Global Britain : la stratégie du rebond britannique après le Brexit

Global Britain : la stratégie du rebond britannique après le Brexit


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Visiblement le Brexit n’a pas rendu les Britanniques dépressifs – contrairement à tous les pronostics. Le 16 mars 2021, Boris Johnson a présenté au parlement  un document de stratégie globale pour la Grande-Bretagne sortie de l’Union Européenne. C’est un document offensif. Il repose sur cinq idées fortes : un investissement d’envergure dans la recherche scientifique, un budget militaire à la hausse, en particulier pour la dissuasion nucléaire, une présence renforcée dans l’espace « indopacifique », en particulier pour contenir la Chine, une économie ouverte aux investissements étrangers et misant sur l’innovation, un engagement très fort pour l’environnement. Un document à lire absolument car il bouscule les idées reçues. Outre-Manche, nation rime avec liberté, ouverture et vision d’avenir.

Vous rappelez-vous tous ces experts qui pronostiquaient, au lendemain du référendum sur le Brexit, en juin 2016, que la Grande-Bretagne entrait dans un irrémédiable déclin ? La dépression et l’effondrement se font toujours attendre. C’est en fait le contraire qui se passe. Trois mois après que le Brexit est devenu effectif, Boris Johnson a Johnson a rendu public, le 16 mars 2021, un dossier de 114 pages qui expose la stratégie que la Grande-Bretagne entend désormais mettre en œuvre. Le titre indique déjà l’état d’esprit. Les dirigeants britanniques voient positivement un avenir national. Il implique de trouver sa place dans un monde où la compétition est la règle. La Grande-Bretagne propose cinq axes de développement pour sa puissance et son économie.

Les cinq axes de la stratégie nationale

Premier axe de la nouvelle stratégie britannique : Londres entend dépenser jusqu’à 2,4 % du produit intérieur brut du pays à la recherche et au développement d’ici à 2027 et au moins 800 millions de livres sterling dans une nouvelle agence gouvernementale dédiée à l’innovation scientifique, pour alimenter la recherche militaire et civile, l’Advanced Research and Invention Agency (ARIA). Cette annonce se produit dans un climat de fierté lié à la réussite de la vaccination contre le COVID 19. C’est à Oxford qu’a été conçu le vaccin produit par AstraZeneca et le pays est un de ceux où la vaccination a été la plus rapidement mise en place – loin de la lenteur de l’Union Européenne que l’on vient de quitter. Plus généralement, le pays entend miser sur le fait qu’il est la deuxième nation universitaire dans le classement de Shanghai, après les Etats-Unis.

Deuxième axe: le Royaume-Uni va faire passer de 180 à 260 son stock d’ogives nucléaires, la première augmentation depuis trente ans de la force de dissuasion. Boris Johnson avait déjà annoncé 24 milliards de livres sterling (28 milliards d’euros) additionnels pour le budget de la défense en novembre 2020, ce qui porte à 2,2% du PIB l’effort de défense, la plus grosse contribution après les USA au sein de l’OTAN. Et le pays entend développer son autonomie stratégique dans le domaine du cyberespace, pointant le retard pris par les nations occidentales sur la Russie et la Chine.

Troisième axe : Londres entend jouer un rôle actif dans la zone indo-pacifique , qui devient le centre géopolitique du monde. La Grande-Bretagne étant (comme la France) présente territorialement dans cette partie du monde, il s’agira de travailler avec l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean) et d’adhérer à l’énorme zone de libre-échange transpacifique (le TPP) mais aussi de participer à l’équilibre stratégique des puissances face à la Chine. M. Johnson consacrera son premier déplacement officiel post-pandémie à l’Inde, en avril. Et il conviera en Cornouaille, au prochain G7, les dirigeants indien, sud-coréen et australien. Enfin le nouveau porte-avions  HMS Queen-Elizabeth va mettre le cap sur la zone, pour « des exercices avec nos partenaires et démontrer notre attachement à la liberté des mers », a souligné le Premier ministre, dans une allusion transparente à Pékin, dont les prétentions en mer de Chine ne cessent de s’affirmer. Boris Johnson a réaffirmé mardi le virage à 180 degrés pris vis-à-vis de ce partenaire, « qui pose un considérable problème pour des sociétés ouvertes comme les nôtres ». Londres, dont la politique était encore très sinophile avant la crise du COVID, a banni les produits Huawei de ses réseaux 5G, condamne avec la plus grande fermeté les exactions dans le Xinjiang et la répression à Hongkong.

Quatrième axe : Rester l’économie la plus ouverte d’Europe (le pays est premier dans le classement de libéralisation de l’Institut italien Bruno Leoni. La Grande-Bretagne est fière de ses performances économiques nationales, bien loin du « isolée, la France ne peut rien » qui est la doctrine officielle de ce côté-ci de la Manche. Londres entend renforcer encore le rôle joué par la place financière de Londres ; tenir son rang comme troisième destination mondiale pour les investissements dans les nouvelles technologies ; et, pour que le Royaume reste bien uni, le rapport insiste sur l’importance de Belfast, en Irlande du Nord, comme lieu d’innovation de niveau mondial dans la cybersécurité et l’Ecosse comme premier site de fabrication de satellites en Europe. Recherche scientifique, effort de défense, économie ouverte sur le monde, lieu attractif pour les investissements étrangers : Boris Johnson a décliné les atouts d’un pays qui entend rester « la cinquième puissance économique du monde » et façonner la troisième révolution industrielle.

Enfin, cinquième et dernier axe, la Grande-Bretagne entend être leader dans la lutte contre le changement climatique. Boris Johnson a rappelé que les émissions de CO2 du pays ont baissé de 40% depuis 1990. Le rapport insiste sur le rôle de Cardiff dans la recherche sur les moteurs à hydrogène et sur le rôle pionnier du pays dans la « finance verte » – le gouvernement lui-même prévoir d’investir 11 milliards de livres dans des actions pour le climat en Grande-Bretagne ou ailleurs dans le monde.

Etonnante démonstration, quand on observe le Premier ministre britannique depuis Paris. La politique prônée contredit toutes les règles de ce qu’on enseigne à Sciences Po et à l’ENA. A Paris, on enseigne que la France est trop petite pour avoir une stratégie indépendamment de l’Allemagne et de ses partenaires européens ; on est, chez nous, aussi clairement convaincu que la nation c’est obscurantiste. Comme le dit Boris Johnson, la compétition des nations va aussi, au XXIè siècle, être une compétition pour les valeurs. Et dans cette compétition, la Grande-Bretagne entend rester fidèle à son histoire, où la nation est synonyme de soft power, de liberté politique et d’ouverture économique.


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