[PAYANT] Préparer sa garde à vue (épisode 1)

Vous êtes nombreux à vous attendre à, tôt ou tard, être mis en garde à vue sous des prétextes plus ou moins fantaisistes, au vu de vos activités de résistance. Et vous êtes nombreux aussi à vous demander comment vous préparer efficacement à ce moment difficile. Je vous donne ici quelques pistes pour bâtir un plan de continuité en cas de GAV. Pour rester discret le plus longtemps possible, je réserve cette lecture aux seuls abonnés.

La mise en place d’un plan de continuité en cas de garde à vue est un élément indispensable de votre vie si vous pensez que vos activités de résistance à l’oppression vous conduiront tôt ou tard à subir ce mauvais traitement. Je me permets de vous donner quelques conseils personnels pour “limiter les dégâts” et ne pas vous faire piéger. 

Aujourd’hui, je voudrais seulement m’appesantir sur la notion de garde à vue elle-même, et sur ce que vous devez en tirer comme conséquences pour ne pas vous mettre inutilement en danger si vous la subissez. 

Comprendre la garde à vue

Premier point, fondamental : la garde à vue est une procédure anormale de privation de liberté sans intervention du juge qui est directement héritée de l’INQUISITION.

L’objectif fondamental des inquisiteurs était d’obtenir des aveux. 

En droit pénal français, l’aveu occupe encore et toujours une place centrale. Il est déterminant pour l’ensemble des procédures. Autrement dit, un juge pénal français déteste les accusés qui n’avouent pas…

Cette importance de l’aveu justifie la garde à vue : celle-ci vise à vous faire avouer “coûte-que-coûte”. 

Il fut une époque pas si lointaine où les méthodes utilisées par la police n’étaient pas très glorieuses. Tout le monde a en tête les coups d’annuaire téléphonique sur la tête pour “faire parler”. La disparition de l’annuaire a permis une sérieuse amélioration des conditions d’audition, donc. 

Mais retenez un point : le noeud gordien d’un officier de police judiciaire qui encadre votre garde à vue est d’obtenir des aveux. Votre enjeu est de résister pour ne rien avouer, surtout si vous n’avez rien à vous reprocher !

L’aveu et la psychologie des OPJ

Dans la pratique, les officiers de police judiciaire chargés de mener l’inquisition ont tous acquis des réflexes professionnels qui visent à obtenir des aveux. 

Il faut bien comprendre comment fonctionne une machine bureaucratique française : l’OPJ ne se soucie pas (forcément) de la vérité. Il est payé pour faire avouer les prévenus, et il exécute sa mission sans état d’âme. Même s’il s’agit de vous faire avouer que la terre est plate ou que votre grand-mère a fait le tour de France à 80 ans. 

La torture n’est plus autorisée… en tout cas la torture physique. Pour obtenir des aveux, les officiers de police judiciaire ont en revanche des techniques habituelles qu’ils déploient pour ainsi dire machinalement, comme si elle était une seconde nature (je suis assez convaincu que certains ne s’en rendent même plus compte). 

Selon les personnalités, le mixte de méthodes acquises permet une dominante plus ou moins violente : certains jouent plus que d’autres sur l’intimidation physique. Au final, le résultat est le même. Il consiste à utiliser des méthodes de manipulation pour faire plier le prévenu. 

“Attendrir le bois”

Au Moyen-Âge, on utilisait des méthodes pas toujours “catholiques” pour déformer le bois qui servait à construire des bateaux. La garde à vue procède de la même logique : pour obtenir des aveux, il faut parfois mettre les prévenus en condition. Cela signifie qu’il faut naufrager leur résistance psychique sur les rochers que l’on a à se mettre sous la main.

N’oubliez jamais cette règle générale : l’officier de police judiciaire qui va chercher l’aveu fera feu de tout bois pour vous faire parler. Son efficacité ne se mesure pas à manifester la vérité, mais à monter un dossier qui tient la route, quand même ce dossier serait bâti sur du sable. 

L’OPJ qui encadre votre garde à vue est rôdé à cet exercice. Ne l’oubliez jamais.

Je vous énumère ici quelques-unes des techniques les plus utilisées.

Privations sensorielles

L’étape première de la garde à vue consiste à vous désorienter le plus possible pour vous faire perdre vos repères et vous conduire aux pires aveux qui soient. 

Donc, vous vous trouvez au “gnouf”, dans une cellule sordide, sans aucune forme d’aspérité personnelle, sans lumière naturelle, sans aucune indication sur l’heure qu’il est ou qu’il peut être, sans toilette, en toute solitude, et de préférence pleine de puces. Personne ne vous parle, vous êtes coupé du monde, de l’extérieur, de la nature. C’est la forme contemporaine de la “question” telle qu’elle était posée par l’Inquisition. 

La privation sensorielle (et l’on mesure ici à quoi a pu servir le confinement durant le COVID) a d’abord une fonction d’angoisse : elle neutralise les défenses naturelles, et plonge le sujet dans l’inquiétude. Dans la peur. C’est cette peur qu’il faut apprendre à gérer, avant que les ennuis ne commencent. 

