Les cocus du « quoi qu’il en coûte »

La politique économique mise en place en France a consisté à ne pas regarder à la dépense publique pour protéger le tissu économique des effets néfastes de la crise sanitaire et des confinements. Les résultats sont-ils à la hauteur des dépenses ? Il semblerait hélas que non au vu des prévisions 2020 et 2021.

La direction générale du Trésor vient de sortir dans sa collection « Études comparatives internationales » une note intitulée « Parangonnage des mesures d’urgence en Europe ». Notez qu’au Trésor, on a de la culture : « parangonner » nous vient tout droit du seizième siècle et signifie « comparer ».

Les pays d’Europe (le Royaume-Uni et la Suisse font partie de l’étude) ont mis en place trois sortes de mesures :

  1. mesures budgétaires financées par le déficit public (puisque l’impôt correspondant n’a pas été levé)
  2. reports de charges et assimilé (alourdissant la dette publique)
  3. garanties de prêts et assimilé

Nos vaillants fonctionnaires du Trésor ont calculé qu’en moyenne les pays étudiés ont consacré 5,8% de leur PIB 2019 à ces mesures de soutien économique.

En moyenne, le quart de ce montant a été consacré aux mesures d’activités partielles servant à stabiliser les revenus des ménages. C’est en France que les indemnisations au titre du chômage partiel ont été les plus généreuses (84% du salaire horaire net, alors que les salariés allemands n’étaient indemnisés qu’à hauteur de 67%). Beaucoup d’autres pays ont mis en place des allègements d’impôts pour soulager les ménages.

Les mesures de soutien aux entreprises ont été similaires dans les pays étudiés et la plupart des pays se sont focalisés sut leurs petites et moyennes entreprises.

Comme le dit la note du Trésor : « Les mesures d’urgence avaient pour objectif de préserver les facteurs de production (entreprises, emploi) face aux mesures d’endiguement. L’efficacité de ces mesures se fera donc davantage sentir lors de la reprise, dans la mesure où, dans la situation contrefactuelle, la capacité de production des économies aurait été sévèrement impactée (faillites d’entreprises, hausse du chômage), avec des effets persistants » 

 

« Quoi qu’il en coûte » = 168 milliards en 2020

En France, en 2020, les différentes mesures mises en place se chiffreraient à 168 milliards, selon Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance :

« En 2020, le « quoi qu’il en coûte » a coûté à l’État français 168 milliards d’euros. Une partie est liée aux dépenses pour le fonds de solidarité, les exonérations de charges, l’activité partielle, ce qui représente environ 40 milliards d’euros. Tout le reste est lié aux pertes de recettes de l’État »

Selon l’INSEE, le PIB 2019 de notre pays se montait à 2 425 milliards ; le koikilenkoute représente donc chez nous 6,9% du PIB 2019, un chiffre donc supérieur à la moyenne des autres pays observé (5,8%).

Nous devrions donc enregistrer une reprise plus vigoureuse que les autres puisque nous avons mis plus d’argent sur la table. C’est ce qu’on appelle généralement le retour sur investissement. Si on dépense plus pour un résultat moindre, cela s’appelle du gaspillage.

 

Les résultats ne sont pas à la hauteur jusque là

Voici un premier planisphère (Chiffres du FMI et mise en forme de VisualCapitalist) qui vous montre les taux de décroissance économique enregistrée dans le monde.

La France fait partie des pays qui enregistrent les plus forts reculs avec 8,2%. En moyenne dans le monde, le Covid a occasionné une chute de 3,3%.

Et maintenant voici sur ce second planisphère les prévisions pour 2021.

La croissance mondiale devrait être de 5,8% en 2021. Remarquons au passage que ce taux de 5,8% est identique à celui des mesures d’aide. Sauf bien sûr que ce taux de croissance projetée s’applique au PIB 2020 qui est plus petit que le PIB 2019 puisque qu’il y a eu décroissance.

En réalité, le retour sur investissement des sommes dépensées n’est pas pour 2021.

Entre 2020 et 2021, la France devrait afficher un modeste 4,5% de croissance. Le retour sur investissement est très lointain.

Quand on aime l’interventionnisme, on ne compte pas, je sais. Mais faisons quand-même un peu d’arithmétique pour récapituler.

Je pars d’une activité de 2 425 milliards en 2019

J’enregistre en 2020 une chute de 8,2% de cette activité, soit 199 milliards de baisse

L’activité 2020 est donc de 2 226 milliards

Je dépense 168 milliards de koikilencoute en espérant remonter la pente plus vite

L’activité 2021 pourrait être au minimum de 2 226 + 168 = 2 394 milliards, soit 7,5% de croissance entre 2020 et 2021 (mais toujours inférieure au niveau de 2019). La reprise d’activité 2021 ne sera pourtant que de 4,5%, comme nous l’avons vu. Elle n’engendrera que 100 milliards et à l’arrivée cela fera 2 326 milliards.

168 milliards dépensés pour 100 milliards à l’arrivée. Zut, encore raté ! Le koikilenkoute est ruineux. Cherchez l’erreur !

Avec moins de koikilenkoute presque tout le monde développé fait mieux que nous. Car dans la plupart des pays, la décroissance 2020 a été moins brutale que chez nous (malgré tous nos amortisseurs sociaux déjà en place) et la reprise est plus vive que chez nous malgré moins de soutien.

À cela, nos chers (au sens pécuniaire) politiciens et fonctionnaires vous rétorqueront que c’est parce que nous n’en faisons pas assez, qu’il faudrait en faire plus encore ! Plus de redistribution, plus de captation par l’État du PIB, plus de dépenses publiques, plus de socialisme, plus de capitalisme de copinage,…

Finalement, pourquoi le koikilenkoute ne fonctionne-t-il pas ? Parce que, depuis des décennies, nous entretenons  des zombies, des entités économiques qui devraient mourir car elles ne sont pas rentables mais qu’on arrose de subventions pour les faire survivre artificiellement. Le marché, la concurrence ne fait plus le tri. Oui, en cas de crise les éléments les plus faibles disparaissent. C’est sain et normal car cela laisse des ressources pour que les plus résistants se fortifient.

Les économies robustes n’ont pas besoin d’interventionnisme. La prospérité nait d’un marché honnête (et non pas faussé par des subventions), de concurrence loyale, de règles identiques pour tous les acteurs qu’ils soient grands ou petits. La prospérité a besoin de liberté économique et pas de dirigisme bureaucratique. Dans les pays qui surmontent le mieux la crise sanitaire, l’État s’est fait moins pesant et non pas, au contraire, encore plus pesant.

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