[PAYANT] Comment Macron a étouffé le MEDEF à force de connivence

Selon toute vraisemblance, le MEDEF devrait changer de gouvernance avant la fin janvier, avec une probable démission de Geoffroy Roux de Bézieux. Certes, le dilettantisme du personnage n'a pas aidé. Mais, sur le fond, Roux est le dommage collatéral d'une stratégie de connivence à outrance imposée par Emmanuel Macron dès son arrivée au pouvoir. L'absence de contre-pouvoir aura eu raison d'un patronat bouffi par la frilosité et le conformisme des beaux quartiers.

Le 16 janvier doit se tenir une douloureuse (et discrète) assemblée générale extraordinaire du MEDEF où, selon toute vraisemblance, Geoffroy Roux de Bézieux annoncera son intention d’abandonner son mandat et de lancer un nouveau processus électoral. Nous avons déjà livré cette information le mois dernier

Dans tous les cas, cette séquence conclut prématurément l’aventure douteuse d’un mandat terne et tout entier dédié au soutien aveugle accordé au Président de la République. 

Pour le patronat, l’affaire est une leçon à tirer pour les prochaines années. 

Le MEDEF de connivence est en crise

Une chose est sûre : la connivence extrême entre le MEDEF et le pouvoir présidentiel n’a pas réussi à Roux de Bézieux. 

Depuis 2017, le Président du MEDEF apparaît comme un simple coureur dans l’équipe cycliste de Macron, celui qui suce la roue du capitaine et qui se sacrifie pour lui. En tous temps et en toutes saisons, Roux de Bézieux a souligné qu’il fallait soutenir le Président et ne jamais le critiquer publiquement. 

La vocation du patronat est-elle de jouer aux porte-voix du pouvoir ? L’éviction récente d’Alain Griset, ancien Président du syndicat concurrent, l’U2P, et les difficultés présentes de Roux de Bézieux montrent bien les limites (au demeurant évidentes) de cette stratégie. 

Quand le MEDEF est devenu le satellite de Macron

À la décharge de Geoffroy Roux de Bézieux, son mandat n’a pas été simple à tenir. 

L’histoire ne l’a pas assez dit, mais, en 2017, un grand nombre de notes économiques qui ont nourri l’état-major macronien durant la campagne sont directement parties du MEDEF. La proximité entre le patronat et le Président fut très importante, et Macron peut se targuer d’avoir bénéficié du soutien unanime des branches qui font le MEDEF, et du MEDEF lui-même. 

Il n’est pas sûr que tous ceux qui ont prêté main forte à celui qui est devenu Président par la magie de l’élection se doutaient de son manque profond de gratitude. 

Macron et le coup de Jarnac fait à Roux

Il est de notoriété publique que le Président à peine élu, l’Elysée a voulu se mêler de choisir un Président pour le MEDEF, et d’interférer avec le jeu de chaises musicales bien rôdé du patronat. À la sortie du mandat de Laurence Parisot, Roux était en tête pour la remplacer, mais il avait laissé la place à l’industrie pour éviter une crise interne. 

Il était de bonne guerre que Roux succédât à Gattaz, en 2018, après son rond-de-jambe. 

Mais Macron aurait préféré un bon manager, un bon salarié, comme lui, et c’est pour cette raison qu’il avait fortement poussé la candidature de Jean-Dominique Sénard, patron nommé de Michelin. 

Arguant des questions de limite d’âge, Gattaz avait torpillé la manoeuvre Sénard. 

Mais, d’emblée, Roux a dû faire profil bas et s’est senti obligé, urbi et orbi, de répéter à qui voulait l’entendre que tout bon patron digne de ce nom se devait de témoigner d’une fidélité et d’une loyauté absolue au Président de la République. 

Roux et l’esprit de sacrifice

Durant son mandat, Roux n’a ménagé ni son temps ni sa peine pour plaire au Président. 

On retiendra en particulier son soutien fanatique et suicidaire à l’illibérale réforme des retraites proposée par le Président, et qui a coûté politiquement très cher. 

Alors que le MEDEF est l’un des principaux acteurs du système paritaire des retraites complémentaires, équilibré financièrement et plutôt bien gouverné, Roux de Bézieux a promu avec zèle une réforme dont la conséquence était l’absorption de fait de ce régime par le grand monopole public mal géré de l’assurance vieillesse, dont les cotisations portaient jusqu’à 10.000€ de revenus. 

Au lieu de se faire l’apôtre de la concurrence, Roux est devenu le croisé du monopole public ! qui, in fine, ne devait profiter qu’aux fonctionnaires. 

Mis en minorité sur la question du siège

Aveuglé par sa logique jacobine, Roux a poussé le vice jusqu’à imaginer une réunion des fédérations et du MEDEF lui-même dans des locaux communs, dans le 13è arrondissement.

Les fédérations ont dit non à la sortie de l’été à un projet qui devait installer tout ce beau monde dans des locaux appartenant à AG2R La Mondiale, entité dont les pratiques opaques en matière de financement syndical ont beaucoup occupé nos colonnes. 

L’avenir imminent nous dira quelles conclusions Roux tire de cet échec cuisant, qui illustre la faillite d’une connivence, portée par les fédérations les plus proches du gouvernement, mais qui suscite pas mal de scepticisme au sein de l’industrie et du bâtiment. 

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1 commentaire
  1. “Une chose est sûre : la connivence extrême entre le MEDEF et le pouvoir présidentiel n’a pas réussi à Roux de Bézieux.”
    Pas sûr pour son patrimoine personnel, car R.de.B a passé beaucoup de son temps à gérer ses affaires personnelles et ses participations financières en bénéficiant de son aura de président et du réseau auquel sa position de président lui permettait d’accéder… Sans compter l’œil favorable du pouvoir politique en place.

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