22 octobre 2020

Le courrier des stratèges

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Reconfinement : le naufrage de la bureaucratie sanitaire

Le Premier Ministre a évoqué un possible reconfinement, hier, sur une chaîne de télévision, après avoir pris des mesures brutales à Marseille. La dégradation de la situation sanitaire en France est à peu près unique en Europe. Aucune leçon ne semble avoir été tirée du premier confinement, ni des échecs commis par la bureaucratie sanitaire à cette occasion. La tension qui monte dans le pays illustre une nouvelle fois l’urgence d’une réforme profonde de l’Etat.

Article publié sur le Figaro Vox

L’idée d’un reconfinement, qui paraissait abstraite au début de l’été, prend soudain forme et se précise avec une étonnante vigueur. La décision brutale de retreindre fortement les échanges sociaux à Marseille préfigure ce qui attend les autres régions françaises. Et les réactions de la population marseillaise, élus compris, donnent au gouvernement une première idée de l’exaspération des Français vis-à-vis d’une gestion chaotique et déceptive de la crise.

Le reconfinement, ce qu’il fallait à tout prix éviter…

Si nous nous replongeons six mois en arrière, la perspective d’un reconfinement prend sa dimension urticante. Les commissions parlementaires d’enquête qui ont reçu les différents fonctionnaires à l’œuvre à cette époque ont pointé du doigt les incohérences, les angles morts, les plis dans les décisions publiques qui ont conduit la France à aborder l’épidémie en s’étant consciencieusement débarrassée de son stock de masques existants.

Aucune sanction administrative n’a été prise, et le directeur général de la santé qui a ordonné la destruction des masses sans reconstitution diligente des stocks est toujours en poste. On pouvait néanmoins imaginer que l’alerte avait été suffisamment sérieuse pour éviter une nouvelle torpeur administrative.

On se souvient ici que l’administration, qui avait vidé les stocks de masques, avait aussi limité l’accès aux tests, notamment en empêchant les laboratoires privés de les mettre en œuvre. D’une manière générale, l’équipement des hôpitaux a été systématiquement sous-estimé et la centralisation des décisions au sein de quelques bureaux a beaucoup ralenti le combat contre la maladie.

Avec le déconfinement, des promesses ont été entendues par les Français : celles d’un plus jamais ça, celles d’une reprise en main de l’administration, celles d’une prévention active contre une nouvelle vague, notamment grâce à un investissement massif dans les tests, et grâce à l’utilisation généralisée des masques.

malgré toutes les précautions gouvernementales, le virus semble désormais circuler aussi vite qu’avant le confinement…

Le naufrage d’une stratégie

Une fois de plus, les Français ont pu vérifier qu’il y a souvent loin de la coupe aux lèvres, et que la distance qui sépare les annonces politiques et leur mise en place concrète par les services de l’Etat peut parfois se révéler intersidérale.

Pourtant, tout l’été, le gouvernement a fait de la « pédagogie » sur la nécessite de prévenir la contagion en portant son masque autant que faire se peut et en se faisant tester au moindre doute. Beaucoup ont d’ailleurs reproché au gouvernement sa stratégie de la peur irraisonnée.

La mise en pratique de la « pédagogie » s’est révélée désastreuse. Il fallait limiter les contacts, mais les journées du Patrimoine ou Roland-Garros ont quand même eu lieu. Certaines soirées ou fêtes étaient interdites, mais pas d’autres. Plus personne n’a vraiment compris le sens de ces mesures.

Surtout, c’est la stratégie des tests qui semble en faillite complète. Alors que le test PCR est peu maniable et très rébarbatif pour l’inconfort qu’il procure, le ministère de la Santé ne semble avoir fait aucune diligence pour promouvoir d’autres types de tests, notamment les tests sanguins qui ne semblent parrainés par aucun grand laboratoire, ou les tests salivaires, dont la mise sur le marché tarde incroyablement.

D’où cette stratégie de test, épine dorsale de notre stratégie préventive, qui s’est noyée dans des délais d’accès aux tests, puis de résultats de ces tests, dont la déroute est bien connue aujourd’hui : trois jours d’attente pour subir l’examen, puis trois jours d’attente pour avoir accès aux résultats, parfois même quatre jours. Cette lenteur a donné le temps à donner de nombreuses contagions de se faire.

Le résultat est en tout cas fulgurant : malgré toutes les précautions gouvernementales, le virus semble désormais circuler aussi vite qu’avant le confinement…

Une nécessaire et urgence réforme de l’Etat

Dans la pratique, la France s’est donnée les moyens de prévenir la propagation du virus cet été. Il n’a pas été ici question de budget, ni de personnel, ni de matériel indisponible. Nous avions tout ce qu’il fallait pour réussir, et pourtant nous échouons.

L’échec tient aux mêmes causes qu’au printemps. Les lourdeurs, les lenteurs, les rigueurs administratives ont une nouvelle fois frappé, et tout montre qu’elles sont un problème de mentalité et non d’argent. Nos (plus ou moins hauts) fonctionnaires ont un problème avec la culture du contrôle et de l’efficacité. Ils peinent à décentraliser les décisions, mais sont rarement capables de prendre eux-mêmes les bonnes dans des délais acceptables.

Redisons-le : la question des tests salivaires, bien plus maniables et simples à analyser que les tests PCR, est emblématique de cette incorrigible paralysie administrative à la française. Alors que ces tests salivaires sont disponibles depuis le mois d’avril, Olivier Véran a dû batailler cet été pour que l’Assistance Publique à Paris trouve cinquante testeurs. Finalement, le comité d’experts de la Haute Autorité de Santé les a validés début août, mais ils ne sont toujours pas disponibles.

Et pourtant, les blocages alarmants des tests PCR étaient connus de tous.

S’il fallait une raison de réformer l’Etat sans mollir, ce seul exemple la donne.