La semaine libertarienne du Courrier des Stratèges – par Edouard Husson

"Ensemble défendons nos libertés!" Telle est l'invitation à l'adresse de nos lecteurs, qui figurent en exergue de notre média. Y a-t-il une réalité plus volontiers piétinée dans la France et l'Europe d'aujourd'hui? Justement, si nous nous affirmons fièrement libertariens, au Courrier des Stratèges, c'est parce que nous pensons qu'aucun des problèmes que rencontre la France aujourd'hui ne pourra être résolu sans remettre la liberté au centre du débat. Alors, pour nous remettre les idées d'aplomb en cette rentrée, bienvenue dans la première "semaine libertarienne" du Courrier des Stratèges!

De quoi la France a-t-elle le plus besoin aujourd’hui? De liberté! C’est cette conviction qui anime tous les auteurs qui publient dans le Courrier des Stratèges. 

C’est faute de l’avoir compris – ou ressenti dans leur chair – que les adversaires d’Emmanuel Macron à la dernière élection présidentielle l’ont laissé réélire. 

Et pourtant, le bilan liberticide du président sortant était lourd. 

 

Une présidence liberticide à combattre sans relâche

+ il avait annoncé lors de ses premiers vœux à la presse, en janvier 2018, une loi pour combattre les “fake news” – en fait pour disposer des moyens de censurer ses adversaires politiques. 

+ la répression du Mouvement des Gilets Jaunes s’est accompagnée de milliers d’arrestations et de violences policières sans précédent sous la IIIè République. 

+ La lutte contre une épidémie venue de Chine a été le prétexte à des “confinements” sans utilité sanitaire prouvée; puis l’occasion d’imposer un “pass sanitaire” et de suspendre de leur emploi des individus dont le métier était soumis à obligation vaccinale. 

La crise du Covid a été une bénédiction, si l’on ose dire, pour Emmanuel Macron. Elle lui a permis de geler le débat politique (rappelez-vous ce second tout des municipales arbitrairement suspendu et repoussé de trois mois) et de constater qu’aucun de ses adversaires n’avait le cran de mettre en cause le style de gouvernement du Président. 

Et cela continue depuis sa (funeste) réélection. Dépourvu de majorité absolu, trop arrogant pour s’angager dans la négociation permanente qui caractérise la vie pârlementaire, le président réélu a un gouvernement qui n’a pas sollicité de vote de con fiance du Parlement. C’est inouï: lorsque de Gaulle avait envisagé que le gouvernement sortant perde sa majorité, en 1967, il avait expliqué qu’il présenterait un gouvernement de gestionnaires (patriotes) au soutien du Parlement. Puis, éventuellement, dissoudrait ou remettrait en jeu son mandat. Lorsque François Mitterrand ou Jacques Chirac ont perdu leur majorité parlementaire, ils ont “cohabité” av ec une autre majorité. Macron, lui, se passe du Parlement dans une sorte de coup d’Etat post-moderne. 

En réalité, le problème est beaucoup plus profond que la politique. 

 

Plus encore qu’une question politique, une question existentielle

Nous avons souvent l’occasion, dans le Courrier, de souligner combien l’Eglise catholique, malgré les textes inspirants de Vatican II et l’exemple récent de saint Jean-Paul II est devenue muette sur ce sujet. Lors des confinements anti-COVID, elle a même pris les devants avec les pouvoirs publics!  Et l’on se souvient de tel communiqué” honteux de la Conférence des évêques de France sur la question de la vaccination….

Mais est-ce mieux dans autres religions établies sur notre sol? Plutôt que de me livrer ici à une polémique facile avec l’Islam, j’aimerais poser la question à mes frères protestants: qu’avez-vous fait de votre engagement républicain? A mes frères (aînéss) juifs: où est passée l’inspiration prophétique renouvelée qui a fait la grandeur d’un Bernard Lazare ou d’un Julien Benda? La puissance d’écriture d’un Romain Gary? 

Faut-il parler, plus généralement, de la quasi-disparition de la figure de l’intellectuel français? Du fréquent conformisme de nos artistes et de nos écrivains? 

Faut-il parler de l’école? Certains s’étonnent que, plein de bonnes intentions, Jean-Michel Blanquer ait échoué dans sa réforme de l’Education Nationale? Sans voir qu’obsédé par le monopole de l’Etat en matière d’éducation, le Ministre a tout fait pour réduire la part de l’enseignement privé – en particulier pour étouffer ce qu’on appelle le “privé hors contrat”. 

