referme tout seul le piège qui l’enserre. 

Castex invoque le gaullisme social

Dès sa première intervention à la télévision, Jean Castex s’est réclamé du « gaullisme social », expression fourre-tout qui ne veut rien dire, si ce n’est que celui qui la prononce aime l’État partout et les hausses d’impôt. Rappelons que si De Gaulle a pu pratiquer des politiques sociales, c’est d’abord parce qu’il avait rétabli l’équilibre des comptes publiques par des choix ordo-libéraux. 

Annoncer du gaullisme social avec une dette à 120% du PIB n’a évidemment pas de sens, en tout cas pas de sens historique comparable à l’époque gaullienne. Mais au moins Emmanuel Macron ne nous prend pas en traître : on sait désormais que les deux années qui arrivent seront émaillées d’étatisation « pour nous protéger » et de hausses d’impôts. Il ne faut donc pas s’attendre à une réorientation en profondeur des choix adoptés depuis 2017.

Macron échoue à se renouveler

On avait donc entendu que Macron proposerait un nouveau cap le 14 juillet. Avec Castex à Matignon, l’affaire est tuée dans l’oeuf. La déclaration de politique générale qu’il fera à l’Assemblée va déflorer le « changement de cap » élyséen, dont les contours ont été donnés ce vendredi matin dans une interview à la presse régionale. La réforme des retraites sera amendée, mais achevée. La cinquième branche de la sécurité sociale va voir le jour. Le Ségur de la santé doit révolutionner l’hôpital. Macron affirme même, comme nous le citons ci-dessous, que son mandat prend une dimension historique avec la réinvention d’un « modèle industriel écologique ». 

Nous avons eu l’occasion de montrer comment ce modèle industriel écologique est d’ores et déjà phagocyté par les lobbies et se contente de décliner une vision galvaudée de l’écologie. En matière de renouvellement, Macron annonce donc surtout du vieux, de l’ancien, de l’entre-soi. Il risque d’échouer à convaincre. 

L’hyper-présidentialisation risque de lui jouer un mauvais tour

La nomination de Jean Castex donne surtout le coup d’envoi de l’acte II de l’hyper-présidentialisation du pouvoir. L’acte I avait commencé en mai 2017, lorsqu’Édouard Philippe, peu connu des Français, avait pris son poste pour ne pas faire d’ombre au Président. Trois ans plus tard, le Premier Ministre s’est affirmé, et Macron a besoin de remettre les pendules à zéro. 

Selon les propos qui circulent dans les couloirs et à hauteur de moquette, Macron ne cache pas son intention de se remettre au centre du jeu politique. Il veut reprendre le pouvoir qu’Édouard Philippe lui a pris. Ainsi, le PIB s’effondre, l’épidémie rôde, la colère est prête à exploser, mais la préoccupation essentielle du Président de la République est de tailler des croupières à son Premier Ministre. Il a besoin d’un pantin, d’un sherpa, qui abat le travail mais ne demande rien en échange, et surtout pas de reconnaissance à la nation. 

Le drame de la France est là : son président se préoccupe surtout de son image, de son pouvoir, de son ego. Le reste passe après. 

Une fin de quinquennat mouvementée ?

Alors que les élections de dimanche ont marqué une forte demande, dans la bourgeoisie des métropoles qui a fait l’élection d’Emmanuel Macron, d’écologie et de gauche, le président ferme donc la porte à toute ouverture de ce côté. Au contraire, dirait-on, Macron récidive dans l’ouverture à droite quand son électorat demande un geste à gauche. 

C’est un bien curieux raisonnement, qui préfigure des moments difficiles. La crise devrait être dévastatrice à la rentrée, et la situation sociale sera sans doute explosive. Choisir un Premier Ministre à l’orthogonale avec l’expression citoyenne dans ce contexte est une prise de risque dont l’avenir nous dira si elle était raisonnée ou non.