[PAYANT] Comment choisir les TPE et les PME pour placer son épargne ? par Dimitri de Vismes

Dans cette dernière partie consacrée aux investissements boursiers, nous allons tenter d’évaluer la santé financière d’une entreprise et son potentiel à partir de quelques ratios simples extraits du bilan et du compte de résultat. Ces ratios viennent en complément de la stratégie 4 exposée dans l’article sur les stratégies boursières. Ce papier s’adresse à des personnes désireuses de comprendre les bases de l’analyse financière pour mieux investir dans les petites ou moyennes entreprises (TPE/PME). Les rapports financiers sont généralement plus simples à appréhender pour ce type d’entreprises.

Le sujet mériterait un ouvrage à lui seul et notre but est uniquement de fournir quelques points de repère pour éclairer la prise de décision avant de passer à l’achat. Il s’agit, d’abord et avant tout, de sensibiliser l’investisseur a des notions importantes afin de lui éviter des déconvenues prévisibles. Ceux qui le désirent pourront aller plus loin en faisant leurs propres recherches grâce aux outils indiqués.

A la fin de l’article nous donnerons une série de conseils généraux pour les personnes souhaitant investir une partie de leur capital dans des actifs financiers.

En préambule, nous attirons l’attention du lecteur sur le fait que les marchés boursiers ont entamé un cycle de baisse et qu’il conviendra d’être particulièrement vigilant avant d’investir.

Le bilan d’une entreprise : une photographie du patrimoine à l’instant T

Le bilan d’une entreprise est une image à un instant donné de tout ce que possède l’entreprise et à qui elle le doit. Il permet notamment de voir :

  • Ses biens immobiliers (immeubles, terrains, …)
  • Ses biens mobiliers (machines, voitures, …)
  • Sa trésorerie (le cash que l’entreprise possède sur son compte bancaire)
  • Ses dettes (de long terme et de court terme)

L’actif regroupe ce que possède l’entreprise : biens mobiliers et immobiliers, brevets, marques, stocks, créances clients, trésorerie.

Le passif est égal à l’actif. Il montre à qui l’entreprise doit son actif. Dans le passif, on trouve principalement les dettes et les capitaux propres. Les capitaux propres sont ce qui appartient en propre à l’entreprise – donc à l’actionnaire si l’entreprise est cotée en bourse – une fois que toutes les dettes ont été payées.

Résumons donc :

Actif = Passif = Dettes + Capitaux propres

Les capitaux propres sont donc égaux à l’actif moins les dettes de l’entreprise.

Le lecteur commence déjà à comprendre l’intérêt de comparer les capitaux propres au prix où il va payer son action. En effet, on peut penser de prime abord que si le prix de l’action est supérieur au montant des capitaux propres par action, on paye l’entreprise trop cher. Et inversement si le prix de l’action est inférieur au montant des capitaux propres par action.

De même, on peut chercher à comparer le montant des dettes par rapport à celui des capitaux propres pour voir si l’entreprise est très endettée ou pas. Pour faire une analogie : Mr Martin achète une maison 500k euros avec 200k euros d’apport et 300k euros d’emprunt bancaire. Son ratio Dette / Capitaux propres sera égal à 3/2 (300/200), ce qui est plutôt élevé. 15 ans plus tard, après avoir remboursé les deux tiers de sa dette, son ratio Dette / Capitaux propres sera égal à 1 /4 (100/400). Le ratio est devenu nettement plus faible. On a fait l’hypothèse dans cet exemple que le prix de la maison était resté le même sur 15 ans.

Le prix de l’action est relié à la Capitalisation de l’entreprise de la façon suivante : prix de l’action = Capitalisation / nombre d’actions.

Pour un critère de bilan solide, on retiendra les caractéristiques suivantes :

  • Ratio Capitalisation / Capitaux propres < 0.7 (ceci mesure le prix de l’action par rapport aux capitaux propres de l’entreprise)
  • Ratio Dettes / Capitaux propres < 0.6 (ceci mesure le poids des dettes par rapport aux capitaux propres de l’entreprise)

On peut y ajouter un critère sur les dettes de court terme. Ce critère mesure la capacité de l’entreprise à rembourser ses dettes de court terme. Il s’appelle le « ratio courant » :

  • Ratio courant = Actif courant / Passif courant > 2

Maintenant, comment calculer ces ratios ? Il suffit tout simplement de rechercher le nom de l’entreprise sur le site Boursorama et de cliquer sur l’onglet « société » puis « chiffres clés ». On peut utiliser n’importe quel broker pour obtenir ces chiffres. Ainsi vous pourrez lire le bilan simplifié et le compte de résultat de toute entreprise cotée en bourse. Très facile ensuite de repérer les données puis de calculer les ratios ci-dessus. La capitalisation de l’entreprise est parfois appelée « valorisation » (ou price en anglais).