Coopérez, et vous serez libre ?

La technique de base utilisée par les officiers de police judiciaire consiste à vous faire croire que votre garde à vue s’arrêtera (plus vite) si vous obéissez à la police. C’est évidemment un piège, car seul le Parquet (que l’officier de police judiciaire joint au téléphone aux heures de bureau) décide ou non de votre remise en liberté.

Le problème de l’officier de police judiciaire n’est pas de manifester la vérité, mais d’obtenir vos aveux. Il n’a donc aucun état d’âme à vous rouler dans la farine pourvu que vous soigniez une déclaration qui lui permette de briller devant ses supérieurs. Et le Parquet applaudira des deux mains si vous signez tout et n’importe quoi à la demande d’un policier zélé qui obtient des aveux en bonne et due forme. 

Ici, seul le résultat compte. Et soit vous faites partie du résultat, soit vous n’en faites pas partie. Souvenez-vous d’une seule chose : si vous avouez, votre destin est scellé, et c’en est terminé de votre affaire. N’imaginez pas que vous reverrez votre famille pour la cause…

24h, une durée autorisée

N’oubliez jamais qu’une garde à vue, est, a minima, autorisée pour 24h. Donc, si vous entrez dans ce processus, mettez-vous dans la tête que vous en avez pour MINIMUM 24 heures, et plus si le Parquet décide de vous lessiver. Le droit français permet de le faire pratiquement à la demande. 

Nous sommes ici dans une zone de non-droit. Tout se passe dans une sorte de rapport épique, héroïque, entre l’officier de police judiciaire, le Parquet, et vous. Même si vous êtes assisté d’un avocat, n’oubliez jamais qu’en bout de course, l’affaire se passe entre vous, l’officier de police judiciaire et le Parquet. 

Tenez bon. 

Le droit au silence

Dans tous les cas, le droit pénal français vous reconnaît le droit au silence. Donc, si parler vous fait peur, ou si vous sentez que vous allez dire des bêtises, n’hésitez pas… à vous taire. Personne ne vous en fera grief. Vous ne serez pas condamné(e) pour avoir gardé le silence, et vous aurez probablement évité des faux pas inutiles. 

Dans une prochaine livraison, je vous expliquerai comment choisir si oui ou non, il faut parler. Dans tous les cas, il faut avoir à l’esprit que, parler ou non, dépend de votre seule volonté, et que le droit au silence vous est garanti de façon neutre.

Donc, si vous ne “sentez” pas ce que vous allez dire devant l’officier de police judiciaire, que votre avocat soit présent ou pas (je consacrerai un sujet entier à l’avocat), le plus prudent est de garder le silence. Légalement, ce silence ne peut vous être reproché. 

Une bataille psychique

Dans tous les cas, ayez à l’esprit une seule chose : dès lors que vous commencez une garde à vue, un compte à rebours commence, qui n’est pas juridique, mais psychique. Tout l’enjeu de la bataille est de savoir qui sera vainqueur de la confrontation tacite qui commence entre l’officier de police judiciaire, fonctionnaire plus moins zélé qui tente de vous arracher un aveu, et vous-même qui tentez de faire valoir votre bonne foi CONTRE les institutions. 

Cette bataille est psychique : vous devez être armé pour gagner cette bataille. 

Dans le numéro suivant, je vous donnerai quelques pistes pour y parvenir. 

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6 commentaires
  1. fboizard: c’est vite dit !! J’ai eu la malchance de me retrouver en GAV pendant 56 heures! Parce ce que je n’avais rien à me reprocher je ne me suis pas fait assister par un avocat. Je n’étais en rien préparé à une GAV et pensais naivement que l’OPJ était honnête. Résultat: 8 ans de procédure pour être déclaré innocent. Passer en GAV peut arriver à tout le monde, et il vaut mieux avoir qq notions. Dans ma procédure j’ai été defendu par un excellent avocat du barreau de Paris, et voici ce que j’en ai retenu: 1 ne pas parler en GAV (le plus simple, car chaque mot est pesé). 2 se faire assister par un tres bon avocat (ça calme le jeu des OPJ et meme du juge d’instruction). 3 si vous parlez bien relire ce que le greffier note et vous fait signer (parfois ce dernier note une phrase sortie de son contexte et vous êtes dans la m..). Apres cette affaire je sais exactement quoi penser d’un OPJ qui fait des GAV, et je sais exactement quoi penser d’un juge d’instruction: je vous laisse imaginer… et … pensez à Outreau

    Répondre moderated
  2. La justisse socialo n’a rien à envier à Guantánamo ou au FBI de Joe bidet. S’endurcir est indispensable. Disposer de l’assistance juridique Rester libre! pas moins. Quand on est patriote et sécessionniste affiché (repéré) terminé la bravade à la récré: ils vous détruisent lentement et sûrement. Autant le savoir.

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