Faut-il parler de l’université, dont les facultés de sciences sociales se sont transformées, ces dernières années, en repaires de Gardes Rouges du genrisme ou de l’indigénisme? 

Faut-il parler d’une manière générale de l’emprise de l’Etat sur notre économie, alors que les entreprises les plus puissantes et établies semblent peu se soucier du matraquage fiscal et de l’étouffement réglementaire des plus petites, pourvu qu’elles conservent leur connivence avec l’Etat. 

 

Jamais depuis la Seconde Guerre mondiale on n’avait vu une telle conjuration internationale contre la liberté

Les défaillances dont nous parlons ont pu exister à différentes époques. Mais il est un point qui caractérise notre temps. Les libertés françaises ne sont pas seulement mises en causes par l’égoïsme de nos élites ou la veulerie de nos corps constitués. Notre  pays est dans des alliances, il participe à des aventures collectives trans- ou supranationales où règne un esprit liberticide et où des bureaucraties irresponsables et apparemment toutes puissantes imaginent des politiques   dont nos gouvernants se contentent de plus en plus d’être les zélés exécutants. 

Dans ce contexte, que signifie être libertarien? Surtout, ne nous lançons pas dans un savant débat sur le”s frontières d’une mouvance politique et intellectuelle! Certes, au Courrier, nous lisons et citons volontiers Bastiat, Molinari ou Hayek. Nous savons, avec Murray Rothbard que tout le corpus des libertés personnelles a été formulé par l’extraordinaire bouillonnement occidental, qui mène de Saint Augustin à l’école de Salamanque au XVIè siècle. Et nous puisons autant que de besoin dans ces corpus doctrinaux – surtout quand il s’agit de garder des raisons d’espérer malgré le déferlement des mesures liberticides. 

Mais le plus important à comprendre est que nous sommes libertariens parce que nous sommes convaincus que la liberté est quasiment toujours oubliée dans les grands débats et affrontements contemporains. Parce que nous voulons, quelle que soit la question envisagée, remettre la question de la liberté au centre. 

 

Remettre la liberté à la seule place qui est la sienne: la première!

Liberté de conscience,liberté religieuse,  liberté d’expression, liberté de l’information, liberté d’exercice de la médecine, liberté d’entreprendre….Nous aimerions qu’on apprenne encore aux enfants le “Liberté j’écris ton nom ! ” de Paul Eluard. Au lieu de cela, le ministre en charge de l’Education Nationale déclare: “Nous sommes résolument engagés pour l’égalité des chances, le renforcement de la mixité sociale et la lutte contre les discriminations. Pour l’égalité entre les filles et les garçons. Contre le racisme, l’antisémitisme et les LGBTphobies”. Et pour cela, il lui faut plus d’intervention de l’Etat.*

Nous aimerions que la loi PACTE fût, entre autres choses, l’occasion, avec l’introduction des “entreprises à mission” d’élargir le champ de l’entrepreneuriat. Au lieu de cela, nous voyons la pression qui ne cesse de monter pour obliger les entreprises à accepter la version étatique de la “Responsabilité Sociale de l’Entrepreneur”

Alors, certains nous trouveront trop conservateurs – parce que nous nous intéressons à des réalités comme la famille et la nation et pensons qu’elles sont aujourd’hui des lieux essentiels de la résistance aux empiètements de l’Etat et du Great Reset.  Parce que nous sommes convaincus que la question de la souveraineté – c’est-à-dire de la liberté d’agir et de décider pour elle-même qu’a une nation – est un préalable à l’instauration d’institutions démocratiques. Certains, au contraire, nous jugent “pas assez à droite” parce que nous avons pensé, lors de la dernière élection présidentielle que poser la question de “l’identité française” sans mettre la liberté au centre était stérile. Certains même, se demandent si nous sommes gauchistes lorsque nous expliquons que le capitalisme ne sert pas toujours les intérêts de l’économie de marché. Il existe aujourd’hui un capitalisme de connivence et un capitalisme de surveillance qui sapent les fondements de la liberté d’entreprendre! 

Nous ne pouvons que le redire: nous sommes libertariens parce que nous pensons que, dans tout domaine, se pose d’abord la question de la liberté; et nous avons décidé, de consacrer cette semaine de rentrée éditoriale et médiatique à rappeler qu’il est urgent pour notre pays de remettre la liberté à la seule place qui lui revienne: la première! 

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