Vaccin russe: l’inexplicable volte-face de Thierry Breton

Vaccin russe: l’inexplicable volte-face de Thierry Breton


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Etonnante volte-face ! Thierry Breton aura donc fait un éloge inconditionnel du vaccin russe avant de le juger non fiable à  seulement cinq jours d'intervalles !  De  quoi provoquer la colère de Moscou,  semer la zizanie dans l'UE et surtout discréditer un peu plus la gouvernance de l'Union Européenne. Comment, en effet ne pas se demander ce qui se cache derrière  ce retournement de veste?

Thierry Breton, commissaire européen en charge du marché intérieur, à qui revient le rôle de coordonner les efforts de vaccination contre le COVID 19 à l’échelle de l’Union Européenne, a changé d’avis sur le vaccin russe en seulement cinq jours.  Le 17 mars dernier, le commissaire expliquait en effet que L’UE pourrait aider la Russie à produire son vaccin contre le nouveau coronavirus Spoutnik V sur le territoire européen. Et il ajoutait: « Le Spoutnik est un bon vaccin, car la Russie a de très bons scientifiques, nous n’avons pas en douter».

Dans un tête-à-queue remarquable mais curieusement peu remarqué par des médias mainstream qui vivent dans l’instant, c’est le même homme qui a expliqué le 22 mars sur TF1: «l’Union européenne n’a pas besoin du vaccin russe Spoutnik V contre le Covid-19 et pourra atteindre une immunité collective d’ici le 14 juillet avec les vaccins disponibles, si leurs calendriers de livraison sont respectés». Sans se préoccuper de ce qu’il disait naguère, Thierry Breton explique soudain que le vaccin russe est «compliqué» à produire. La Russie n’aurait pas les capacités de production suffisantes sur son territoire pour honorer toutes les commandes étrangères.

Comment semer la zizanie dans l'Union Européenne

On peut difficilement imaginer pire que la façon de procéder de Thierry Breton pour les intérêts et la crédibilité de l’Union Européenne. Non seulement la Russie a manifesté son mécontentement par l’intermédiaire du président Poutine lui-même.  Mais ce n’est pas seulement la Russie, qui est mécontente. Ce sont l’Allemagne et plusieurs autres pays européens qui ont commencé à poser des jalons pour accueillir des sites de production du vaccin russe sur leur sol – de la même manière que l’Inde s’est mise sur les rangs. Il suffit de parcourir la presse européenne de ce jour pour voir une forte dose de scepticisme face à la position française. Par exemple, la Bavière s’est déclarée prête, ces derniers jours à accueillir un site de production du Spoutnik V.  La Chancelière Merkel elle-même, peu suspecte de russophilie, avait annoncé attendre la décision de l’agence européenne du médicament pour encourager la fabrication en Allemagne du vaccin russe.

A l’occasion de la crise qu’il déclenche, Thierry Breton confirme que la bonne entente entre Paris et Berlin appartient au passé. Et il accroît la crise profonde de la gouvernance européenne dont la mauvaise coordination sur les vaccins n’est qu’une illustration, même si elle est l’une des plus révélatrices.

Qu'est-ce qui se cache derrière cette volte-face?

A vrai dire, le comportement de Thierry Breton ne fait que confirmer, au-delà de l’inefficacité dont parle Simone Wapler dans nos colonnes, l’absence de transparence de la gouvernance européenne. On ne peut pas imaginer un comportement plus apte à faire penser aux citoyens de l’Union que la machine bruxelloise avance, comme l’explique Bruno Alomar aux lecteurs du Courrier des Stratèges ce jour, dans un total déficit démocratique, sans contrôle du Parlement européen et avec un Conseil européen affaibli par ses divisions – dont Moscou, bien entendu aura tendance à jouer toujours plus habilement; au même titre que Pékin ou Washington. Quelle est la part des pressions géopolitiques externes dans le comportement erratique de Thierry Breton? Quelle est la part des  rapports de force internes à la Commission? Faut-il soupçonner du lobbying?

Dans tous les cas, le commissaire au marché intérieur joue contre l’intérêt commun des Européens.  A partir du moment où aucune politique industrielle digne de ce nom n’a permis à l’UE de devenir l’un des grands producteurs de vaccins contre le virus chinois, la moindre des choses, pour tenir les délais « d’immunité collective » annoncés par Thierry Breton (mi-juillet), c’est de multiplier les chances que les Européens soient vaccinés. Cela avait d’ailleurs été le premier réflexe de M. Breton: inclure le vaccin russe à la panoplie européenne.


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