Le compte de résultat : une synthèse de l’activité de l’entreprise sur une période donnée

Contrairement au bilan qui s’intéresse à un instant donné, le compte de résultat montre l’activité de l’entreprise sur une période donnée (aussi appelée « exercice ») de généralement 1 an. Ici, on ne s’intéresse plus au patrimoine de l’entreprise mais aux flux d’argent produit par l’activité de l’entreprise.

Pour des raisons de simplicité, on mettra de côté le cas des entreprises financières (banques, assurances…) et des entreprises de service (grande distribution, conseil…) pour nous concentrer sur les entreprises qui produisent des biens : l’industrie. Celles-ci représentent une grande part de l’écosystème et leur activité est simple à comprendre.

Le compte du résultat part du chiffres d’affaires de l’entreprise pour arriver au bénéfice net réalisé (résultat net), après déduction des achats de matières premières, frais de personnel et commerciaux, amortissement des actifs, intérêts financiers et impôts divers.

Résumons la structure d’un compte de résultat :

Chiffres d’affaires

 

–        Coûts d’achat des matières premières et biens intermédiaires

= Profit brut (valeur ajoutée)

–        Frais de personnel, frais commerciaux et R&D

= Résultat opérationnel avant amortissements (EBITDA)

–        Amortissements

= Résultat opérationnel (EBIT)

–        Intérêts financiers et impôts

= Résultat net

 

L’amortissement des actifs est là pour refléter l’usage des biens de production sur une certaine durée. Mettons qu’une entreprise achète une nouvelle machine 100k euros. Cette machine a vocation à servir plusieurs années. On ne peut donc pas enregistrer une charge de 100k euros dans le compte de résultat de l’exercice comptable sinon le résultat net de l’entreprise serait certainement négatif. On effectue donc un artifice comptable en répartissant la dépense de la machine sur plusieurs années. Si la machine doit servir 10 ans, on pourra enregistrer une charge de 10k euros par an pendant 10 ans. Après cette période, la machine sera complètement « amortie ». Parenthèse fermée.

A nouveau, on peut facilement trouver les chiffres du compte de résultat de n’importe quelle petite entreprise cotée en bourse sur le site d’un broker.

Voici les critères d’un compte de résultat solide :

  • Un ratio Capitalisation / Chiffres d’affaires < 1. Ce ratio est très puissant (cf étude Price to Sales). On cherche idéalement à sélectionner des ratios les plus faibles possibles (eg 0.2 – 0.3)
  • Idéalement : un ratio Capitalisation / Résultat net (ce ratio s’appelle le PER) < 10. Pour des entreprises avec une forte croissance du chiffre d’affaires, ce ratio et généralement supérieur a 15
  • Un ratio Capitalisation / Résultat opérationnel < 8

On complètera ces critères par : un résultat net positif sur les cinq dernières années (voir les comptes de résultats antérieurs – on pourra faire exception de la période Covid ou les confinements ont bloqué l’activité économique). Si le résultat net est négatif, on doit à minima avoir un résultat opérationnel positif sur cinq ans (EBIT). Autrement cela signifie que l’entreprise ne dégage même pas de marge par son activité.

Remarque importante : les critères ci-dessus forment une bonne base de départ pour sélectionner des PME/TPE industrielles de qualité. Mais le non-respect de certains critères ne présage pas forcément de la mauvaise qualité d’une entreprise : comme indiqué dans un article précédent, une entreprise (grande ou petite) en forte croissance s’échange souvent plus cher et ses ratios de prix sont plus élevés. Définir la valeur des ratios vous permet de calibrer, comparer le prix des entreprises entre elles et de sélectionner les moins chères. Ceci devrait augmenter statistiquement vos chances de faire un bon investissement à long terme. Méfiance toutefois si les ratios sont tous mauvais… il vaut mieux éviter l’achat.

Dans le cas où l’entreprise est assez endettée (=> ratios de dette du bilan non respectés), il est préférable de remplacer la « Capitalisation » par la « Valeur d’Entreprise » dans tous les calculs Valeur d’entreprise = Capitalisation + Dettes – Trésorerie. Il est fréquent de tomber sur des entreprises fortement endettées.

Deuxième remarque importante : les niveaux retenus pour chaque critère sont assez génériques. En réalité ils varient suivant les secteurs. Par exemple : la grande distribution a structurellement un ratio Capitalisation / Chiffres d’Affaires très faible (les marges sont plus faibles donc l’entreprise se trouve moins valorisée par rapport à son chiffre d’affaires). Ces niveaux « génériques » permettent toutefois de mettre en évidence une sous-valorisation de l’entreprise par rapport à ses flux (le compte de résultat) ou à ses « stocks » (le bilan).

Avant de passer à l’achat…

Après avoir déniché une entreprise répondant peu ou prou aux critères énoncés ci-dessus (ratios de bilan et de compte de résultat), il restera trois étapes cruciales avant de passer à l’achat :

  • Regarder le secteur d’activité de l’entreprise et la nature des biens qu’elle produit. Ceci permet d’écarter les entreprises dont le secteur est jugé « à risque » dans la période actuelle. Exemple : Les constructeurs automobiles pourraient voir leurs marges de plus en plus dégradées à cause de la pénurie de composants et de l’augmentation du cout des matières premières (en revanche, cette situation pourrait profiter au marché des voitures de location). A l’opposé, une entreprise fournissant des biens ou services dans le secteur de la logistique pourrait voir son chiffres d’affaires augmenter à cause de la demande pour résoudre les problèmes de goulots d’étranglement sur les chaines d’approvisionnement.
  • Vérifier que la valeur que vous voulez acheter est en tendance haussière depuis 6 mois. Une valeur dont le prix est en hausse a une plus grande probabilité de continuer sa hausse. Une fois encore, il s’agit d’aller sur un site d’information financière (Boursorama, Zone Bourse, Investing.com) et de rechercher le graphique du prix de l’entreprise en question. Si le cours de l’action a globalement monté sur les 6 derniers mois, c’est bon signe.
  • Vérifier que les chiffres du bilan / compte de résultat ayant servi à calculer vos ratios sur le site de Boursorama sont cohérents avec ceux publiés par l’entreprise (les coquilles existent !). Il suffit d’aller sur le site internet de l’entreprise et de télécharger le dernier rapport financier dans la rubrique « investisseurs ». Vous y verrez les quelques chiffres clés (chiffre d’affaires, résultat net, capitaux propres) à recouper avec ceux vus sur le site du broker.

Comment trouver des petites entreprises de qualité ? 

Il est bien sûr très fastidieux, voire impossible, pour l’investisseur lambda de réaliser l’exercice d’évaluation pour toutes les entreprises cotées. Heureusement, il existe des outils de recherche appelés « stock screeners » qui font le travail pour vous, en fonction des critères que vous leur spécifiez. Citons ici trois screeners gratuits facilement utilisables :

  • Yahoo Finance
  • Investing.com
  • Financial Times

Vous y renseignez plusieurs critères – dont les ratios indiqués ci-dessus – et le screener vous trouve les valeurs (entreprises) qui répondent à ces critères sur le marché souhaité (France, USA, …) et dans le secteur souhaité (ici : l’industrie). On peut ensuite affiner la sélection en étant plus ou moins sévère sur les critères.

On prendra soin d’insérer le critère suivant dans notre recherche : Capitalisation (ou « valorisation ») < 500 millions d’euros (ou $ si vous recherchez des entreprises aux USA) pour exclure les grosses entreprises. Le screener permet parfois de sélectionner les petites et moyennes capitalisations.

Voici à quoi ressemblerait l’entrée de nos critères dans le screener de Yahoo Finance :

 * si le screener vous en laisse la possibilité : préférer le ratio « Capitalisation / Capitaux Propres Tangibles » au ratio « Capitalisation / Capitaux Propres » (ce dernier étant moins restrictif)

A la date de la simulation, le screener trouve 5 résultats. Une rapide étude montrerait que au moins deux d’entre eux ont de mauvais (très mauvais) résultats : Air France (qui capitalise bien plus que 500 millions d’euros) et Delta Drones qui est manifestement en très mauvaise santé financière et dont le cours ne cesse de chuter depuis des années. Il est donc très important de vérifier la pertinence des résultats affichés d’autant plus si les screeners utilisés sont gratuits. Le screener sort aussi une petite entreprise française appelée Signaux Girod, présentant des résultats assez irréguliers mais avec certains ratios intéressants, très décotés. Un recoupement avec les résultats d’autres screeners permet de trouver plusieurs bonnes idées d’investissement. On aurait pu ajouter dans notre recherche un critère de hausse du cours sur 6 mois ou un an.

Il est assez rare d’avoir des entreprises qui répondent à tous les critères et il ne faut pas hésiter à « jouer » avec les limites (par ex : augmenter le PER ou l’endettement…) pour voir ce que les screeners proposent. De façon générale, essayer de garder les ratios « Capitalisation / Chiffres d’affaires » et « Capitalisation / Résultat opérationnel » (ou « Capitalisation / EBITDA ») les plus faibles possibles.

Conseils généraux pour l’achat d’actions ou ETFs

  • La 1ère priorité de tout investisseur : préserver son patrimoine. L’investissement en bourse est par nature risqué, d’autant plus s’il est pratiqué sur du court terme. Il est conseillé d’utiliser des stops de protection, particulièrement sur les valeurs spéculatives qui peuvent chuter plus rapidement (les valeurs endettées, a fort PER…). Sur les TPE/PME, les ordres « stop » doivent être des ordres « a plage de déclenchement » car la liquidité est plus faible. Placer des ordres « stop » permet d’enlever une charge émotionnelle et de se reposer sur l’ordinateur pour vendre à un seuil prédéfini en cas de baisse importante des cours. Pour des investissements très long terme sur des valeurs de qualité (ex : Air Liquide) on essaiera plutôt de profiter de chaque repli important des cours pour renforcer les positions. Les ordres d’achat doivent – en général – s’effectuer à « cours limité », surtout pour les petites valeurs moins liquides. Autrement on s’expose à payer l’action trop cher. L’ordre à cours limité permet de définir un seuil de prix en deçà duquel on achète l’action.
  • Acheter des entreprises (ou des ETFs) dont le cours est en tendance haussière (c’est-à-dire situe au-dessus de la Moyenne Mobile a 200 jours, qui est elle-même en hausse). Les probabilités de gagner sont plus importantes sur une action en hausse que sur une action en baisse. C’est finalement assez logique mais la plupart des investisseurs ont peur d’acheter « trop haut » : ils choisissent des actions en tendance baissière en se persuadant qu’elles vont bientôt remonter. C’est souvent un pari perdant. Dans le contexte actuel, il est utile de regarder si l’action que l’on souhaite acheter est corrélée aux indices généraux : si une action voit son cours monter sur les derniers mois alors que le CAC 40 est en baisse, c’est plutôt bon signe.
  • Un investisseur long terme regarde « long terme ». Traduction : se focaliser sur les tendances et non les variations journalières. Ceci permet d’enlever le facteur psychologique qui fait prendre des mauvaises décisions. Si le secteur est bon, la tendance est bonne (en hausse) et l’action est de bonne qualité, il n’y a pas de raison de vendre à la moindre baisse. A contrario, ne pas hésiter à se débarrasser des dossiers qui subissent de plein fouet la baisse des marchés, au premier rang desquelles : les valeurs de croissance avec PER élevé. On pourra les racheter à bon compte une fois le marché baissier terminé.
  • La fiscalité est importante mais elle ne doit pas commander vos choix d’investissement. Le PEA, qui offre un avantage fiscal pour le résident français, ne donne accès qu’aux valeurs européennes. C’est probablement celles qui subiront de plein fouet la prochaine crise. A l’opposé, de nombreuses entreprises domiciliées en dehors de l’Europe pourraient profiter de la situation (eg celles opérant dans le secteur des matières premières, agriculture, énergie, etc). Pour les aspect pratiques : éviter d’avoir plus de 10-15 valeurs en portefeuille. Ça facilite la gestion. Eviter les ordres trop fréquents pour les petits portefeuilles afin de minimiser les frais de transaction.
  • Dans le contexte boursier actuel : en plus des secteurs « anti-inflationnistes » dont nous avons parlé à plusieurs reprises, on recherchera des valeurs dites « défensives ». Leurs caractéristiques principales sont : une trésorerie nette de dettes positive (dans le dernier bilan : le calcul de la trésorerie moins les dettes doit être positif) et un bon rendement sur dividendes (les investisseurs recherchent du rendement en période de baisse des marchés) : 5-6% ou plus. Attention : le dividende doit être pérenne.

 

  • Pour aller plus loin :
    • Sur l’investissement boursier : La Bourse pour les Nuls
    • Sur l’investissement « value » dans les PME/TPE et les ratios pertinents à prendre en compte : site de David Renan, trader particulier (Accueil – DR Bourse) => on peut demander à recevoir le livre gratuitement en laissant son adresse email

 

 

Lexique boursier en anglais pour la recherche dans les screeners :

  • Capitalisation = Valorisation => Price
  • Capitaux propres = Total des Actifs – Total des Dettes => Book value = Shareholder’s equity = Equity
  • Capitaux propres tangibles => Tangible book value
  • Dettes => Debt
  • Chiffre d’Affaires => Sales = Turnover
  • Résultat net => Net income = Earnings
  • Valeur d’Entreprise = Capitalisation + Dettes – Trésorerie => Enterprise Value
  • Résultat opérationnel = EBIT => Earnings Before Interest and Taxes = Operating profit
  • Résultat avant Interets, Impots, Depreciations et Amortissements = EBITDA => Earnings Before Interests Taxes Depreciation and Amortization

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